SCÈNE PREMIÈRE Mme AMBOISEL, M. GRIPIGNI
M. GRIPIGNI
Que Taze vous foute, madame Amboisel, je suis rompu chaque fois que je monte chez vous; ne prendrezvous jamais un premier ou un second? Je veux que le diable m'emporte si vous ne rebutez à la fin tous les honnêtes gens qui viennent chez vous; n'est-ce pas se moquer du monde que de placer un bordel dans le voisinage du Paradis ?
68 THÉÂTRE d'amour AU XVIII*' SIÈCLE
M™e AMBOISEL
Voilà de vos chiens de compliments à l'ordinaire, et vous serez toujours un boug^re mal eng-ueulé.
M. GRIPIGNI
Ah çà, trêve de politesse, parlons un peu d'affaires. Vous est-il venu du neuf? Aurons-nous enfin quelque chose qui en vaille la peine ?
M»ie AMBOISEL
Vous êtes encore un plaisant visag-e de vous plaindre; comment diable vous les faut-il donc, si vous n'êtes pas content de cette belle marchande que je vous ai fait voir?
M. GRIPIGNI
Son minois est joli, mais, en revanche, elle est diablement...
M™e AMBOISEL
Quoi ?
M. GRIPIGNI
Diablement spacieuse.
M'"e AMBOISEL
Voilà encore un beau chien de raisonnement; est-ce sa faute ou la mienne si vous n'avez pas de quoi garnir son appartement ?
M. GRIPIGNI
Eh ! morbleu, ne me déterrerez-vous jamais quelque petite camuson qui soit jeune et gentille?... Mais, à propos, madame Amboisel, ne m'avez-vous pas dit, il y a quelque temps, qu'il devait vous arriver de la province une nièce de quatorze ans ?
M'"6 AMBOISEL
Aussi est-elle arrivée, Dieu merci.
l'appareilleuse 69
31. gripigni Ah ! de grâce, si elle est ici, faites-la venir que je voie un peu si elle est aussi jolie que vous me l'avez fait espérer.
M">e AMBOISEL
L'enfant est belle comme un ang^e, ni grande, ni petite, du bon poil, et de plus, monsieur Gripigni, on peut vous garantir son pucelage ; la pauvre innocente ne sait seulement pas comme les hommes sont faits, et je gagerais bien qu'elle n'a jamais vu son petit frère ; mais aussi, vous m'entendez bien, qu'à bonne marchandise, bon prix.