V. 347-386. TRAGI-COMEDIE
louïssez de vos biens, certain que désormais 48 Straton rien dessur eux ne prétendra iamais: Possesseur de la belle, à l'heure ma fortune,
Au contraire, deuient a tous les siens commune, 51 Accordez la moy donc sous telles pactions.
Instruit de la candeur de mes intentions.
TEOPHANE.
laçoit que l'offre porte vne pleine fiance, 54 Indigne que mon sang entre en cette alliance, Indigne que ma fille espère onc vn épous, Qui s'ose nullement parangonner a vous, 57 L'honneur ne m'appartient, simple homme populaire, Qui d'vn pareil a moy mon gendre voadroy faire : Où l'inégalité se trouue entièrement, 60 Vn mariage heureux resuite rarement.
STRATON
Ma franchise dira, de la feinte ennemie, Que chacun m'est égal en vôtre preud'homie, 63 Qu'vn sceptre a posséder sur moy ne pourroit pas, Ce que la belle peut en ses chastes appas. Elle mérite plus que l'honneur de ma couche, 66 Et pour ne l'adorer il faut être vne souche. Faites qu'à cela prez, le vouloir paternel Accouple nos raoitiez sous vn ioug éternel.
TEOPHANE.
69 Ma fille de l'enfance à grand' peine sortie,
Auec le mariage a quelque antipatie,
L'indiscrette l'estime vne captiuité, [164]
72 Et à qui le peut fuir, vn naufrage éuité,
Nature toutesfois effacera, puissante,
La superstition de cette ame innocente, 75 Sur tel auis reçeu, donnez vous le plaisir,
De passer doucement la sonde en son désir.
Et au cas qu'il ne fut rétif à l'hymenée, 78 Ma parole d'hôtage encor vn ooup donnée,
S'oblige d'accomplir vos vœux à même tems.
Qui lors me placeront entre les plus contens.
STRATON
81 Ma peine s'aprehende infertile, trompée. Chez qui d'ailleurs auroit l'âme preocupée. TEOPHANE.
Vous sçauez plus que moy, les Cieux m'en sont témoins, 84 Et qu'oncques ie n'ay sceu, sur ce sujet au moins. STRATON.
Ma veuë maintesfois à surpris Calistene La fiere courtisant qui se rit de ma peine.
94 ARISTOCLÉE. • v. 387-418.
TEOPHANE.
87 Leur consanguinité familière a ce droit, Que de mauuaise part vn autre ne prendroit.
STRATON
Leur consanguinité sVsurpe vne licence, 90 Dont la rumeur vulgaire a trop de connoissance.
TEOPHANE.
Croyez vous que l'honneur y souffre,
STRATON
Nullement, L'amour chez eux commence à germer seulement.
93 Premier que le discord dauantage s'allume, Ainsi que le permet l'ancienne coutume, Aprez s'être touchez l'vn à l'autre en la main,
96 Au temple de lunon nous nous rendrons demain, Où l'affaire en public se vuidera sur l'heure, Où mon suffrage aquis derechef vous demeure:
99 Tandis ne laissez pas de visiter vn peu Celle de qui la glace augmente vôtre feu.
STRATON
l'iray trop volontiers esclaue me soumettre, 2 A plus que le deuoir ne semblera permettre: Mais où quelque enuieux & lâche suborneur, A vn ressentiment obligeroit l'honneur, 5 Ma dextre tient le frein de son outrecuidance. Ma dextre ne se plaît qu'à punir l'impudence De ces hommes nouueaux que la terre produit, g Qu'vne présomption téméraire séduit.