‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 8 sur 99 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

Guimard fit prononcer, en matière de compliment, par un des acteurs, ce petit discours, dont toute fille — incapable, d'ailleurs, d'y voir malice — devait formellement interdire la lecture à sa mère. Et jamais peut-être formule ne fut plus justifiée :

« Messieurs,

« Autant que l'usage des choses de théâtre a pu me donner de pratique : non, je mets la charrue devant les bœufs, messieurs, je veux dire autant que la pratique des choses de théâtre a pu me donner d'usage, j'ai remarqué, en général, j'ai même expérimenté que les clôtures sont bien plus difficiles à faire que les ouvertures ; que le moment où l'on rentre a quelque chose de bien plus gracieux, de plus agréable que le moment où l'on sort, et que les actrices ne pourraient jamais se consoler des regrets de la sortie, si elles n'envisageaient l'espérance d'un bout de rentrée. Ce discours tend à vous montrer d'un clin d'œil, à vous exposer d'une manière qui ne tombera pas en oreille d'âne, messieurs, à rapprocher enfin par un trait insensible les avantages de la sortie d'avee ceux de la rentrée, la clôture, enfin, de l'ouverture.

« Mais ne pensons point à l'ouverture, quand nous en sommes à la clôture ; ne pensons point au commencement du roman, quand nous en sommes à la queue. C'est le plus difficile à écorcher, messieurs, on le sait, et c'est pour cela que je rentre dans la matière de mon compliment, et que j'en reviens à la clôture d'aujourd'hui, qui fait le fond de mon sujet.

« Vous trouverez notre clôture bien courte, bien petite, en comparaison des ouvertures si grandes, si brillantes, mesdames, dont nous vous sommes redevables. Quelles obligations ne vous avonsnous pas pour les avoir soutenues aussi agréables, douces et faciles, pour avoir écarté à propos ces critiques qui vilipendent sans cesse un acteur, l'obligent de se retirer la tête basse et la queue entre les jambes ! Vous avez soutenu notre zèle, suppléé à notre faiblesse, en nous prêtant généreusement la main pour nous dresser selon vos désirs, et nous avez mis par ce moyen dans le cas d'entrer en concurrence avec les sujets du premier talent, qui marchent toujours la tête levée et auxquels on ne peut reprocher qu'un peu trop de raideur, défaut dont ils se corrigeront aisément.

« Que dis-je ? Je m'aperçois que je m'allonge un peu trop sur les efforts de nos acteurs ; que je pourrais m'étendre sur quelques-unes de nos actrices. Mais ce n'est pas là le moment : je me contenterai de vous dire que si nous donnons aujourd'hui quelques relâches à nos amusements et à notre spectacle, c'est reculer pour mieux sauter. Et quoiqu'il ne soit pas permis à tout le monde d'être heureux

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