‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 60 sur 99 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LÉANDRE, seul, la chandelle à la main.

Am : Quand on a prononcé ce malheureux oui. Tandis qu'avec Cassandre Isabelle entre en danse, Il me faut sobrement prendre ici patience ; Les plaisirs sont pour eux, et moi, comme un franc sot, Je g^arde les manteaux et croque le marmot.

(// pose la lumière sur la table.) Am : Un Jour, le bon père Abraham.

Peut-elle ainsi m'assassiner En se donnant carrière !

Ciel! je l'entends se démener

En convulsionnaire!

Doit-elle sous mon pavillon Sonner, sans moi, le carillon Que l'on sonne à Cythère?

Air : Cela m'est bien dur.

Sur mon lit, ton joyeux théâtre.

L'on profane du haut en bas Le corail, l'ébène et l'albâtre Qui composent tous tes appas.

Quoi! tes soupirs viennent à mon oreille! J'entends à merveille, Malg"ré l'épaisseur du gros mur.

Cela m'est bien dur!

Air sérieux.

Ah ! que mon cœur goûte peu de repos ! Que je sais qu'Isabeau fait la bête à deux dos. Pour un amant, ô ciel, quelle terrible image! Affreuse Jalousie, éloigne ton flambeau.

Tendre Amour, prête-moi ton utile bandeau, Ou bien fais qu'un nuage Me cache un si vilain tableau.

Dieux! que je suis dans d'affreuses détresses!

Mais tout est sourd à mes g^éraissements;

Ma maîtresse est bien loin de plaindre mon tourment;

Peut-être, hélas ! qu'elle s'en bat les fesses.

Am : Grand-duc de Savoie.

Tu me laisses geindre, Chien de Cupidon !

Que ne puis-je éteindre Ton maudit brandon ?

Quoi ! les yeux des dames Sont donc destinés A mener nos âmes Toujours par le nez?

Air : // faut que je Jlle.

Pour finir cette aventure, Qui m'accable de tourments, Tu m'avais promis, parjure, N'être que quelques moments.

Ce jeu dure, dure, dure, Ce jeu dure trop long-temps.

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