SCÈNE VÏII
LES MÊMES, FÉDRO
FÉDRO marche avec colère sur Josy.
Un Tzigane ici ? J'ai défendu qu'on le laisse entrer !
CLARA, s'interposant.
Et moi, je l'ordonne !
FÉDRO
Je suis le maître icil...
CLARA
Tant que Clara Sminova sera dans sa maison, c'est elle qui commandera !
(Elle saisit instinctivement la cravache de Fédro sur une chaise.) FÉDRO
Alors, qu'avez-vous décidé?
CLARA
Je pars à l'instant môme, sous la garde de Josy le Bohémien, pour rejoindre Zcno Stéphane !
FÉDRO
Et vous foulez aux pieds tout votre passé?
LA ROLSSALKA 119
Il n'a jamais existé. Ma vraie vie commence à cette heure !
FÉDRO, se laissant aller à un accès de passion.
Ecoutez, Clara, j'ai eu tort. Toute cette défiance venait de mon fol amour pour vous. Pardonnezmoi. Je fais serment de déchirer le contrat sous vos yeux, si vous m'aimez encore, si vous renoncez à partir.
CLARA
Je ne vous crois plus, et fussiez- vous sincère, pensez-vous qu'un contrat déchiré me ferait oublier vos outrages?
FÉDRO
Oui, parce que je vous aime, que je vous veux, et que vous serez à moi seul!
CLARA
Ah! vous savez cela, vous?
FÉDRO
Je sais... je sais... (Il marche sur elle. Clara recule. Us se défient du rej;ard. Brusquement Fédro veut l'étreindre.) Jb Sais que tu m'aimes encore ! (Clara le repousse et lui donne un coup de cravache à travers la figure. Fédro pousse un rugissement.) An ... ill se jette sur elle, les poings fermés, mais chancelle devant son regard impassible. Comme pris d'étourdissemen t, il se passe la main
sur le visaï,'e, puis se redresse.) Malhciir à VOUS, Madame,
VOUS êtes perdue. Car sachez que je vous tiens dans mes grilles !
CLARA, très calme.
Vous vous trompez, monsieur le comte... En me volant ma terre, vous m'avez allVanchie. Gardez-la donc. Mais moi, je suis libre, libre pour la
première fois!.. (Klle jette la cravache à terre.) Voilà VOtre
cravache. Gardez-la en souvenir de moi !.. (Kiie se
tourne versJosy et lui saisit le bras inipétiieuseinciit. D'uik^ voix haletante.
Et maintenant, à Stéphane!..
(Elle sort en avant, Josy la suit.)
(Fédro reste un instant pétrifié, puis il prête l'oreille à une rumeur de voix confuses, jiarnii lesqueUes on entend le gémissement de Mikoula.)
Voix lie MIKOULA
Ma baryiie! Ma baryue !
FÉDRC) court au jierron et regarde dans le parc. On enlend claquer le fouet d'une troïka et le roulement d'une voiture. Fédro revient sur le devant de la scène et fiappe du pied.
Partie!... Je la tenais pourtant!... Mais cette âme!., cette âme!., comment l'asservir?...
RIDEAU