‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 65 sur 220 · CORIOLAN, LE CONSEIL, VOLOMNIE · texte numérisé non relu

CORIOLAN, LE CONSEIL, VOLOMNIE

TROVPE DES I)AÛESl^^,,,^ ;u^J^

CORIOLAN. ""-^ ^

SEigneurs Volsques, honneur de vostre Republique, Dignes d'estre adioustez à la troupe Olimpique, ui7 Le Conseil nous appelle en ce siège important,

A la perte de l'vn des deux partis bastant. Des Romains, ou de nous, l'vn obstiné de prendre

42 Vn monde enclos de murs ; l'autre de se défendre, Doute qui ne se peut bien résoudre au certain, Sçauoir l'éuenement, si ce n'est du destin;

45 Quant a ce qui concerne vne apparence humaine Sa prise ne nous doit balancer incertaine, D'ouuerte & viu(; force, ou du temps ménagers

4 S Auec moins de hazards, de perte & de dangers.

Moins prodigues de sang, «fe plus meurs de prudence Faut que l'enneniy prenne vn joug en patience, [166]

51 Conuiendra qu'il se rende à composition. Malgré sa résistance & son ambition,

82 CORIOLAN v. 953-1000.

Prétendre le forcer veu la grandeur du nombre,

54: l'estime que ce soit lutter contre son ombre, Se reculer du but au lieu de s'approcher, Pour conseruer vn bien que Ton prise si cher,

57 Garder sa liberté, sa fortune, & sa race:

Il n'est rien d'impossible, il n'est rien qu'on ne tace, lusqu'au dernier souspir on combat hardiment,

60 Mesme alors que le corps ne manque d'aliment, Que le sang vigoureux bouillonne dans les veines, Et que d'esprit encor elles sont toutes pleines,

63 Loing d'auoir à dompter des hommes affamez, Des vaincus impuissans en leurs murs enfermez, Parmy les corps plaintifs des enfans & desfeiumes,

66 De monceaux charongneux délaissez de leurs âmes,

Parmy l'air pestilent, la frayeur des assaults, [167] Talonnez de la Parque, oi)primez des trauaux :

69 Pour moy, c'est mon auis, ie trouue que ce siège En longueur les accable autant qu'il nous allège, Sauf l'opposition des meilleures raisons

72 Permises à chacun en ce que nous faisons, Ainsi que le Printemps ne fait vne hirondelle. Tous les esprits ne sont captifs d'vne ceruelle:

75 Et comme le cheual plus adextre, souuent Ne laisse de chopper, on se va deceuant.

. Humaine infirmité ! Mais, ô Bonté Piuinej ^. Jfô Quelle troupe vers nous de Daines s'achemine? le reconnoy ma Mère, & ma Femme, sus donc Arme toy de constance inflexible, si onc

81 Contr'elle de constance. Ha! l'amitié plus forte Que tout autre respect me surmonte & m'emporte ; le les voy larmoyant, 0 pudique moitié!

84 Ne me prouoque plus par tes pleurs à pitié. Conforte toy d'espoir, & vous aussi ma mère, — "'■^--^ Vous de qui i'ay receu la vitale lumière, / / '■'^f^-'^^'^

87 Vous qui sur tous i'honore, & à qui tout ie dois

Qui vous amené icy maintenant, dites moy? [168]

^ ^ ...- . VOLOMNIE.

^ffC^^^' /^te motjxiûon enfant, de ma triste venue, . 190 èë"irtrassez empreint en ma face chenue ;

/ Coupable tu le sçais! Heliis! Helas! ie vien \ Pour faire résulter du mal vn plus grand bien, * 93 De la guerre vne paix moyennant qu'il te plaise Tempérer de raisons ta cholereuse braise, Qu'il te plaise oublier l'outrage injurieux, 96 Vers ta valeur commis d'vn peuple furieux, Commis d'vn peuple ingrat, d'vne Commune ignare Enuers son bienfacteur, son asile, & son phare. 99 Ores il se repent, il te crie mercy.

Ores il émouueroit le cœur plus endurcy,

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