SCÈNE II
KONRAD, HUNOLD
IIUNOLD entre dans la caverne à. pas d'espion et s'arrête devant Konrad couché à terre.
11 n'est pas mort comme les autres... ça m'étonne. C'est la première fois qu'on nargue la patronne. Mais tout n'est pas fini, car voilà le harpon. Il a griffé sa peau ; — l'ami porte un chaînon.
KONRAD se réveille et se lève lentement, d'un air hébété, comme un homme engourdi.
Où suis-je?... Tiens, Hunold...
(Il regarde de divers côtés.)
Où donc est la comtesse?
llUNOLI)
En route, Monseigneur, pour servir sa Hautesse.
KONRAD
En route ?
IIUNOLD, d'un ail narquois et grave de pince sans rire.
Avec pages et valetaille, Elle est partie au clair matin, Et gaiement tinte la sonaille Au cou (le son cheval mutin.
KONRAD
Qui l'accompagne?
HUNOLD
Près de la dame se dandine Hartwig, le docile amoureux ; Le benêt tient sa mandoline, La dame lui fait les doux yeux.
KONRAD
Imbécile, tu mens. Je veux savoir La vérité.
HUNOLD
Bien mieux encor. Vous allez voir.
(Il prend une pelle et remue les cendres du brasier à demi éteint.) KONR.AD
Que fais-tu là?
HUXOLD travaille loi; braises; de petites flammes en jaillissent.
Je connais la sorcière et sa ménagerie.
Il me suffit d'un peu de braise en ce chautïoir,
Pour vous montrer la plus exquise bergerie.
(Il prend avec la pelle de la cendre hrùlanle et en éparpille les étincelles dans le fond de la grotte.)
Fureur et vengeance, Supprimez la distance.
Près est loin, loin est près.
Faites vos apprêts,
Jongleuse perfide.
Goule laide et splendide,
Avec ton amant.
Apparais prestement.
(La grotte s'éclaire d'une liiniii''ro rosée. .\ l'endroit où est apparue la Sphinge, on voit, sous une treille de roses, Gertrude en son costume de chasse, assise en un mol abandon et Hartwig couché à ses pieds, la tète sur ses genoux. Il fredonne un air en pinçant les cordres de sa mandoline.)
HARTWIG, sans quitter sa posture, chante en s'accompagnant.
Dans la bruyère, Sous les tilleuls.
Viens retrouver ton doux ami.
Dans la bruyère Nous sommes seuls, • Maint bouquet nous avons cueilli.
Dans le vallon, bien doucement, Trallaradour!
Cause le rossignol chantant.
KONRAD. hésitant.
Est-ce un vain songe, ou vois-je la réalité ?
HUNOLD
Ce n'est qu'un songe, mais qui dit la vérité!
HARTWIG
Laisse-moi faire
Pour nous un lit De jasmin et de frais lilas.
Dans la bruyère.
Le pâtre en rit, J'en suis sûr en passant par là.
Au pli des roses, il pourra,
Trallaradour !
Voir oi^i ta tète posera.
KONRAD
Ne peut-on écraser rose et colimaçon?
HUNOLD
Patience I Attendez la fin de la chanson.
HARTWIG
Que de caresses
Je donnerai...
Mon cœur de joie en a frémi.
Que de caresses
Je recevrai...
Nul ne le sait que mon ami.
Et le joyeux rossignolet.
Trallaradour !
Petit oiseau, sois bien discret.
(A ce moment, Gertrude qui a écouté la chanson dans un bercement voluptueux se penche sur Hartwig et pose sa bouche sur ses lèvres.
KONRAD hors de lui.
Ah ! c'en est trop !
(Il tire son épée et se jette sur Hartwig ; mais aussitôt la vision disparait. Konrad se heurte au rocher et revient, écumant. sur le devant de la scène.
Où sont-ils?... Ah! je le tuerai !...
(Il sort en courant.) HUNOLD ramasse le harpon et le souiiése d'un air narquois.
Le javelot crochu dans sa chair tiendra bon. Le fou blesse la bête... et crève du harpon!
(Hunold éclate d'un rire sardonique.)
(L'orchestre reprend le motif de la chasse infernale que traverse le cri de la jalousie. Les deux motifs se poursuivent et se traquent d'un galop furieux dans une course éperdue.)
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