‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 15 sur 99 · SCÈNE III VALÈRE, PAILLARDET · texte numérisé non relu

SCÈNE III VALÈRE, PAILLARDET

Enfin nous sommes seuls : il faut te découvrir Un dessein que j'ai fait pour me bien réjouir: j'aime depuis huit jours une jeune innocente Que tu ne connais point, elle est toute charmante ; Mais je n'en puis venir à bout sans l'épouser. Il faut, cher Paillardet, m'aider à l'abuser ; J'ai dit que mon tuteur était homme intraitable, Qu'il ne souffrirait pas une union semblable ; Mais que, pour le tromper, j'avais un aumônier Oui tous deux en secret pourrait nous marier : La belle est consentante. Il faut, je t'en conjure, Que de cet aumônier tu prennes la figure, Et tu nous marieras.

PAILLARDET

Oui-dà, je le veux bien :

Le tour sera bouffon.

LE LUXURIEUX TALÈRE

Pour qu'il n'y manque rien, Il faudra deux témoins, à ce que j'imagine.

PAÏLLARDET

Eh bien ! prenons Courtaut avecque la Babine, Ils sont de nos amis, et leur plus g^rand désir Est, dans l'occasion, de nous faire plaisir.

VALÈRE

Mais il nous faut quelqu'un pour faire le notaire.

PAÏLLARDET

Oh ! quant à celui-là, monsieur, j'ai votre affaire. Pousse, mon camarade ; il fut clerc ci-devant ; Pour dresser un contrat il est assez savant. Mais quand vous serez las de tout ce badinage...

Tu prendras cette fille après en mariage.

PAÏLLARDET

Moi, monsieur?

VALÈRE

Pourquoi non ? va, tu seras content.

PAÏLLARDET

Mais, dites-moi, monsieur, a-t-elle du comptant?

VALÈRE

Je crois son fonds petit.

PAÏLLARDET

Moi, j'ai fort peu d'avance.

Je ne veux pas, monsieur, vivre dans l'indigence.

VALÈRE

Elle a cinq cents écus.

PAÏLLARDET

Je n'en ai guère plus ;

10 THEATRE d'aMOUR AU XVIII^ SIECLE

Voyez, quand nous aurions ensemble mille écus, Que diable ferions-nous?

VALÈRE

Ne te mets point en peine, Laisse-moi seulement prendre mon droit d'aubaine. Tu seras satisfait. Va donc chez un fripier Louer tout au plus tôt un habit d'aumônier. Moi, je prends le moment que ma sœur est absente; Elle est farouche un peu, mais je crois après tout Qu'avec quelques efforts j'en viendrai bien à bout. Sinon j'irai chercher quelque dondon jolie, Pour peloter toujours en attendant partie.

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