SCÈNE VIII ET DERNIÈRE
LE CAPITAINE DES GARDES, FESSARIDE, Gardes
LE CAPITAINE DES GARDES, donnant Une lettre à Fessaride. C'est de la part du roi.
FESSARIDE
Quel que soit ce message, Il ne peut renchérir sur son dernier outrage.
(Elle lit.) « Je prétends à jamais que votre appartement « Vous serve de prison ; c'est votre châtiment. « Vous n'aurez près de vous qu'une vieille ridée, « Esclave, dont toujours vous serez obsédée ; « Et pour mettre en gaîté votre corps décharné, « Rien n'entrera chez vous qu'il ne soit chaponé. « Je vous écris au lit, madame, où votre fille « Recueille tout le fruit que produit la pastille. « Cette occupation ménageant nos souliers, « Nous donnera dans peu bon nombre d'héritiers. »
(Elle mord et déchire la lettre.)
[Au capitaine des gardes.)
Tiens, tiens, voilà le cas que je fais de son ordre ; Dis que tu me l'as vu déchirer, cracher, mordre, Et rapporte à ton roi les sincères souhaits Que je lui fais ici pour prix de ses bienfaits. Exaucez-moi, grands Dieux ! et que sa tabatière, Quand il prend du tabac, se renverse par terre;
l40 THÉÂTRE d'aMOUR AU XVIIl" SIECLE
Qu'il ne puisse un moment être seul quand il veut; Qu'il ne trouve jamais de fiacre quand il pleut; Que quinze fois par mois sa montre se dérange; Qu'il ne puisse gratter où cela le démange; Que, toujours constipé, jamais un lavement Ne puisse glisser jusqu'à son fondement ; Que sa poitrine soit tous les jours enrhumée ; Que sa chambre l'hiver soit pleine de fumée ; Qu'il ne puisse jamais voir mûrir ses raisins; Qu'il soit toujours piqué de puces, de cousins; Que la foudre du ciel tombe sur sa perruque; Qu'il soit cocu sans cesse, et mille fois eunuque.