‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 61 sur 99 · SCÈNE DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE

ISABELLE, GASSANDRE, LÉANDRE, REINFORT ET SATIRION, dans l'autre chambre.

ISABELLE, tenant Cassandre au collet.

Je t'y prends donc, pendart, vieux visage à gourmade, Ce n'est donc qu'avec moi que tu fais le malade, Ce n'est donc qu'avec moi que tu fais le perclus ; Quand il en peut encor, je crois qu'il n'en peut plus. Air des Trembleurs.

Pour voir jusqu'où ton délire Pourrait aller, vieux satyre,

112 THEATRE D AMOUR AU XVIIje SIECLE

J'ai supporté, sans rien dire, Jusqu'au cinq et sixième choc.

Que n'ai-je, dans ce mystère, Dég"uisé mieux ma colère ! Si j'avais voulu me taire.

Un septième m'était hoc.

CASSANDRE

Oui-dà, pour m'attraper là-dedans en cachette. C'est donc vous qui faisiez semblant d'être Nanette? Mais c'est tant pis pour vous; car deux autres, ma foi. Ont aussi là-dedans fait semblant être moi. Reinfort, Satirion, venez tous deux ici.

SATIRION

Madame, c'est moi qui...

ISABELLE

Qui...

REINFORT

J'en étais aussi.

Tous les deux... tour à tour... là dans cette chambrette Pardon ; nous adressions notre hommag-e à Nanette. Vous avez pris sa place, et tous deux de bon cœur Nous avons pris aussi la place de Monsieur.

CASSANDRE

Oui, c'était de concert. Leur passion contente.

Le troisième, à mon rang-, comme eux je me présente.

Animé par l'exemple et prêt à m'ég-ayer.

J'allais dans leurs travaux tous deux les relayer ;

Je me voyais déjà monté comme un saint Georg-e,

Quand vos ongles crochus m'ont sauté à la g"org"e.

Il fallait renfermer encor votre fureur;

Vous auriez bien tiré parti de mon erreur.

LÉANDRE-NANETTE Il3

ISABELLE

Ah ! j'y suis à présent : dans cette bonne aubaine, J'avais tout le profit, lui l'honneur, vous ia peine ? Je m'étonnais aussi de ce grand travailleur! J'imputais à ce sot votre rare valeur.

Me voilà bien au fait, et toutes ces caresses Que je viens d'essuyer sont vos belles prouesses. Mais je ne conçois pas par quel enchantement Je n'ai rien remarqué de tout ce changement.

lÉaN'DRE, bas à Isabelle.

Ai-je donc des chagrins une assez bonne dose? ISABELLE, bas à Léandre.

Ce sont coups de hasard dont je ne suis pas cause.

SATIRION, à Cassandre.

Air : Sans le savoir.

Nous ne voulions qu'avec Nanette, Comblant nos désirs en cachette.

Tous deux nous divertir ce soir :

Notre chag"rin n'a point de bornes ; Tu nous vois bien au désespoir De t'avoir mis tous deux des cornes, Sans le savoir.

REINFORT, à Cassandre.

Çà l'ami, marché nul ; notre argent sans attendre.

CASSANDRE

Votre argent?

SATIRION

Oui, sans doute, il faut bien nous le rendre ; Nanette, qui m'enflamme, aurait mon bien entier...

REINFORT

Mais ta femme, à nos yeux, ne vaut pas un denier.

Il4 THEATRE d'aMOUR AU XYIII^ SIECLE

ISABELLE

Qu'ils sont impertinents ! couple de malotru ! Ils sont bien dégoûtés ! Ah ! si je l'avais cru, Bien loin de les aider, tantôt sur cette couche, J'aurais dans leurs plaisirs été comme une souche.

CASSANDRE, à ses deux amis.

Am du Cap de Bonne-Espérance.

Mais lorsque tantôt ma femme A mis le comble à vos vœux, Pour l'objet de votre flamme Vous la preniez tous les deux :

Votre joie était complète.

Elle passait pour Nanette ; Vous avez donc en ce cas Eu Nanette dans vos bras.

SATIRION

Voilà des arg-umenls tous des mieux dégoisés ; Mais nous ne devions pas être désabusés.

ISABELLE

Air : Qae de gentilles pèlerines.

Une chose, dans ma colère, Me console, en quelque manière ; S'ils ont osé se satisfaire.

J'ai bien puni ces insolents :

Ils m'ont mise sur le derrière, Mais je les ai mis sur les dents.

REINFORT, à Cassandre.

Chacun nos cent écus, sans nulle procédure.

Ou cent coups de bâton finiront l'aventure.

{Cassandre se fouille lentement et tire les deux bourses qui lui ont été données.)

LÉANDRE-NANETTE Il5

ISABELLE

Le ladre vous a donc un chacun rançonné? Mais l'arguent m'appartient et je l'ai bien gagné. Pour le mortifier, je saute sur les bourses.

(Elle les prend.)

SATIRION

Femme pour se venger a toujours des ressources.

CASSAN'DRE, en donnant d'antre argent à ses deux amis.

Il ne me reste pas dans ma poche un écu ! Tout mon argent s'emploie à me faire cocu !

SATIRION et REINFORT, à Cossandre.

Air : Vous voulez me faire chanter.

Il se pourrait bien, dans neuf mois,

Que ta femme fût mère De deux enfants tout ^ la fois.

Dont on te croira père :

Ils seront filles ou garçons,

Cela n'importe guère ; Ami, tu nous peux sans façon

Retenir pour compères.

ISABELLE

Un pareil quiproquo n'arrivera jamais;

J'y vais mettre bon ordre, et je vous le promets.

Air : Ça ne durera pas ton/ours. Vous passerez, Nanette, Pour leur faire dépit, Le jour dans ma chambrette.

Et coucherez la nuit Avec moi dans mon lit, Avec moi dans mon lit.

Avec moi dans mon lit.

IlO THEATRE d'aMOUR AU XVIII« SIECLE

CASSANDRE

J€ m'en vois, Dieu merci, quitte à fort bon marché; Je craig-nais plus d'éclat de son esprit fâché.

VAUDEVILLE N'épousons pointa la boulvùe :

Sachons qui nous tuons aussi, Car on peut faire une bévue Qui peut causer bien du souci :

Œdipe tua son cher père, Il le fit ensuite cornard ; Tout cela n'arriva que par Un quiproquo d'apothicaire.

D'un vieux mari qui m'embarrasse Et que je chasse de mon lit, Nanette occupera la place ; Elle a ving-t ans, c'est pain bénit :

Vous qui savez tout le mystère Vous voyez par ce coup d'estoc Que je ne fais pas dans ce troc Un quiproquo d'apothicaire.

Un auteur veut nous faire rire.

Il cherche, il invente, il écrit, Dans son cabinet il s'admire Et se trouve un sublime esprit :

Mais au moment qu'il croit vous plaire. Un malheureux coup de sifflet Lui prouve souvent qu'il n'a fait Qu'un quiproquo d'apothicaire.

Le Tempérament

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