‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 78 sur 99 · SCÈNE VII NADERl, GASPARIBOUL GASPARIBOUL, à Naderi qui entre · texte numérisé non relu

SCÈNE VII NADERl, GASPARIBOUL GASPARIBOUL, à Naderi qui entre

Cette nuit, la princesse a comblé mon amour; Je prétends l'épouser avant la fin du jour; Mon trône s'affermit avec cette alliance. Admire à quel degré j'ai porté la prudence. Je crois qu'on ne saurait la pousser aussi loin; De me faire cocu d'avance j'ai pris soin. Crois-tu qu'elle refuse un semblable hyménée. Après m'avoir donné vingt pains sur la fournée?

NADERI

Dans tes Étals, tu fis cocus, suivant ton choix. Artisans et robins, et nobles et bourgeois. De ces mêmes Etats il te faut faire Gille; Tous ces cocus armés sont maîtres de la ville, Ils demandent ton sang, pour te faire expier L'honneur que tu leur fis de les cocufier. De prudents généraux conduisent la menée; A chaque révolté chaque charge est donnée. Selon que le conseil est dûment convaincu Qu'il est de ta façon ou plus ou moins cocu.

LES DEUX BISCUITS l55

Leur armée est complète et se range en bataille;

Que pourras-tu tout seul contre eux tous? rien qui vaille ;

Chacun du cocuage arborant les couleurs,

L'un prend un poste ici, l'autre là, l'autre ailleurs.

Du sang royal il reste un prince légitime,

Qu'on a sauvé, dit-on, de ta rage amplissime;

Ce bruit de main en main s'est répandu partout,

Et tu n'es qu'un bâtard de l'un à l'autre bout.

On te donne le nom de Cadet la Gingeole;

On te promet aussi plus d'une croquinole.

Pour te faire rôtir, l'un récure son gril;

L'autre gage percer ton auguste nombril ;

L'un veut à pair ou non épiler ta moustache ,

Pour t'écorcher tout vif l'autre aiguise sa hache.

Du genre du supplice ils ne sont point d'accord.

Mais ils le sont du moins pour conspirer ta mort;

Il te faut déloger sans tambour ni trompette.

Et prendre malgré toi la poudre d'escampette.

On a tenu conseil pour tirer du canon.

Tout le monde a dit oui, personne n'a dit non.

Ta face vainement de colère se gonfle.

Ne nous endormons point lorsque le canon ronfle.

A la moutarde ici bien loin de t'amuser,

Troque, troque, crois-moi, pour les mieux abuser.

Ton beau manteau royal contre cette mantille ;

Vivre est essentiel, et régner est vétille.

J'apporte ici deux seaux, une sangle, un cerceau.

Il faut te déguiser, seigneur, en porteur d'eau.

GASPARIBOUL

Ce récit est trop long, si la suite est pressante ; Six vers étaient assez, et tu m'en dis quarante ;

(// ôte son manteau et met la souquenille.) Quel revers !

l56 THEATRE d'aMOUR AU XVIII'' SIECLE

NADERI

Il est grand, je ne puis le nier.

GASPARIBOUL

Tantôt j'étais évêque, et me voilà meunier.

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