SCENE III
VOLOMNIE, MESSAGER.
VOLOMNIE.
30 /^Omme du vent la fueille, & le flot, dés long-temps \ I I Mes pense rs d'vn etfroy s'agitent inconstans,
^-^ Mon chefdresse d'horreur, &monsangpris de crainte,
4^ Ouure les yeux aux pleurs, & la bouche à la plainte, [183] : le ne puis, ie ne puis d'espoir me rasseurer, Me ne puis rien de bon pour mon fils augurer;
45^éuelopé d'vn banc, vn goutiFre le menace. Sujet ainsi qu'il fut à vne populace, Sujet à rendre compte à vn peuple estranger,
48 En quoy plus périlleux ie préuoy son danger. De ce qui c'est obmis en sa charge passée, D'vne paix à quoy l'a ma prière forcée,
51 Aux Volsques dommageable, aux Volsques qui pouuoient Mieux vser contre nous des armes qu'ils auoient, Nous prescrire assiégez, & faillis de courage,
54 Telles loix qu'vn vainqueur donne à son son auantage :
•^'Helas! mon cher enfant, ta grande pieté, Sera (ie le crains bien si elle ne l'a esté)
57 Cause de ton desastre, «auras débonnaire. Mieux aymé le trépas certain que me déplaire. Tu auras mieux aymé à la Parque courir,
60 Que le blâme impieux de ma bouche encourir. [184] Il me souuient, helas! il me souuient encore,
90 CORIOLAN v. 1262—1305.
Vne frayeur toujours depuis me remémore 63 Cest prédiction, qu'à l'Adieu tu nous fis, Prophète malheureux de ta perte (mon fils) Le front pâle, la voix en sanglots élancée, 66 Tu nous dis découurant le fond de ta pensée, Ouy, fermant nostre Adieu de larmes tu nous dis, N'espérer nous reuoir qu'au Royaume de Dis. 69 0 Filandieres sœurs, ie vous prie à mains jointes, Si son cœur a senty vos funereuses pointes. Premier que de souflfrir vne plus dure mort, 72 Par quiconque voudra me faire ce rapport, Outre-percez le mien ministres infernales, Auec le mesme effort de vos flèches fatales, "^5 Fauorisez-moy tant; ina3,que ypis-j^ auanc^^^ Et ses yeux égarez deça7 delà lancer? "*" Ha ! c'est fait, il m'a veuê, & d'vne sombre œillade 78 L'eslandre confirmé que ie me persuade.
Approche Messager, approche, c'est à moy. Que ton front se pâlit sçauant de mon émoy. MESSAGER.
81 Madame, c'est à vous que Fortune cruelle
Adresse par ma bouche vne horrible nouuelle. [185]
VOLOMNIE.
Raconte hardiment vn mal imaginé; 84 Le Ciel n'est d'aujourd'huy a me nuire obstiné. MESSAGER.
Vostre fils massacré, autrefois nostre Alcide, A d'vn peuple saoulé la fureur homicide. VOLOMNIE.
87 0 peur trop véritable! ô trop cruels destins! 0 malheurs oppressais de fortune incertains! Fresle, foible faueur d'vn vulgaire muable, "^0 Mais au discours fais-moy ce meschef plus croyable. MESSAGER.
Les Volsques assemblez, mal contens de l'accord, Auoient de ce Héros ja conspiré la mort, 93 Vne partie au moins par celuy suscitée, Qui voyoit enuieux sa gloire supplantée, Son crédit amorty, comme prés le Soleil 96 Du firmament voûté les Astres n'ont point d'œil, Amfidie est le nom de ce jaloux d'Empire, Qui traistre dés long temps cherchoit à le destruire, 99 L'accuse en plein Conseil, & le cite accusé.
Que de l'autorité suprême déposé, [1861
Il eust à rendre conte à l'instant de la charge, 2 Des crimes se purger dont le peuple le charge, Coriolan craignant, d'autorité priué, Dessous luy se trouuer, ainsi qu'homme priué, 5 Proteste que du gré de tous la charge prise,