‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 52 sur 99 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M"'« AMBOISEL, MANON, M. GRIPIGNI

M'"" AMBOISEL

Eh bien, quoi? qu'est-ce donc que tout ce tintamarrelà? Pardié, monsieur Gripig"ni, il me paraît que vous êtes un grand maladroit.

M. GRIPIGNI

Mon r3ieu! iradame Amboisel, que ne me disiez-vous cela? c'est un petit diable que votre nièce... Je ne me soucie pas du pucelage à ce prix-là; elle a, par la sandieu, manqué de m'étrangler, et je suis mordu et ég'ratigné partout.

M">e AMBOISEL

Avez-vous enfin emporté la place?

M. GRIPIGNI

Je n'ai pu seulement emporter un pouce de terrain; la petite chienne a du vif-argent dans les fesses, et malgré ce que j'ai pu faire, elle a toujours rompu mes mesures.

M™e AMBOISEL

Ah! petit masque, je me suis bien doutée que tu g"âterais tout. Approchez, friponne, approchez; c'est donc comme cela que vous obéissez à votre tante? Jarni! je ne sais à quoi il tient...

MANON

Dame, ma chère tante, pendant que ce monsieur m'a caressée, je me suis laissé faire, mais il a voulu me tuer, je me suis défendue; voyez!

l'appareilleuse 87

M"i^ AMBOISEL

Eh bien! monsieur Gripig-ni, ne vous ai-je pas dit la vérité quand je vous ai assuré que ce n'était qu'une enfant?... Comment! il t'a voulu tuer?

MANON

Dame, oui; il m'a montré une grosse vilaine bête, longue comme ça, qui m'a mordue comme tout : tenez, ma chère tante, je ne veux plus être demoiselle, renvoyez-moi chez nous

M"'6 AMBOISEL

Vous resterez ici, petite gueuse, et vous gagnerez la vie de votre tante; vous ne connaissez pas le bien que je vous veux.

MANON

Votre bien fait du mal.

M. GRIPIGNI

Au moins, madame Amboisel, voilà vingt-cinq louis que vous me volez, et que je ne prétends pas perdre.

M'"e AMBOISEL

Vous me la baillez belle encore; pardieu, je vous livre la marchandise, vous n'avez qu'à vous en saisir.

M. GRIPIGNI

Prêtez-moi donc votre secours; il faut qu'elle crève ou que je la dépucelle.

M'"6 AMBOISEL

Je suis bien fâchée de ne l'avoir fait jouer avec quelque petit garçon auparavant, puisqu'on dit que ce qui porte le veau peut bien porter le taureau.

M. GRIPIGNI

Ne vous inquiétez pas; je l'emporterai au troisième, si vous m'aidez.

88 THÉÂTRE d'amour AU XYIII^ SIÈCLE

M'"6 AMBOISEL

Allons, petite sotte, venez ici; tiens-toi bien, jarni ! je t'étrangle si tu remues. Eh bien ! vous, allez-vous rester là à regarder comme un nigaud?

M. GRIPIGNI

Allons, ma petite reine, prends courage, je ne te ferai pas tant de mal.

MANON

Ah ! ah ! ah ! ma chère tante, je vous demande pardon ; je n'en puis plus, je me meurs... je suis morte.

M'ne AMBOISEL

Arrêtez, monsieur Gripigni, nous sommes perdus. Je crois entendre le commissaire.

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