‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 14 sur 99 · SCÈNE II VALÈRE, ISABELLE, PAILLARDET · texte numérisé non relu

SCÈNE II VALÈRE, ISABELLE, PAILLARDET

Eh bien, as-tu rendu ce malin mon billet?

PAILLARDET

Oui, monsieur ; cette nuit vous pourrez voir Julie. Madame Pommelée en vos mains la confie.

6 THÉÂTRE d'amour AU XVIII^ SIÈCLE

VALÈRE

x\.s-tu VU la Fillon?(i) Me fera-t-elle voir La brune en question?

PAILLARDET

Oui, vous l'aurez ce soir.

En même temps j'ai vu madame Motte-Verte, Qui m'a dit avoir fait certaine découverte D'un tendron de quinze ans ; ce sera pour midi : Voilà, grâce à mes soins, ce jour-ci bien rempli.

VALÈRE

Songe donc à demain.

ISABELLE

En vérité, mon frère.

Vous allez vous tuer, je vous le réitère ; Si j'en faisais autant, je serais sur les dents.

VALÈRE

Vous le croyez, ma sœur; allez, ces passe-temps Conservent la santé : regardez vos voisines. Madame Gobe-Tout, madame Grippe-Pines, La comtesse Val-Gu, la marquise Cognard ; Ce jeu que vous blâmez les rend grasses à lard.

ISABELLE

Je ne le blâme point ; mais je suis assez sage Pour n'en vouloir tâter que dans le mariage.

Eh bien ! mariez- vous, j'en demeure d'accord : De vous en empêcher certes j'aurais grand tort. Quel mari prenez-vous? Est-ce le capitaine?

ISABELLE

Nous nous sommes brouillés depuis une semaine.

(i) Célèbre matrone de maison close, du commencement du xvni« siècle.

Pourquoi donc?

ISABELLE

Il m'a fait le plus infâme tour Qu'on puisse jamais faire. Il passait l'autre jour Avec sa compag^nie au bas de ma fenêtre, C'était le jour de l'an. Dès qu'il me voit paraître, 11 présente sa pique, il en fait mille tours. Me saluant au son des fifres, des tambours. De cette honnêteté j'étais assez contente ; Mais à peine fut-il à la porte d'Orante, Qu'il aimait depuis peu, qu'avec un grand fracas Il fit tous à la fois décharger ses soldats. Ah ! j'en suis enragée.

VALÈRE

Eh quoi ! cela vous pique ?

ISABELLE

Gomment donc? Devant moi venir branler la pique Pour aller décharger ailleurs !

Le trait est noir.

ISABELLE

Non, mon frère, jamais je ne le veux revoir ; Ce sont là des affronts que jamais l'on n'efface.

VALÈRE

Ainsi donc vous prendrez l'avocat en sa place ; Mais c'est un ignorant.

ISABELLE

Pas autant qu'on le croit :

II s'offre nuit et jour à me montrer le droit; II débute par là.

8 THÉÂTRE d'amour AU XVIIie SIÈCLE

VALÈRE

Pourvu qu'il continue, Vous serez avec lui passablement pourvue ; Vous concevrez bientôt.

ISABELLE

Oui, j'ai l'esprit ouvert, Et de ce que j'y mets jamais rien ne se perd.

VALÈRE

Allez donc, au plus tôt finissez cette affaire, Adieu, ma chère sœur.

ISABELLE

Jusqu'au revoir, mon frère.

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