‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 92 sur 242 · V. 1513-1544. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 1513-1544. TRAGI-COMEDIE

ARISTOCLÉE.

Tiran luxurieux, tu m'arracheras l'âme Premier que consentir a ta brutale flame.

STRATON

15 Ma foy te garantit vne sainte amitié, Sans force te laissant fléchir à la pitié. CALISTENE.

Ta force ne sçauroit réussir qu'à ta honte, 18 Force dont sa beauté pudique ne tient conte.

TEOPHANE. [219]

Barbares elle va mourir entre vos mains, Impuissante à porter ces etfors inhumains.

CHOEVR.

21 0 spectacle piteux, la déplorable, expire, Foible biche aux abbois que la meute déchire.

Hé Tygres pardonnez a ce cors innocent, 24 Sur moy vôtre vindicte exécrable paissant.

ARISTOCLÉE.

Adieu cher Calistene, à ce coup ie trépasse,

Conserue désormais ma mémoire & m'embrasse:

CALISTENE.

27 0 mon ame tu meurs, helas helas mercy.

Dans peu tu me reuois au royaume noircy,

Atten dessus le bord la mienne réunie, 30 Aussitôt que i'auray l'insolence punie

Du voleur homicide, ah ! le traître s'enfuit.

STRATON

Faisons retraite amis car plus d'attente nuit,

33 Et ce contentement pour le moins me demeure,

Qu'à mes yeux le sujet de la querelle meure,

Qu'vn corriual n'a plus dequoy se préualoir :

3G S'éclate ores le Ciel, il ne m'en peut chaloir.

CRISIPPE.

Hâtons, doublons le pas, vne commune émue. Sa fureur contre nous manifeste en sa veuë, 39 L'outrage trop sensible allume son courrous,

Qui s'aprète à lâcher vn foudre de caillons. [220]

CHOEVR.

0 coiiards, ô ehetifs, ô lâches que nous sommes, 42 Indignes de tenir vn rang entre les hommes, Endurer spectateurs, tel opprobre commis, Vne retraite libre aux communs ennemis,

124 ARISTOCLÉE. v. 1545-1590.

45 Courons, courons, après, que chacun s'éuertuë, Et le premier d'entr'eux attrapé, qu'on le tuë.

Hé Cieux, il n'est plus tems, ces meurtriers ont atteint

48 Vn bois oii leur aspect entièrement s'éteint, Nous n'auons désormais diligence capable De punir les auteurs d'vn crime si coupable.

TEOPHANE.

51 0 stupide canaille, ô peuple accoûardy, Où le péril n'est plus, au possible hardy, Tu menaces les vens qui moquent ta poursuitte,

54 Et bransles néanmoins du courage à la fuite, Ton secours importun ne me console plus, Tu renflâmes mes maux de regrets superflus,

57 Qui ne r'animeront mon espérance morte:

Ma fille, hé quoy meurs tu chetiue de la sorte! Sans me dire l'adieu, qui iaçoit qu'éternel,

60 Adouciroit le fiel de ce deuil paternel;

Hé parle au moins des yeux, donne quelque remarque Qu'encore tu n'es pas le butin de la parque,

63 Que tu peux reuenir de cette pâmoison ;

L'excessiue douleur aueugle ma raison, [221]

Las hélas! tu n'es plus qu'vne insensible souche,

66 Eschangeant au cercueil ta nupciale couche, Et crain que Calistene à ta léure attaché. Sinon mort désormais n'en puisse estre arraché:

69 Pren courage mon fils, reléue ta constance, Vse enuers ce malheur de plus de résistance, Afin que ton amour en confirmant sa foy,

72 Procure même tombe a ma race & à moy.

CALISTENE.

0 désastreux amour, ô raille fois maudite L'heure que ne me fut l'espérance interdite

75 D'aquerir vn trésor que ie n'ay peu garder, Et que perdu, les Cieux i'ose plus regarder, Que sa perte ne soit de la mienne suiuie,

78 Qu'aucun pipeur espoir me prolonge la vie? Que mon crime se veuille ou se puisse excuser, Ains veuille à se punir de conniuence vser?

81 Non non, chaste Soleil qui luis en l'autre monde, Et qui portes le iour dedans sa nuit profonde, Vertueuse beauté qui sentis mon effort,

84 Sacrilège complice à t'auancer la mort. N'imagine là bas qu'vne couarde crainte, Reprochable me fit, de nôtre amour enfrainte,

87 Reprochable me fit d'vn massacre inhumain. Sans punir mon erreur par cette propre main, Sans retracer les pas de ton ombre dolente, [222]

90 Sans courre même sort d'vne fin violente :

Page 1