‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 42 sur 220 · V. 70-106. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 70-106. TRAGEDIE

L'injure ne sera longuement impunie, [111]

Ton pouuoir vsurpé ie reduiray si bas, 72 Qu'il ne suruiendra plus entre nous de débats. Que j'esteindray du tout ta rage furieuse ; ,**»— ^ Mais ma jnere me vient accoster soucieuse.

VOLOMNTE.

75 Voicy le iour fatal qui te donne (nion fils)

Par vné humilité Tes hayneura déconfits,

Tu vaincras endurant, la fiere ingratitude, 78 Et le rancœur malin de ceste multitude.

Tu charmes son courroux d'vne submission ;

Helas! ne vueille donc croire à ta passion. 81 Cède pour vn moment, & la voila contente,

Et tu accoiseras vne horrible tourmente,

Qui Rome divise'e ébranle a ton sujet:

84 La pieté ne peut auoir plus bel objet,

Et faire mieux paroistre a l'endroit d'vne mère,

A l'endroit du païs qu'escoutant ma prière.

CORIOLAN

87 Madame, on me verroit raille morts endurer, Plustôt que suppliant sa grâce procurer, Plustôt qu'vn peuple vil à bon tiltre se vante

90 D'auoir en mon courage imprimé l'épouuante, [112] Que ceux qui me deuroient recognoistre seigneur, Se préuallent sur moy du plus petit honneur;

93 Moy, fléchir le genoûil deuant vne commune. Non, ie ne le veux faire, & ne crains sa rancune.

VOLOMNIE.

Si est-ce qu'accuse tu respons deuant luy.

CORIOLAN

, . 96 l'ay pour moy l'innocence, & le Sénat d'appuy.

y^' VOLOMNIE.

f^*""^' »L'innocence souuent cède à la calomnie.

Ces Tribuns t'ont rendu suspect de tyrannie, 99 Crime de qui tant le nom entre tous les humains Fut, & sera toujours exécrable aux Romains, Capable d'opprimer, sans forme de justice, 2 Quiconque du soupçon se trouuera complice.

CORIOLAN

Le soupçon volontaire aisé de réfuter.

Détriment quel qu'il soit ne me peut apporter.

VOLOMNIE. rjjoj

5 Pourucu qu'humilié, ie ne fais point de doute. Qu'absous patiemment le peuple ne t'cscoute.

60 CORIOLAN v. 107-151.

CORIOLAN

Il n'auiendra iamais que mon humilité 8 Augmente son crédit, & sa témérité.

VOLOMNIE.

.,-— ^ 0 pauure Volomnie ! ô mère infortunée! Ta te vois le mépris de ta race obstinée, 11 Ton conseil, tes raisons, tes prières, tes pleurs Ne peuuent amortir ces colleres chaleurs, Ny retirer son chef d'vne orageuse nue, 14 Donc tu luy fais de loin decouurir la venue ; Derechef, mon enfant, mon vnique support. Par les Mânes sacrez de ton géniteur mort, 17 Par ces mains que i'enlasse en ta face guerrière, Par vne pieté qui te fut familière ___,

^. j>Par ces cheueux grisons, ces^majnmellesj qui t'ont

20 Autrefois allaité, par ce soucy profond, Qui deuore pour toy mon ame timidée.

Refrène en ce péril ton ire débordée, 23 Laisse-toy pitoyable à ma plainte fléchir,

Laisse moy ton esquif à ce gouffre gauchir, [114]

Examine à part toy mon auis salutaire.

26 Repense que l'orgueil demeure solitaire,

Qui loin de toy qui vis parmy ce peuple franc, (Aucunesfois vn Roy démarche de son rang;) 29 Ployé a la volonté de celuy qui domine.

Ses forfaits dicimante, & prudent ne s'obstine, ,--^»La patience vainc, elle surmonte tout, J2"-»Rien n'est si mal-aisé qu'elle n'en vienne à bout. Témoigne encore vn poinct des plus considérable, Quand ce païs iouyt d'vne paix désirable; 35 Les hommes comme toy sont les plus négligez, Les plus d'vne Commune insolente outragez; Elle vse de ses chefs ainsi que du Platane, 38 Que par vn temps serein le voyageur profane, Ebranche ses rameaux, regretables alors Qu'vn nuage vangeur luy mouille tout le corps : 41 De même nous voyons à sec sur le riuage Vn vaisseau dépecé par l'injure de l'âge, Où le Marchant ingrat a depouïllé cent fois 44 Les auares trésors de l'vn & l'autre Indois,

Qui bâtit sa fortune, & preserua sa vie, [115]

Tels, tels sont les etfects journaliers de l'enuie, 47 Exemplaires a toy, pour plier adoucy,

Pour te tirer de peine, & m'oster de soucy.

CORIOLAN

Madame, ie feray, (l'honneur saut) toute chose. VOLOMNIE.

— ^"*^0 Escoutons, car quelqu'vn a la porte déclose,

Bons Dieux ! c'est vn Edil. Ha! que mes sens troublez.

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