V. 424—460. TRAGEDIE
le cours auecque luy pour l'heure pareil sort, Que le chien ietté vif au lyon de curée,
26 Auparauant la faim de sou ventre emparée, 11 s'en joue, assiégé des griffes, attendant. Qu'elle arriue, le meurtre a coup persuadant,
29 Que la crinière droite & changé de courage,
L'impiteux ait saoulé sa famélique rage, [421]
Voila ce que ie puis de l'attente espérer,
32 Voila l'occasion que i'ay de m'asseurer.
NOVRRICE.
Il se pourroit meurtrir afin de vous complaire. Qu'irréconciliable, & mortel aduersaire, 35 Vous ne luy sçaurez gré, que trop de passion Interprétera mal sa chère intention.
MARIAMNE
laçoit que le Renard cauteleux nous blandisse, 38 On redoute tousiours d'éprouuer sa malice.
NOVRRICE.
Celuy qui ne forfait que de sa volonté, Récompensant d'ailleurs en douceur, en bonté,
41 Diray-je en des deuoirs d'humilité si basse
Que ce qu'ont veu mes yeux, leur créance surpasse, N'impetrer de pardon? ne vous point amolir.?
44 C'est outre la raison ce Monarque auilir. De gayeté de cœur esbranler sa ruine, Coupable du mépris vers la grandeur diuine,
MARIAMNE
47 0 faueur odieuse ! & confite de fiel,
0 faueur! ains égoust de la- haine du Ciel,
Trouue mes ennemis à leur jour ie te prie, [422]
50 Me souffrant de tous maux en la tombe guarie.
NOVRRICE.
De quel défaut se plaint vostre félicité?
MARIAMNE
Informe quel défaut a mon aduersité.
NOVRRICE.
53 Riche des biens de l'ame, & de ceux de fortune, Toute chose à vos vœux secondant opportune. Belle d'esprit, de corps, en l'Auril d'vu Printemps, 53 Deux beaux surjons de Rois de vostre lit sortans, L'Oracle de celuy qui deuot ne respire, Que sous l'honneur du vostre abaisser son Empire, 59 Que vous traitez vn peu beaucoup à la rigueur. Ce sont de tos motifs de plainte & de langueur,
198 MARIAMNE v. 461-494.
De ces extrémitez de pressante misère, 62 Ou plustost se former en l'air vn chymere,
MARIAMNE
Posons que tes discours vray-semblables, ie sois Maistresse de son cœur sous les iugales loix, [423]
65 Qu'il m'honore, me prise, & me préfère vnique, Du Sceptre sur les miens vsurpateur inique, Né d'ignobles parens, estranger inconnu,
68 Presque de la charuë au trône paruenu,
Volontiers qu'il se fait grand tort de tel hommage. Que ie n'ay mérité ce petit auantage,
71 De bon cœur i'y renonce & n'en veux plus au pris.
NOVRRICE.
Il est Roy toutesfois malgré vostre mépris.
MARIAMNE
Roy contre tous les droicts des gents, & de nature.
NOVRRICE.
74 Sa vertu de l'effect de ce tiltre l'asseure,
MARIAMNE
Sa vertu consistant aux meurtres perpétrez, Dessur des innocens, que le traistre a frustrez.
NOVRRICE.
77 Les appas d'vn Royaume autorisent le crime, La foy, la pieté souuent pour moins s'opprime.
MARIAMNE
Rarement le Tyran paisible s'éjouit, 80 De son rapt exécrable, & longuement jouit, [424]
Rarement exempté de sa peine fatalle, Par le cours naturel au sepulchre il deualle.
NOVRRICE.
83 Desoruiais la ludée embouche doucement
Vn mors insupportable en son commencement.
Désormais l'habitude vne loy deuenuë, 86 On ne s'informe plus de la race inconnue,
Pilote nécessaire a Testât éprouué,
Chacun qui le blâmoit l'a depuis approuué. 89 Entreprendrez-vous donc dessur vne commune,
De force accommodée a sa bonne fortune?
Madame, croyez-moy, que son règne asseuré ^2 Sans le vouloir exprez de là haut n'eust duré.
MARIAMNE
Qu'il dure, moyennant que ie meure surprise En l'effect d'vne iuste & louable entreprise.