V. 823—854. TRAGI-COMEDIE
TEOPHANE.
Ta pieté deuoit l'hommage que tu rens, Que la loy de nature attribue aux parens, 25 Mais pourtant mon pouuoir en ses bornes demeure,
Fayme mieux qu'auec moy ta pudicité meure, [185] Beaucoup mieux qu'asseruir où tu ne voudrois pas, 28 Ta vie gémissante entre mille trépas :
Ma parole te tient la promesse auancée, Qu'au ioug hymenean tu ne seras forcée, 31 Que quiconque te plaît contente mon désir. Et qu'après toy ie veux vn gendre me choisir.
ARISTOCLÉE.
Libre, onc occasion ne s'offrira si belle, 34 De se consacrer toute à la mère Cybelle, De rendre à son seruice vn vœu perpétuel. Ainsi la cause éteinte empêche ce duel.
STRATON
37 Au contraire où tu dis, hors du monde recluse Mon courage n'a plus de receuable excuse. Son foudre ira punir iusques dans les enfers,
40 Qui frustre de leur pris mes longs trauaux souffers.
CALISTENE. Ne doute qu'en ce cas mon desespoir extrême, Contre l'auteur du mal ne prit le dessein même.
TEOPHANE.
43 Ma fille resou toy veu la nécessité, D'élire vn gardien de ta pudicité, De mettre à l'vn des deux le myrthe sur la tête, 4g Accorde ce faisant la commune requête.
ARISTOCLÉE. [186]
Ma langue n'oseroit le courage exprimer. De crainte du malheur qui nous doit opprimer. STRATON. , 49 Mon chois te garantit.
CALISTENE.
Le mien t'ôte de peine.
STRATON
Regarde que Straton.
CALISTENE.
Surpasse Calistene En pompeuse apparence, & cède en loyauté 52 De pure affection, vers ta chaste beauté'. STRATON.
Pense que tôt où tard ma vengeresse lame Te fait r'entrer, menteur, ces paroles en Tâme.
106 ARISTOCLÉE. v. 855—892.
CALISTENE.
55 Lors comme alors, ne laisse, ô soleil de mon iour, Ne laisse d'adiuger le pris à mon amour.
TEOPHANE.
Plus tu différeras, plus leur ialouse rage 58 Menace d'éclater quelque sanglant orage, Dépêche Aristoclée, & veuille preuenir Vn esclandre mortel si proche d'auenir.
ARISTOCLÉE.
61 Hé bons Dieux! que ne peut mon ame separable, Faire à deux à la fois, vn secours mémorable, Rendre à deux à la fois, témoignage combien
64 l'honore leur poursuitte & désire leur bien, [187]
Mais l'impossible, helas! me contraint de méprendre, Et d'épous désormais vn Calistene prendre,
67 Plus compatible auec ma basse qualité, Car l'heur d'vn mariage est en l'égalité.
STRATON
0 mille fois ingrate, en ce chois tu te prouues,
70 Le pire préférant, du naturel des louues. Ta feinte hypocrisie, autre gouffre dormant, A pour me deuorer alléché mon tourment,
73 Ta poison froide & lente, ainsi que la torpile, Vient à bout d'vne humeur crédulement facile. Du moins elle présume obtenir ce pouuoir:
76 0 perfide animal apris à deceuoir.
Tu maudiras vn iour ta damnable malice. Et quiconque auec toy se trouuera complice,
79 Et quiconque me croit passer impunément, L'irréparable affront de ton forçenement.
TEOPHANE.
Oculaire témoin tu vois mon innocence.
STRATON
82 le voy que son mépris dans le tien prit naissance. Que tu luy conseillas ce refus inhumain, Et qu'a sa trahison tu as tenu la main: 85 Ame double, fardée, en fraudes endurcie, Tu maudiras le iour que ma gloire obscurcie Se soumit à chercher l'alliance des tiens; 88 Vous ne faites, ingrats, que traîner vos liens.
CHOEVR. [188]
Selon la paction n'agueres conuenuë, De toy-mème premier, équitable tenue, 91 Tu deusses patient vaincre cette fureur, Pernicieux effet d'vne ialouse erreur: