‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 150 sur 220 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MARIAMNE, NOVRRIGE, PAGE.

MARIAMNE

IVstes Cieux écoutez à ceste fois ma plainte, Que la pitié vous donne vne sensible atteinte, ^ La pitié destrauaux, des douleurs, des ennuis,

Qui de mes jours ont fait de larmoyables nuits.

Helas! ne vueillez plus repousser ma prière, 6 Ne vueillez plus mes vœux rejetter en arrière,

Vœux que l'ambition ne me suggère pas.

Vœux bornez du secours imploré du trépas, 9 La mort, la seule mort, humble ie vous demande,

Comme vnique soûlas de ma misère grande.

Que l'Hymen a réduit en la captiuité [415]

12 D'vn tyran dépouillé de toute humanité,

D'vn tygre plus félon que n'est la felonnie,

De qui la cruauté n'a de borne finie, 15 Meurtrier de mes parens, sur lesquels l'assassin

Empiète sa Couronné, exécrable larcin,

Apres auoir éteint la famille Royalle, 18 Ce mastin carnacier, ceste ame déloyalle.

Ce Lestrigon béant au carnage affamé.

De la fange venu d'vn peuple diffamé, 21 Qui me feignoit vouer plus d'amoureuses fiâmes,

Sousvn semblant pipeur, qu'au reste de ses femmes.

Ne resonne en sa bouche autre nom que le mien, 24 Ne jure bien-souuent que par nostre lien,

L'hypocrite bourreau sans offense receuë,

Sinon de soupçonner vne sinistre issue, 27 Alors que déféré du meurtre fraternel,

Anthoine deuant luy le cita criminel,

Alors pour confirmer l'amour dont il se vante, 30 Laisser le monument d'vne ardeur si feruente,

Il enchargea puny des outrages commis,

Mourant comme coupable, il se l'estoit promis, [416] 33 Qu'au mesme instant ie fusse innocente égorgée,

Et victime agréable à son destin plongée,

Enorme cruauté, phrenetique fureur, 36 Telle que son ministre épouuanté d'horreur.

Point d'vn pâle remords me l'a manifestée;

Esclaue fut-elle onc de la sorte traittée?

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