‹ Le théâtre d'Alexandre Hardy (volume 4)Chapitre 96 sur 242 · V. 71-112. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 71-112. TRAGI-COMEDIE

A mes longues douleurs vous donnez guerison, 72 Vous me mettez en main la clef de ma prison.

NOVRRICE.

Tels oblicques détours n'auancent vne chose, Qu'impossible en l'esprit d'ailleurs ie présupose.

LE MARQVIS. [233]

75 Le Médecin iamais ne condamne à la mort,

Parauant que son art face vn dernier effort;

Ainsi ma bonne mère en ce mal implorée, 78 Sa cure ne sera du tout désespérée,

Si daignez, fauorable, embrasser le soucy

De me rendre vn courage implacable adoucy; 81 Laborieux chef-d'œuure à qui la recompense

Ne sçauroit s'assortir par aucune dépense,

A qui i'exposeray le crédit & les biens, 84 Faites donc ce miracle en brisant mes liens,

Vne fois allégé de ma fiéure amoureuse,

Apres il n'y aura vieillesse plus heureuse, 87 Vous possédez en moy par ce rare bien-fait,

Le trésor d'vn amy véritable & parfait.

NOVRRICE.

Ma vie s'offriroit en deuot sacrifice,

90 Plutôt que me soumettre à ce honteux office. Demandez-la, monsieur, elle ne tient à rien. Quittant cette poursuite, amy de vôtre bien,

93 L'aigle aimera premier le serpent qui deuore Dans l'aire ses petits qui ne font que d'éclore, Les peuples écaillez oubliront à nager,

96 Scylle & Charybde auront leurs gouffres sans danger, Lors que vous corromprez le courage pudique D'vne autre Pénélope en son espèce vnique,

99 D'vne qui vous redoute à l'égal du trépas,

Qui soupçonneuse fuit toute sorte d'appas, [234]

Qui dessur son honneur ne donnera de prise, 2 Désistez, me croyant, d'vne vaine entreprise.

Las! pourueu que quelqu'vn déclarât le motif, D'vne haine conceuë enuers moy son captif, 5 Ou qu'elle me daignât ouyr sur ma défence, La satisfaction soudaine de l'offence Fléchiroit ses rigueurs qui croissent chaque iour, 8 Où vne braue mort finiroit mon amour: Nourrice vous pouuez me dire l'origine Qui couue tant de fiel en cette ame diuine, 11 Chez elle vous pouuez me frayer quelque accez, Afin que son arrêt décide le procez,

130 FREGONDE. v. 113-44.

Que mon triste destin s'arme de patience, 14 S'il faut passer coupable au fleuue d'oubliance.

NOVRRICE.

Sa raison légitime est l'amour coniugal, Qui doit en fermeté durer tousiours égal, 17 Qui ne se communique à diuerse personne, Et que la seule parque ini piteuse moissonne.

LE MARQVIS.

Les plus chastes par fois relâchent ce deuoir,

20 Et sçauent au bon-heur qui s'ottre mieux i)Ouruoir.

NOVRRICE.

Quel bon-heur d'exposer sa vierge renommée,

Sous ombre d'vn plaisir qui se perd en fumée.

LE MARQVIS. [235]

23 Tel scandale n'auient qu'aux amans indiscrets, Qui souffrent qu'vn vulgaire entame leurs secrets.

NOVRRICE.

La conscience vaut mille luges capables 26 D'effroyer, de gêner des crimes si coupables.

Nature ne pécha, ne péchera iamais.

NOVRRICE.

Non, qui fera vertu du vice désormais.

LE MARQVIS.

29 Quel vice trouuez-vous à vne belle Dame, Ainsi que le Soleil épand sa claire flame, D'épandre ses faueurs où quelque digne objet

32 Réciproque d'amour, en donne le sujet.

NOVRRICE.

Sçauoir si de mary tenant ores la place, Vous ne la voudriez pas vers tout autre de glace. LE MARQVIS.

35 Pourueu qu'à mon desçeu la chose se passât. Et qu'vn de son mérite aussi la caressât, Et que l'honneur aquis n'en souffrit playe aucune, 38 Hazard, ie ne tiendroy rien moindre ma fortune. NOVRRICE, Vous le dites de bouche, & de cœur nullement,

LE MARQVIS. ^236]

Sa veuë à me guérir suffiroit seulement, 41 Sa veuë qui n'eut point la terreur ordinaire, Libérale sans plus d'vn aspect débonnaire, Quiconque me voudra ce bon-heur obtenir, 44 Contre la pauureté s'asseure à l'auenir.

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