‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 123 sur 220 · V. 491—530. TRAGI-COMEDIE · texte numérisé non relu

V. 491—530. TRAGI-COMEDIE

Auisez de changer & de front & de cœur, 92 Voicy venir l'objet indigne de rancœur. Voicy vostre Adimache, à qui la face gaye, Rien que d'appriuoiser vos cruautez n'essaye,

MASÉE.

95 Ha! Monstre que tu m'es effroyable d'abord, Que ne voy-je en ton lieu l'image de la mort?

ADIMACHE.

Ame de mes désirs, Soleil de ma lumière, 98 Qui fais honte aux beautez de la Diue escumiere,

Dequoy t'entretiens-tu. dy de grâce, m'Amour ?

Possible du penser heureux de ce beau jour, 1 Qui va de nos moitiés parfaire l'harmonie;

Qui d'attente me tuë, encores que finie, [328]

le l'appelle finie, a cause que demain 4 L'Hymen dans ses vergers nous tire par la main,

Vergers remplis de miel plus doux que les Auettes

Ne pillent au Printemps sur le sein des fleurettes, 7 Comment morne, songearde, & blesuie de couleur?

Sens-tu quelque accident de socrette douleur?

le me doute que c'est, la honte virginale 10 Te dérobe la voix, & te rend ainsi pâle,

Ne crains point, ne crains point, ayant franchy le pas

Tu voudrois remourir souuent de ce trépas.

MASÉE.

IH Triste a la vérité, ma faute ie confesse; Que l'imprudence fait vn égoust de tristesse, Non sur autre sujet que d'vn vœu proposé,

16 Ains auec la langueur de ce corps composé, l'approche d'épouser vne tombe muette.

Ce seul poinct sur le sueil de la joye m'arreste.

ADIMACHE. [329]

19 Dy tost quel vœu s'oppose à ma félicité. Retirant mes esprits d'vne perplexité;

MASÉE.

Helas! depuis ce temps la nocturne courriere 22 Accomplit dans le Ciel sa neufiesme carrière, Que détenue au lit malade, sans espoir D'aucune guerison, dans l'Orque j'allois cheoir, 25 Quand d'vne Ame deuote à Diane je voue, Pourueu que de mes jours la trame se renoue, Luy promettant ce corps impollu conseruer, 28 Tant que l'on vit nostre an du Soleil s'acheuer; Or trois maisons encor à sa course défaillent, Qui de pleurs, de soucis, & de peurs me tvauaillent,

156 AESACOME v. 531-568.

31 Helas! qui ne craindroit de mentir frauduleux En vn si grand bien-fait, & si miraculeux? Par lequel ie jouis de la lampe etheree,

34 Donc ne me déniez vne grâce asseuree

D'accomplir ce qui reste a mon vœu de ce temps, Tous vos désirs après ie les rendray contens,

37 La triple Deïté de Diane ofifencee

Vous puniroit, ma voix plaintiue repouasee, Telle contrainte en moy nourrissant le reraors,

40 Qui feroit de ma vie vne suite de morts. [330]

ADIMACHE.

Dures extremitez oii tu réduis mon ame

Sur le poinct d'appaiser les ardeurs de sa flâme, 43 Sur le poinct de mouiller l'ancre au port désiré,

Sur le poinct de jouir du bon-heur aspiré,

Tu jettes de nouueau de l'huile dans ma braise, 46 Tu me veux éloigner de la rade, mauuaise ;

Opposant vn nuage au deuant de mon heur.

Qu'estimes-tu de moy à la parfin meilleur, 49 Sinon que me trouuer dans le terme vne cendre?

Te croire, est à l'arrest de ma mort condescendre.

Quelque feinte cachée excogite ce vœu, 52 Toujours à mon amour ingratte ie t'ay veu.

Qui ne viens qu'à regret compagne de ma couche,

La candeur de ma foy nullement ne te touche, 55 Que ta rancune au moins découurist son motif.

Afin de t'appaiser, & n'estre plus craintif. [331]

MASÉE.

A tort mon amitié suspecte vous demeure, 58 Vn changement de sort ainsi que de demeure,

Tirée a l'impourueu hors du sein paternel,

Outre vn soin d'obseruer ce vœu si solemnel, 61 M'attristent jusqu'à tant, que peu à peu resoute.

Vous & moy sortirons & de peine & de doute.

ADIMACHE.

Python, qui de ta bouche a choisi le séjour, 64 Me persuaderoit la nuit estre le iour,

le veux ce qui te plaist, deuot ie ne respire.

Que l'honneur d'vn vassal chery de ton Empire, 67 Résolu de te vaincre en mon humilité,

Attendant à jouir ce siècle limité.

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