SCÈNE IV
GASPARIBOUL, ABUBEF.
GASPARIBOUL, en chemise, son manteau royal sur le bras, en pantoufles, en bonnet de nuit, sa culotte et ses bas mis.
Surchargé des faveurs dont votre cœur m'accable.
J'ai voulu loin de vous, objet trop délectable.
l52 THEATRE d'aMOUR AU XVIIie SIÈCLE
Au sortir de vos bras g-oûter quelque repos. Le sommeil sur mes yeux a versé ses pavots ; Mais quoique séparé de tout ce que j'adore, Un song-e à mes reg-ards vous présentait encore ; De vos seins, faits au tour, je touchais la blancheur, Vos beaux yeux pétillaient d'une lubrique ardeur, Ma princesse vautrait son corps sur la duchesse ; Elle me laissait voir sa g"org-e de déesse. Dans ma lasciveté, j'étais à vos g-enoux. Vous me disiez : « Grand roi, pour raison, levez-vous. » Je me lève tout droit et dans mon trouble extrême J'allais trop haut, trop bas., mais vous avez vous-même... Le plaisir me réveille, et ne vous trouvant pas J'endosse promptement ma culotte et mes bas, Et viens, tout échauffé de l'ardeur qui me presse. Réaliser mon rêve avec vous, ma princesse.
ABUBEF
Seig-neur, de tant de biens mon esprit est confus,
Vous en pouvez encor, mais moi, je n'en puis plus.
Mon âme à vos plaisirs s'est trop associée ;
Je suis lasse, il est vrai, mais non rassasiée.
Et vous verrez dans peu, sans vouloir me flatter.
Si je recule ici, que c'est pour mieux sauter.
GASPARIBOUL
Il faut donc reng-ainer jusqu'au fond de mon àme Les preuves que j'allais vous donner de ma flamme ; Je serai toujours prêt : j'en jure vos beaux yeux. Mon turban, mon amour, ma barbe et vos cheveux, Et quand vous voudrez voir l'effet de ma promesse, Vous enverrez un pag-e avertir ma Hautesse.
ABUBEF
Non, demeurez ici ; je vous quitte un moment. On m'attend là dedans avec un lavement ;
LES DEUX BISCUITS l53
Je n'exig'e de vous que le temps de le prendre,
(En soupirant.)
Celui de le garder et celui de le rendre,
Et je reviens bientôt près de votre Grandeur,
Par de nouveaux plaisirs confirmer mon bonheur.
[Elle va à la garde-robe.)