‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 26 sur 99 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARGÉNIE, LISE

ARGÉNIE, croyant voir l'ombre du duc de Candale, son premier amant.

Fantôme impérieux, qui viens mal à propos. Condamner mes plaisirs et troubler mon repos. Va porter aux enfers ta noire jalousie Et ne te mêle plus de censurer ma vie. Chargé de tant d'horreurs, de quoi t'avises-tu De revenir ici me prôner la vertu ?

Ne te souvient-il plus que je suis une femme De qui lé c brûlant sent la plus vive flamme Et que de ton vivant, loin de me soulag^er, Cruel, tu débandais, à me faire enrag-er? Non, je ne te crains plus, tes menaces sont vaines, Par ton heureux trépas, la mort brisa mes chaînes : Depuis ce doux moment, prodig-uant mes faveurs, J'ai dans mes intérêts réuni tous les cœurs; Il faut f..... ou mourir.

LISE

Il faut mourir ou f !

Est-ce donc la colère ou l'amour qui vous outre? Madame, qu'avez- vous?

ARGÉNIE

Ah ! Lise, quel réveil !

Et que n'ai-je point vu dans mon triste sommeil ? Au sortir du repas, me trouvant assoupie. Sur ce lit de repos je me suis endormie; Lorsque, me remplissant et d'horreur etd^efîroi. Le jaloux Gandalin a paru devant moi.

« Infâme, m'a-t-il dit d'une voix effroyable, Je viens te reprocher ta vie abominable ; Ing-rate, as-tu sitôt perdu le souvenir De l'estime où mon feu pouvait te maintenir? Dans le nombre des morts je n'étais pas encore Quand tu m'associas Marcelin et Big-dore, Ghrisante, Gastellor, l'Aventurier, l'Abbé; Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé. Que tu m'as fait souff^rir ! Mais mon plus g-rand supplice Fut de voir quels amants étaient à ton service; Que, sans discrétion et sans cacher ton feu, Tu fis, de plus en plus, à tout venant beau jeu.

LA COMTESSE d'OLONNE 3i

Va, ton abaissement fait honte à ma mémoire .

Ma passion à part, il y va de ma gloire.

Les dieux, pour t'accabler de malheurs infinis.

Vont t'élargir le c. . et raccourcir les v. . . ;

Les plus jeunes fouteurs auront mille faiblesses;

Toujours à contre-temps tu lèveras les fesses,

Et tes amants, contraints par une dure loi,

Au milieu du coït s'endormiront sur toi.

Pour un g-ueux impuissant l'amour te rendra folle.

Tes moindres maux seront chaude-pisse ou vérole ;

Enfin, bougresse, enfin, pour avoir trop foutu,

■Un chancre confondra ton c. . avec ton cul. »

A peine eut-il fini ces mots épouvantables

Qu'il disparut.

LISE

0 ciel ! Quels malheurs effroyables Menacent vos beaux jours ! et quel affreux tableau ! N'appréhendez-vous pas de tomber en lambeau ?

ARGÉNIE

On ne peut de frayeur être plus agitée.

LISE

Vous êtes dans l'amour aussi trop emportée; Madame, Gandalin peut bien vous gourmander; Pour vous f , il ne faut que vous le demander.

ARGÉNIE

Que veux-tu, ma Lison, je n'ai que cette envie.

Et c'est le plus grand bien qu'on goûte dans la vie.

LISE

Je lis dans votre cœur, je connais votre goût : Il n'est aucun plaisir pour vous si l'on ne f . . . . Abandonnez-vous donc à votre humeur lubrique, Et, mêlant l'étranger avec le domestique,

32 THEATRE D'aMOUR AU XVIII*^ SIECLE

Le prince, le bourg-eois, et les premiers venus, Foutez, foutez, madame, à c ons rabattus.

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