LE MARQVIS, LE COMTE
LE MARQVIS.
PErmets-le fils aîlé de la Déesse blonde, Que conceut dans les flos vne écume féconde,
ya Donne à ce mien présent son efficace entier,
Car nulle autre qui fut mieux duite à ce métier Ne se pouuoit choisir, nulle autre qui me puisse
86 Rendre cette beauté d'infléchible propice:
0 que les presens font nos courages changer, Ils mettent l'asseurance où étoit le danger,
89 Leur occulte vertu passe à lupiter même. Et l'appaise, irrité, dans son thrône suprême; Vne simple émeraude a desarmé soudain
92 La vieille épouuentable en son premier dédain, Qui de ce beau Soleil moyennera la veuë. D'autres ruses après suffisamment pourueuë
95 Pour oser dauantage, & croître son secours
Ainsi que mes presens s'augmenteront tousiours, Le plus foible principe auance vn grand ouurage;
98 Mais cache, retenu, l'aise de ton courage, Voicy venir ce Comte amy trop vertueux, A qui semblable amour déplaît, voluptueux.
LE COMTE
1 Si ie ne suis trompé, quelque bonne nouuelle Escrite sur ce front vous tenoit en ceruelle; Cupidon fauorable adoucit la rigueur
4 De celle qui vous tint vn long siècle en langueur, Pourquoy me le cacher, encores qu'asseruie, Elle me feroit plus de pitié que d'enuie,
7 Vôtre contentement la dessus est le mien, Pourueu qu'vn repentir ne talonne ce bien.
LE MARQVIS.
Imaginaire bien qui selon l'apparence, 10 Ne m'auiendra iamais que contre l'espérance. Sa poursuite me lasse & vous méconte fort, Qui, prêt de submerger, me présumez a port.
LE COMTE
13 Se seruant au besoin d'vn auis salutaire,