‹ Le théâtre d'Alexandre HardyChapitre 72 sur 220 · V. 1306—1352. TRAGEDIE · texte numérisé non relu

V. 1306—1352. TRAGEDIE

Il ne s'en demettroit estant de tous commise;

S'efforce neantmoins d'appaiser leur courroux, 8 Par le miel distilé de sa langue plus doux ;

De fait les principaux demonstroient au silence

N'estre point enuers luy portez de malveillance, 11 Que le respect graué de ses rares vertus

Obtiendroit vn oublj des crimes ramantus,

Faneur de Tennemy connue & redoutée, 14 Qui soudain a sa troupe assassine apostée,

Recourant mutiné l'encourage au délit,

D'audace, de fureur, & d'ire le remplit, 17 Helas! defendez-moj de dire ce qui reste. VOLOMNIE.

^y^ le na'y que trop compris de ton discours funeste^ "^^l est mort, ie le voy sous vn peuple atterré /[1871 — i gO;-L'estomach de cent coups, & de cent enferré, /

Ores enuironné d'vne mortelle glace, l

le voy ce corps guerrier estendu sur la place, y .Ar -^ \j

23 Dépouillé de son ame, & priué de couleur. V /JO*^^^"^^^^^^"^

0 dueil insupportable ! ô rage de douleujrJ^^jCj^

0 Mère parricide! ô Alere criminelle!

26 De ton sang innocent exécrable bourrelle.

0 Dieux! ô Dieux cruels! que vous auez produit

De ma peine pieuse vn détestable fruict! 29 Chetiue! pour sauuer le sac de ma patrie,

l'immole mon enfant, i'ay ma race meurtrie;

Au moins que ie le visse, & qu'il me fust permis 32 De plorer sur son corps captif des ennemis.

De composer ses yeux, & luy baiser sa bouche,

Puis le lit luy donner, où les defuncts on couche, 35 Et qu'il me fût permis tout mort de luy parler.

De fantasques regrets ma perte consoler ;

Aucun autre que moy ne luy promet des larmes, 38 Son pais sent encor le trenehant de ses armes,

Se souuient de n'auoir peu sa haine plier.

Et qu'à moy seul il doit le bien fait singulier. [188] 41 11 me doit ce bien fait, & ie luy dois la vie.

Que ie I'ay fléchissant pitoyable rauie.

0 chère geniture ! ô vnique soûlas!

44 Croy que le Stix ne peut de ses neuf entre-las

Empescher que bien-tost ie ne te sois rejointe.

Des regrets de ta mort jusques a l'ame épointe, 47 Courbante sou3 le faix d'vn âge langoureux,

A qui la terre nuit, & le Ciel rigoureux,

Qui n'espère appaisser de complaintes tes Mânes, 50 Mais bien de ma présence aux riues Stygianes,

Et que mon dueil n'estant pour ce faire assez fort,

En vn coup généreux ie trouueray la mort.

CORNELIE,

TRAai- COMEDIE.

Par ALEXANDRE HARDY, Parisien.

ARGVMENT. [190]

ALphonse d'Est, Duc de Ferrare, sous promesse de mariage jouit de Cornelie, sœur 3 de lean Bentiuole, Seigneur de Boulongne,

& des plus accomplis de son temps ; sa grossesse donne vn suffisant indice à son frère de la 6 vérité; mais auec mauuais jugement de la saine intention du Duc. Cornelie acouchée donne son fruict a transporter du logis à certaine Damoi- 9 selle, qui le pensant mettre sur la brune entre les mains d'vn Gentilhomme du Duc, s'adresse fortuitement à vn braue Caualier Espagnol, ne

12 soupçonnant rien moins que cela ; & comme au cry de l'enfant il se connoist pris pour Duppe, il ne laisse de le porter à son logis , & auec vn

15 soin paternel le faire pouruoir de Nourrice. Ce Caualier viuoit & logeoit dans Boulogne auec vn sien frère d'amitié, qui de fortune le cher-

18 choit lors par la ville, crainte de quelque mauuaise rencontre à son amy; Le hazard veut que cestui-cy rétournant sur ses pas, pour la mesme

21 considération, trouue Alphonse seul, & le Bentiuole assisté de plusieurs aux mains; Il protège le Duc tombé, auec vne telle resolution, qu'au

24 murmure du bourgeois qui commençoit à s'émouuoir le Bentiuole auec sa troupe se retire; ce qu'il fait aussi après mille remercimens du Duc,

27 qui luy laisse son [191] cordon de pierreries, ramassé dans la meslée pour arres d'amitié, & marque de sa valeur ; Au retour Cornelie fugitiue

30 du logis fraternel, parmy les ténèbres de la nuict trouue ce Caualier, nommé Domluan, se met en sa protection, & accepte le logis des deux Caua-

33 liers pour franchise, oii elle reconnut son enfant. Le Bentiuole désespéré de l'aftront qu'il prétend fait a sa sœur, implore l'entremise de Dom Juan,

36 pour faire appeller Alphonse en duel ; ce que l'autre accepte gayement, assisté de son amy. Il porte donc parole au Duc, qui le contente,

39 ainsi que le frère, promettant espouser Cornelie,

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