‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 97 sur 99 · SCÈNE VI ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI ET DERNIÈRE

MARTON, Sœur AGATHE, GLITANDRE, LE JÉSUITE MARTON, sortant du cabinet où elle s'était réfugiée.

J'apporte une triste nouvelle, Amis, avec la nuit nos plaisirs vont finir. Agathe, la cloche t'appelle, Et le ciel commence à blanchir.

SŒUR AGATHE

Adieu donc, vigoureux athlètes.

Objets de nos brûlants désirs,

202 THEATRE d'aMOUR AU XVIII^ SIECLE

Ramenez quelquefois dans ces tristes retraites

L'amour, les jeux et les plaisirs.

Tandis que ving-t beautés faciles, Glitandre, à tes transports céderont tour à tour

Et que tes écoliers dociles, Cher père, à tes besoins s'offriront chaque jour, Entre ces murs épais, pour jamais resserrée. Je verrai dans les pleurs mes jours se consumer, Si, touchés des tourments d'une fille égarée.

Vous ne venez les ranimer.

LE JÉSUITE

Non; je ne reçois point un adieu si funeste. Pour fêter encor vos appas, .

Belles, un seul instant nous reste ; Reprenons nos tendres ébats.

MARTON

Avant de commencer une joute nouvelle.

Rassurez nos cœurs délicats;

Chers amis, ne nous trompez pas. Jurez qu'au moindre avis, pleins d'une ardeur fidèle,

Vous revolerez dans nos bras.

GLITANDRE, LE JESUITE

Nous le jurons tous deux.

GLITANDRE

Que le dieu de Gythère

Nous fasse éprouver sa colère

Si vous brûlez pour des ing-rats.

Mais profitons du temps. Marton, sois moins sévère,

A l'instant que ton jeune amant Au temple des plaisirs entrera par devant,

Ouvre l'autre porte au bon Père :

Tandis que ton doigt libertin

De la fringante sœur fourragera les charmes, L'aimable nonne, de sa main.

Par un chatouillement badin, Hâtera l'effet de nos armes.

LE JÉSUITE

Cher Clitandre, que tardez-vous?

De sa grotte Vénus vous accorde l'entrée.

Marton, recevez sans courroux

Ce trait enflammé dont les coups Portent de nouveaux feux dans votre âme enivrée. •

Frappons..., frappons à l'unisson

La voluptueuse Marton; ■ Redoublons son tendre délire.

A la fougue de nos désirs

Que ses sens ne puissent suffire ; Faisons-la succomber sous le poids des plaisirs.

CLITANDRE

Que tes chatouillements, Agathe, Augmentent ma félicité !

SŒUR AGATHE

Marton, que ta main délicate, Par sa folâtre activité, Dans mes sens agités répand de volupté !

MARTON

Eh ! vite... cher ami... je me meurs... je me pâme; Par des torrents délicieux Apaisez l'ardeur qui m'enflamme.

• Je sens... Ah ! quel plaisir! vous m'inondez tous deux.

SŒUR AGATHE

Arrête-toi, Marton, je n'y saurais suffire. Quel doux frémissement !...

204 THEATRE d'aMOUR AU XYIII^ SIECLE

MARTON

Quels coups impétueux !

CLITANDRE

Trémoussement voluptueux !

LE JÉSUITE

Douce lang-ueur... foug-aeux délire!

Nous g"OÛtons le bonheur des dieux.

(// tombe sur le sopha.y

CLITANDRE

Reprenons nos habits. Adieu, filles charmantes,

Dont l'aimable naïveté Effacera les traits de ces froides amantes Que guide le caprice et la cupidité.

Belles sans art et sans parure,

Tendres avec sincérité.

Vous savez égayer une austère clôture • Et vous suivez en liberté

Le doux penchant de la nature.

Que je quitte à regret ce séjour enchanté ! Dans le monde, l'amour est un rude esclavage.

Les sentiments et le langage.

Tout respire la fraude et l'infidélité.

La pudeur d'une femme est un masque hypocrite ; Dans ses plus doux transports règne la fausseté.

C'est dans le cloître seul qu'habite

La véritable volupté.

Tableaux des Plœurs

tDU TEmPS

Dans les différents âges de la vie Amsterdam, s. d. (Paris, vers 1760)

TfieiiEfltïX IDES ^VICEtlf^S DU TBJfLPS

dans les différents âges de la vie

Bachaumont [Mémoires secrets, i5 juillet 1768) dit qu'à la mort de M. de la Popelinière, en 1762, on découvrit de cet ouvrag-e un exemplaire orné d'estampes admirablement finies, représentant des scènes d'orgie avec, pour partenaires, le financier et un certain nombre de dames nues. M. de Saint-Florentin s'empara de cet ouvrag-e pour le roi. Il avait été tiré, croit-on, à trois exemplaires seulement.

Une réimpression textuelle en fut faite, en i803, à cent cinquante exemplaires, et une autre en 1867.

Bien que M. de la Popelinière ait voulu s'attribuer la paternité de ces dialogues, on est à peu près d'accord pour y reconnaître l'œuvre de Crébillon fils.

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