II INTRODUCTION
parti pour l'amusement des sociétés ; il est vrai que ces farces sont communément trop libres pour être représentées devant des dames (i). »
Non seulement les dames en supportèrent la représentation, mais elles les jouèrent devant un public choisi, — et avec des parades — genre à dessein plus trivial qu'obscène, elles se complurent à représenter « de petites pièces voluptueuses et libres, infiniment propres à débarrasser les femmes de ce reste de pudeur qui les fatig-ue ». Ce répertoire, au dire de Mercier, réalisait la peinture trop aisée d'un riant et facile libertinag-e, le ton nouveau d'une débauche déraisonnée et qu'on appelait décente. A chaque lig"ne, des équivoques, des plaisanteries g-rossières, une corruption bien profonde. Et toutes ces femmes, dont on peig'nait l'esprit et la dépravation, étaient ou comtesses ou marquises, ou présidentes ou duchesses; pas une seule bourg-eoise. « Il n'appartient pas à la bourg-coisie d'avoir ces vices disting-ués (2). »
C'était là le répertoire des théâtres de société, de ceux que grands seigneurs et financiers, libertines artistes et nobles dames aménageaient dans les retraites galantes si bien appelées les petites maisons (3).
Dès la première moitié du siècle, la matrone Lacroix ou Delacroix, abbesse de maison close, flairant le goût de sa clientèle aristocratique pour les spectacles libertins, voire même obscènes, voulut donner, le i" janvier 1741, dans sa maison de la rue de Clichy, une représentation sensationnelle. La pièce jouée avait un titre qui convenait parfaitement au décor : L'art de foutre ou Paris foutant, ballet en un acte, en vers, « sur la musique de Y Europe galante » . Les courtisanes les plus en renom de Paris étaient mises en scène avec une manifeste impudeur : M"" Petit jeune, Lesueur, Duplessis, Rosette, Mouton, Lempereur et autres prostituées donnaient au public des échantillons de leur savoir-faire et les préceptes de la plus active obscénité.
Leurs opérations sont interrompues par un commissaire qui veut les faire arrêter :
Suivez mes pas; venez, belles, sous mes auspices.
De vos dons recevoir le prix, Nous savons à vos maux opposer un remède Qui, mieux que le mercure, a droit de corriger.
(i) Mélanges lires d'une grande bibliothèque, Paris 1779, t. II, p. 179.
(2) Mercier, Tableau de Parts, Amsterdam, 1783, t. VI, p. m.
(3) Voir Chroniques du xviii" siècle, lomc IV : Le Parc-aua>Cerfs et les petites i7ialsons galantes. (Bibliolhc(iue des Curieux, 1910.)