‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 96 sur 99 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Sœur AGATHE, LE JÉSUITE, CLITANDRE

LE JÉSUITE, attaquant CUtandre par derrière.

Quoi? Pendant que vous vous baisez, \

Je resterai les bras croisés ?

Pardonne à ma robe, Clitandre; En voyant l'embonpoint et la vive blancheur

De ton joli postérieur.

D'un goût italien je n'ai pu me défendre.

Poursuis ; ne te dérange pas :

S'il le faut, pour t'attendre, on redouble le pas.

CLITANDRE, après qu'ils ont Jlni.

J'excuse en toi, papa, le goût antiphysique;

Il tient à l'habit jésuitique.

Mais, quand d'un sexe aimable on peut combler les vœux, Comment peut-on chérir ce commerce honteux?

LE JÉSUITE

Ce goût n'est point si ridicule i Hylas fut le mignon d'Hercule;

Socrate brûla, nous dit-on,

Pour Alcibiade et Phédon ; Jupiter amoureux enleva Ganymède ; Hyacinthe amusait les loisirs d'Apollon ;

César caressait Nicomède ;

Chez la reine des nations,

Chaque empereur eut ses gitons.

On vit dans tous les temps la Grèce et l'Italie

Suivre cette douce manie.

Aujourd'hui, même avec succès,

Elle règne chez les Français.

SŒUR AGATHE

Taisez-vous, séducteur, une telle infamie

Ne peut qu'exciter mon courroux.

Elle doit sa naissance à cette secte impie

Qui voudrait se passer de nous.

Pour brûler d'une ardeur et réciproque et pure.

L'homme et la femme furent faits.

Prostituer son sexe, outrager la nature Fut toujours à mes yeux le plus grand des forfaits.

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