VIII INTRODUCTION
Moi je m'en sers, Mais ils sont chers, Et bien faits pour Nos grands c..s de cour, Tous vis-à-vis, Etc. (i).
Le fermier g-cncral Le Riclie de la Pouplinière, avait installé à Passy une superbe demeure où il s'était organisé une molle existence de jouisseur. En outre, il avait fait édifier, rue de Clichy, un théâtre sur lequel sa femme. M»" Deshayes, actrice et fille d'actrice, donnait des représentations égrillardes au moins. On y joua, croiton, des scènes fort libertines que la Pouplinière présentait comme dues à sa plume, et qui peuvent être plus légitimement attribuées à Crébillon fils : Le Tableau des mœurs du temps dans les différents âges de la vie. Nous publions deux de ces dialog'ues.
La Guimard, déesse de la danse, qui devient, vers 1761, l'étoile de l'Académie royale de musique, attache à son char l'opulent fermier général Benjamin de la Borde et bientôt, simultanément, le maréchal prince de Soubise.
En 1772, la danseuse se fit construire, sous la direction de l'architecte Le Doux, un splendide hôtel dans la Chaussée-d'Antin, avec un admirable théâtre, dont la salle pouvait contenir 5oo personnes. Les loges ouvertes et les loges grillées étaient de délicieux boudoirs à tentures de taffetas rose, relevées de ganses d'argent; tout autour régnait une colonnade où, dans les entre-styles, se groupaient les spectatrices dont le feu de mille bougies rehaussait l'éclat fardé. Près du théâtre, un exquis jardin d'hiver servait de salon pendant les entr'actes et, pendant la pièce, de refuge aux amoureux. « Cet accessoire, dit Fleury, était merveilleusement apprécié par les gens de goût admis dans la maison (2). »
Le répertoire de la Guimard fut des plus osés : elle rêva de ressusciter les Fêtes d'Adam, exécutées sous la Régence au château de Saint-Cloud, et fit jouer, dit-on, à sa petite maison, un proverbe en deux actes, d'une liberté des plus audacieuses : l'Esprit des mœurs au dix-huitième siècle ou la Petite Maison, de Mérard de Saint- Just (3).
C'est à une des fêtes dramatiques données sur son théâtre que la
(I) Charles Collé. — Chansons qui n'ont pu être imprimées et que mon censeur n'a point dû me passer. S. 1., 1784 (Enfer, 3oi). (a) Fleury. — Mémoires, P. i835, t. II, p. 119. (3) Voir Le Parc-aua:-Cerfs et les petites maisons galantes. Appendice.