SCÈNE IX
ABUBEF, DILAZAL, GASPARIBOUL, NADERI,
VAZIPOURS, AZINA, RISSOLE, les Grands du royaume,
LES Gardes du roi et le Peuple.
ABUBEF
Le tyran n'est plus roi. Peuple, voici le vôtre :
Et voilà tôt ou tard comme un clou chasse l'autre.
{Tous, le Peuple et les Grands, fléchissent le genou devant Dilazal, pour témoigner qu'ils le reconnaissent pour leur roi.)
DILAZAL, à la princesse. Je rè^ne donc enfin; c'est le prix de vos soins; D'un cœur reconnaissant qu'ils soient tous les témoins.
{Au peuple.) Je l'épouse à vos yeux, sans nulle simag"rée. Elle m'a fait deux fils d'une seule ventrée; Peuple, consentez-vous qu'ils soient légitimés?
CHŒUR DU peuple
Nous les adorerons comme vous les aimez.
GASPARIBOUL, se parlant à soi-même.
Me faudra-t-il aller du trône à la potence?
DILAZAL
De ce tig-re infernal prononçons la sentence.
[A Gaspariboul.) Pour prix de tes forfaits, tu t'attends à la mort; Mais ma haine te g^arde un plus funeste sort.
(A ses gardes.) Qu'on sépare de lui ce don de la nature Qui sert à fabriquer notre humaine structure; C'est par cet endroit-là qu'il nous offensa tous ; Qu'on extirpe ce bien dont il fut si jaloux; De sa postérité qu'on tarisse la source. Que pour lui le bourreau soit un coupeur de bourse;
l58 THEATRE d'amour AU XVIII*' SIECLE
Qu'une cage de fer soit son appartement,
Qu'au chevet de mon lit il voye incessamment
Dans mes draps, dans mes bras, cette jeune princesse
Que je veux accabler du poids de ma tendresse ;
Que privé de plaisir, il regrette à jamais
Et tous ceux qu'il a pris et tous ceux qu'il a faits.
(On emmène le tyran.)
» ABUBEF
Que j'approuve, grand Roi, cette sage conduite ! Vous avez bien trouvé la peine qu'il mérite, Travaillez sans relâche à ce grand châtiment ; Puissions-nous le punir, Seigneur, à tout moment. Trop heureuse en cela d'être votre complice, Je brûle de vous voir commencer son supplice.
DILAZAL
Oui, nous allons sonner cet amoureux tocsin.
[A part.) Que la vengeance est douce à l'esprit féminin !