V. 736—780. TRAGI-COMEDIE
Tel damnable projet me trouble les esprits, Mille glaçons au sein pêle-mêle, m'élance, 38 Procédons, procédons à moins de violance, Auec moins de péril & plus de iugement, La chose ne se peut faire trop sagement.
(ALISTENE.
41 Pourquoy? laissez courir la fortune des armes»
Vraj moyen d'appaiser sur l'heure ces vacarmes,
Légitime chemin tenu des caualiers, 44 Parmy les ditferens qui naissent, Journaliers,
Yn courage indiscret par ma voix ne se vante,
Mais en d'autres hazars il n'a pris l'épouuante, 47 Et ores que le sort voulut, iniurieux, '
Honorer de ma honte vn riual furieux,
Sa victoire seroit peu ou point fructueuse, 50 Ne faisant qu'étranger la beauté vertueuse,
Qui n'eut onc & n'aura pour luy d'atfection,
Qui prépare vne nuë à cet autre Ixion.
STRATON. [182
53 L'iniure que tu fais à sa diuine essence,
Comme de tes défauts n'ayant la connoissance,
Et que iusques au col dans la nécessité, 56 Elle marche auec toy dernière en sa cité,
Cette iniure mérite vne peine exemplaire;
Au reste, en quoy peux-tu dauantage luy plaire, 59 Quelles perfections du cors ou de l'esprit.
Sinon que, séducteur, ton charme la surprit,
Que tu précipitas sa crédule innocence, 62 Que sa facilité t'aquit trop de licence :
Mais ce tems-là n'est plus, ôres son iugement
Discerne quel profit luy vient du changement, 65 Voit qu'elle se profane a receuoir l'hommage.
De qui n'apportera que honte & que dommage,
Vermisseau du limon d'vne commune éclos, 68 Sans amis, sans support, sans mérites, sans los.
teophane:
Vous l'abaissez par trop, issu de bonne race. Des siens il a suiuy les vertus à la trace,
71 Tousiours fort bien receu parmy les gens d'honneur, Que ma fille ne peut éprouuer suborneur, laçoit qu'inférieur de beaucoup ie le tienne,
74 Qu'auec la vôtre au pair sa famille ne vienne, Laissons, & m'en croyez, ces reproches qui font A ceux d'vn même sang quelque espèce d'affront:
77 Et pour voir cette guerre amoureuse, finie,
Enuoyons consulter l'antre de Trophonie, [183J
Son oracle receu vuide le différent,
80 Quiconque il iugera plus digne préférant.
104 ARISTOCLEE. v. 781-822.
CALISTENE.
Quel besoin d'emprunter la voix de ce Génie, De languir tout vn siècle en sa cérémonie,
83 Possible, n'impetrans à ce trauail honteux Que l'ambiguité dVn énigme douteux:
La vierge doit ainsi que plus intéressée
86 Sur semblable option découurir sa pensée, l'aimeroj mieux quitter la lumière du iour, Mieux descendre, ombre vaine, au nocturne séjour,
89 Que de voir ses désirs plier sous la contrainte, Et tiran, me rauir vne épouse en la crainte ; Subissons le hazard du chois qu'elle fera,
92 Du chois qui tel discord fumant, étouffera.
STRATON
l'accepte le party comme fort équitable. Déesse, iette donc ce foudre inéuitable, 95 Mais poise auparauant ma sainte affection. Seule capable icy de ta perfection.
Pense que ma fortune approche ton mérite, 98 Pense qvi'en ton refus le iuste Ciel s'irrite, Et que ma perte après ne se recouure plus Au repentir suiuy de regrets superflus, 1 Et que ma perte coûte à qui l'aura causée. Les périlleux effets d'vne vengeance aisée. Ou mienne ou résolue à me fauoriser, [184]
4 Qui n'oseroit ce chois ne point autoriser? Mon pouuoir te maintient plus qu'autre dame heureuse : Or sus, d'or'enauant, ne hésite, peureuse, 7 Prononce à haute voix l'arrêt diffinitif Du procez amoureux de ce couple captif.
CHOEVR.
Puis qu'arbitre agréable également receuë, 10 Leur querelle finit en ta volonté sçeuë,
Roms ce honteux silence, & d'épous te retien Celuy que tu croiras nécessaire a ton bien, 13 Celuy que ton humeur plus conforme s'estime ; Dépêche, pratiquant ce moyen légitime.
Retire nous de crainte & de perplexité, 16 Qui conspirons ensemble à ta félicité.
ARISTOCLEE.
Soumise au bon plaisir d'vn père mon refuge, Luy seul du différent reste souuerain iuge,
19 Luy seul doit présider en cette élection, Luy seul meut les ressors de mon affection, Luy seul où tend la sienne attache mon enuie,
22 Comme de qui ie tien l'vsufruit de la vie.