V. 1001—1048. TRAGEDIE
De ses calamitez, de ses lugubres plaintes, 2 Ores tu tiens vengé ses murailles enceintes,
Tu luy peux comme vn père après l'auoir puny,
L'oubliance impetrer des Volsques revny, 5 Tu le peux, & le dois, pieux & magnanime ;
Afin de t'acquerir vne gloire sublime,
Afin de mériter de ces deux nations, 8 Equitable censeur de nos dissensions,
le ne te voudrois pas conseiller (mal-aprise) [169]
De trahir ceux qui t'ont leur puissance commise ; 11 Non plus que de vouloir ton pays ruiner,
Tu dois fidel à l'vn, a l'autre pardonner,
De deux extremitez moyennant vn remède, 14 Au regard des vertus la clémence précède.
Hé! combien penses-tu que le sort plus cruel
Afflige nos cerueaux d'vn soin continuel, 17 Trauaille plus ta mère, & ta femme dolente.
Si ce mortel brasier de discord ne s'allente,
Si (ce que les bons Dieux empeschent d'auenir) 20 Ma prière ne peut qu'vne honte obtenir?
Désirer qu'a ton camp arriue la victoire,
JQue le païs érige vn trophée à ta gloire; 3 C'est vne impieté, cest vne trahison, ô -Ijjw^^y^
Souhaiter le contraire. ) Hela?l queTie raison ? /*-^-^^^ / JLI*^ Tu es mon sang, ma chan-, mes os, ma géniture, /y^J*^/^^ 26 Que j 'affecte le plus par deuoir de nature, Aussi l'espoir osté d'appointer, n'ay-je pas Résolu d'allonger jusque-la mon trépas, 29 Sur mon corps trépassé tu passeras en armes, Conduisant à l'assaut la fleur de tes gensd'armes. Mon file ne te résous à tant d'impiété, [170]
2 Par ce sein > qui ta bouche a petite ^Uâj^» Par ces yeux éplorez de larmes contîmiês, Par les douleurs que i'ay mortelle soustenuës, 35 En te mettant au jour par le chaste lien D'vn amour conjugal, & par cest enfant tien, Exauce ie te prie, exauce ma requeste, 38 Et promets garantir nostre peureuse teste. — — ^ Tu ne me répons mot, tu pallis du remors. Ton cœur souÔre agité de merueilleux effors; 41 Hé ! mon fils. Ah ! mon fils de grâce considère, Qu'il ne faut pas toujours céder a sa colère, Ce que i'ay fait pour toy : Venez & l'embrassons, 44 Et s'il nous éconduit, à ses pieds trespassons. Que sa rigueur ensemble implacable nous tuë, Que sur nous sa vengeance entière s'effectue.
CORIOLAN
47 Ah! Mère, Qu'as-tu fait pour sauuer ton païs. Ma vie & mon honneur, cruelle tu trahis, Hardy II. 6
84 CORIOLAN v. .1049-1076.
/ Pour luy tu as vaincu vne victoire heureuse, ' 50 Mais à ton sang dompté fatale, & funereuse,
Suiuez-moy, ie vous veux en secret conférer, [171]
Quand, & comment le camp ie feray retirer.
VOLOMNIE.
"5^0 parole pieuse & du Ciel inspirée!
Tu nous es secourable autant qu'inespérée.
LE CONSEIL
Vaincu d'affection ce murmure à l'écart
56 Ne nous présage rien de n)eilleur qu'vn départ, Que de leuer moquez le siège d'vne ville A l'extrême réduite, & peu s'en faut seruille,
59 Ville qui n'auoit plus d espoir de se sauuer, Comme nous désormais de pouuoir captiuer. Souffrir qu'vu estranger nous trahisse en la sorte :
62 Mais qui resisteroit la contrainte si forte? Il y a plus en luy de pieté beaucoup, Que de mauuais vouloir exécutant ce coup.
CORIOLAN. LL^JT^'^^^
165 Ma Mère, tenez- vous de la chose asseurée, z^"*"*^
Bien que vous la jurant ma p.erte est co^jur^,
Retournez deliurer ces ingrats de soucy, 68 Puis qu'à vostre départ l'auez remis ainsi.
VOLOMNIE.
Ils ne croiroient (mon fils) d'vn autre la nouuelle. Mon séjour en ton camp les tiendroit en ceruelle. [172] 71 lupiter protecteur te conserue, attendant Que nous te reuerrons, te garde d'accident.
CORIOLAN
Ne l'espérez plustost qu'en l'Herebique salle, 74 Adieu ma Mère, Adieu ma Compagne loyalle.
VOLOMNIE. Helas! de ce soupçon tu me naures le cœur, 0 Dieux ! Grands Dieux du Ciel ! faites qu'il soit mocqueur.