‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 41 sur 220 · CORIOLAN, VOLOMNIE, LES ^EDILES, LICINIE, LE CHŒUR, LE SENAT · texte numérisé non relu

CORIOLAN, VOLOMNIE, LES ^EDILES, LICINIE, LE CHŒUR, LE SENAT

CORIOLAN

^ I L est vray, lupiter, que ta dextre équitable Soit aux actes meschans seuere, & redoutable. Si tu portes vn foudre à vanger les mesfaits.

Par vne tourbe ingrate à l'innocence faits, S(^ Ne p5â\ris-tû point l'audace criminelle V [108]

6 Et SI des vertueux tu pris onc la querelle.

L'irréparable tort, l'affront, rénorme affront,

Qui me demeure empreint au cœur, & sur le front. 9 Ceux que i'ay preseruez au péril de ma vie,

Vn amas reuolté de commune asseruie,

Vn limon de la terre, vne confusion, 12 Que la licence anime a la rébellion,

A qui i'ay commandé, conducteur des armées.

Qui sçait par l'vniuers mes victoires semées, 15 Qui ne tient que de moy sa paisible grandeur;

Conjure mon trépas d'vne animeuse ardeur.

Ose m'injurier d'eôéct & de paroles, 18 Sans respect de ce nom, qu'aux murs de Carioles

Ma vaillance s'acquit, lors qu'en vn mcsme jour

Ceste ville forcée, au camp ie fis retour,

58 CORIOLAN v. 21-69.

21 Au camp, qui séparé de la ville assiégée Deuançoit son secours en bataille rangée, Où ma dextre inuincibie aux fatigues de Mars

24 Ne voulut point tenter de vulgaires hazards, Ains du Consul obtint la charge de combatre. Celuy qui pensoit mieux sa victoire debatre, [109]

27 L'Antialte vaillant qu'elle rompit soudjiin, Arrachant du trépas vn Citoyen Romain En présence de tous, qui rauis de merueille

30 Ingèrent ma vaillance à l'heure nompareille, Me virent hors d'haleine, & de playes couuert. Tant d'ennemis domptez,' tant de trauail souffert

33 Poursuiure neantmoins leur flotte déconfite, QuVne couarde peur dispersoit à la fuite, Poursuiure ainsi que fait le Toreau furieux,

36 Dans vn pâtis herbu son riual malheureux; Tel ie me comportay, n'affectant que la gloire D'vn salaire public, par ma vertu notoire,

39 Plus content de me voir le chef enuironné De l'arbre de Dodone aux Oracles donné, D'ouir chanter mon los par la bouche commune,

42 Que des trésors enclos sous le rond de la Lune, Plus content d'apporter à ma mère vaincœur, Vne joye muette, vne liesse au cœur,

45 Receuoir sa louange, & sa douce embrassée, Qu'auare m' enrichir d'vne proye entassée. Mais que m'aura seruy tout ce sang espanché?

48 Pourquoy d'vn vain honneur fus-je tant alléché?

Le Serpent de l'enuie a de là pris naissance, [HO] Et de mon los croissant receu son accroissance,

51 L'enuie m'a depuis la haine suscité

D'vne commune oisiue, en nostre grand' Cité; Haine jusqu'à ce poinct d'insolence venue,

54 Que n'ayant le Sénat sa rage contenue, A la mort condamné sans forme de procès. Tout espoir m'estoit clos, de repousser l'excès,

57 Du roc Tarpeïan ma teste précipite,

Contentoit sa fureur carnassière & dépite; Voire encores il faut derechef m'exposer

60 Aux mensonges brassez qu'il voudra proposer, Il me conuient subir. Moy d'vne telle race, L'examen des Tribuns, de ceste populace

63 Son jugement attendre, ocieux à ce penser le rougis, ie me deusse en la presse élancer, Mourant l'espée au poing, en homme magnanime,

66 Et lauant de son sang vn si coulpable crime. Asseure, asseure-toy hydre cent fois testu. Vaisseau toujours d'vn vent d'inconstance batu,

69 Que comme ie le voy franc de la Colonnie,

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