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Le théâtre, au dix-huitième siècle, est par excellence plaisir de prince : plaisir double d'ailleurs, puisque, non contents de rester spectateurs, les oisifs opulents montaient sur la scène. « La fureur inc royable de jouer la comédie, écrivait Bachaumont en 1770, g-agne journellement, et malgré le ridicule dont l'immortel auteur de la Métromanie a couvert tous les histrions bourgeois, il n'est pas de procureur qui, dans sa bastide, ne veuille avoir des tréteaux et une troupe (i). » Et quelques années plus tard. Métra, enreg^istrant que La Princesse AEIOU, une parade des plus équivoques et des plus dégoûtantes, a été jouée à Choisy devant le Roi et la Reine, avec g'rand succès, explique qu'on avait dû avoir recours aux poissardes les plus consommées pour exercer et styler les acteurs. Pour cette représentation, les hommes étaient habillés en femmes et les femmes en hommes {2).
Le goût des tréteaux et des coulisses, des travestissements et du maquillage s'accorde bien avec la vie factice de la grande dame; et il s'est si bien répandu, au dix-huitième siècle, que Paulmy d'Argenson a rédigé ingénieusement des Maximes à l'usage des troupes de so ciétés ou Manuel des sociétés qui font leur amusement de jouer la comédie. A son avis, il est peu convenable que les dames respectables et les personnes d'un état sérieux jouent les rôles trop vifs ou d'un comique trop bas. « Mais quand elles font tant que de s'en charger, elles doivent entrer tout à fait dans l'esprit du rôle, et ne se rien refuser de ce qui le caractérise. Si une dame se charge des rôles de la belle Zirzabelle et de Marton, elle doit y mettre tout le ridicule et la gaieté convenables; et si un grave magistrat joue ceux de Gilles ou de Crispin, il ne peut se refuser aux bouffonneries qui conviennent à ces rôles. » Et il ajoute : « La parade est un genre de divertissement dont on peut aussi tirer
(i) Mémoires secrets, 17 mars 1770.
(a) Correspondance secrète, 14 octobre 1777