‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 72 sur 242 · SCENE II. L · texte numérisé non relu

SCENE II. L

TEOPHANE, CALISTENE.

TEOPHANE.

DTeux comment la fureur étincelle en sa face, Qu'est-il qu'en ce martel vn amoureux ne face, 11 Vn de sa qualité, tort d'amis, de crédit.

Qui peut en vn moment plus faire, qu'il n'a dit. Helas, que le futur m'alarme, déplorable, 14 Paroître a son riual tant soit peu fauorable, Ruyne ma maison, précipite mes iours, Vne playe entamant qui saignera tousiours, 17 Cause que deux à qui telle ialouse rage, Pour ce pris amoureux acharne le courage,

Ne manquent a se perdre, à venir, inhumains, 20 lournalier accident, des paroles aux mains :

0 d'vn proche désastre effroyable apparence,

Le plus sage inesout en pareille occurence: 23 Mais voicy Calistene à point nommé venu

Sçauoir de quels discours t'a Tautre entretenu.

CALISTENE.

Vn vertueux amour qui possède mon ame,

26 Se croiroit offensé de plus taire sa flame,

A qui peut, a qui doit me la faire amortir, [167]

Et semblabL' dessein vn promt effet sortir,

29 Mon corriual en tout a sur moy l'auantage, Horsmis d'vne foy pure vnie au parentage, D'vne deuotion qu'autre ne peut auoir,

32 Et que d'ailleurs ne veut ma Sainte receuoir. Vous culjitre étably que Tafï'aire regarde. Chez qui nature a mis ce beau dépôt en garde,

35 A qui nature donne vn premier intérêt, Prononcez la dessus l'irreuocable arrêt, Le destin de ma mort où celuy de ma vie,

38 Qui ne se tient qu'heureuse en ce sujet rauie: Vous perdez toutesfois vn gendre lue perdant, Pauure en biens fortuits, mais en zèle abondant.

TEOPHANE.

41 Ma volonté' captiue & de nulle puissance, Naturellement panche où paroit l'innocence, Elle vous fauorise, helas! mais sans oser

44 En suprême ressort du futur disposer, Vn oriige préueu se forme dans la nuë. Qui blanchit de soucis ma vieillesse chenue,

47 Promettre Aristoclëe a qui ne le croit pas, Possible auanceroit l'heure de son trépas. Ayant à disputer cette palme amoureuse,

50 Contre vne ame obstinée autant que généreuse. Ayant à retirer cette masse du poin D'vn redoutable Alcide & qui- frappe de loin,

53 Qui commande absolu dans sa ville natale, [168]

Ainsi nous dcuiendroit l'alliance fatale, Et vaut mieux en cela procéder meurement,

56 Qu'à la hâte, indiscrets, faire peu seurement.

CALISTENE.

A la bâte, depuis vn siècle que i'endure. Que l'amour sans gémir m'étend sur sa torture, 59 Comme les maux d'autruy, chez nous passent légers.

TEOPHANE.

Ma preuoyance veut diuertir les dangers. Elle veut que le tems à la longue dégoûte, 62 Vn de qui la vindicte, en commun se redoute.

96 ARISTOCLÉE. v. 463-496.

CALISTENE.

Apres vôtre suffrage obtenu, Tauenir No scauroit de sa part en crainte me tenir.

TEOPIIANE.

65 Si fait bien, moy qui lis dans cette ame bleçée

Vne très périlleuse & mauuaise pensée,

Qu'aprit l'expérience a viure indifférant 68 Parmy ceux qui me vont à l'égal honorant.

CALISTENE.

Sur la pente réduit de pareil précipice. Mon sort ne vous doit donc espérer plus propice; 71 Quoy, n'ay-ie pas le cœur & le bras assez fort. Pour empêcher qu'on face à mon honneur, effort.

Ma faueur paroîtra l'heure propre venue, 74 Non d'vne impatience esclaue preuenuë.

CALISTENE. [i69]

Mais la neutralité fomente ce discord.

Qui sous l'élection d'vn gendre tombe mort.

TEOPHANE.

77 Ma fille principale a décider l'affaire,

Sans blâme, sans péril, & bien tôt le peut faire

CALISTENE.

Esclaircy du moyen qui passe mon esprit, 80 II n'y a patience à l'heure, qu'on ne prit.

TEOPHANE.

Demain vous l'apprendra sans plus longue remise, La chose au iugement de tout vn peuple mise, 83 Où lunon la nopciere a son temple fameux, Où pareils differens se vuident, animeux, Straton s'y doit trouuer obligé de parole, 86 Qui perd en sa poursuite vne peine friuole. Qui ne peut espérer que l'affront d'vn refus, Moy certes en danger si onques ie le fus : 89 Soit, mourir vne fois me semble préférable, A la perplexité qui me tient misérable.

0 pauure père helas, qu'aux éternelles nuits, 92 N'es-tu desià vaine ombre, & franc de tous ennuis.

CALISTENE.

Auant qu'vn bien-faiteur à mon suiet s'outrage, l'exposeray la vie & ce peu de courage, 95 Qui quelquesfois au joug du deuoir a remis I)'aussi pernicieux & rogues ennemis.

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