SCENE L
PARIS, POLIXENE, DEIPHOBE.
PARIS
AVjourd'huy, chère sœur, les désolez Pergames N'espèrent se sauner des Argoliques fiâmes, •^ii Troye n'a de refuge, & ses Pénates saincts,
Qu'au tutelaire effect, ie ne dy de tes mains, Hector, le mesme Hector éueillé de la tombe,
26 Ne pourroit soustenir cest Empire qui tombe. Ta victoire consiste en appas deceptifs, Qui enrestent les cœurs, & les tiennent captifs.
29 Ta victoire consiste en vne douce force. Ta victoire dépend d'vne subtile amorce De la langue, & de l'œil eslançant des regards,
32 Esquels le Cyprien trempe ses poignans dards. Belle à l'infinité, tu peux vne partie De ce que tu voudras encore auertie,
35 Tu n'auras pas grand peine à prendre ce poisson, Qui frétille gourmand au tour de l'ameçon, [43]
Tu n'auras pas grand peine à subjuguer plus forte,
38 Vne ame qui de gré sa liberté t'apporte,
Achille, que les Dieux aueuglent, vient s'offrir Au supplice qu'il est destiné de souffrir,
41 II vient griller au feu le crespe de son aisle, Et cheoir de ton amour en la trappe mortelle: Reste de prolonger tes ameres faneurs,
44 R^este de redoubler ses ardentes ferueurs, Ne laisser en arrière aucun traict de ta grâce. Feindre qu'il n'est au prix de ton feu que de glace,
47 Bref, nous le deliurer tellement garotté, Que tout espoir luy soit de se sauner osté.
POLIXENE.
Ah, douloureuse feinte! Ah! pénible entreprise,
50 Qu'auant l'exécuter la Parque ne m'a prise. Que ce Tygro altéré du sang des Phrygiens, Premier ne m'a jettée au sepulchre des miens.