‹ Le théatre de l'âmeChapitre 69 sur 77 · GERTRUDE, KONRAD · texte numérisé non relu

GERTRUDE, KONRAD

(A ces dernières paroles, Gertrude qui n'a pas perdu Konrad de vue et qui épie ses moindres mouvements, s'est avancée jusqu'à lui, le dos courbé, à pas rampants. A son appel, elle se jette à ses pieds, toujours enveloppée de sa cape.)

GERTRUDE, à genoux.

Ah! Pitié!

KONRAD. effrayé.

Qui es-tu?

GERTRUDE

Dans ta mansuétude Une maudite cherche un asile...

KONRAD

Gertrude!

GERTRUDE rejette son capuction. Ses clieveux défaits tombent sur ses épaules.

Gertrude, au désespoir, qui brave ton courroux!...

KONRAD

Sache qu'il n'est plus rien de commun entre nous

GERTRUDE

Ah ! tu ne sais donc pas le mal qui me tourmente? Oses-tu repousser Gerlrude repentante?

KONRAD

Ah ! plus que ta magie et ta perversité, Gertrude, en toi, je hais ton infidélité; Je ne puis l'oublier.

GERTRUDE

Je ne fus infidèle Que par dépit d'amour. Car ton âme loin d'elle Me repoussait, ingrat... et j'ai voulu faillir... Dans l'espoir efl'réné de te reconquérir !

(Koniad fait un geste de surprise. — Elle continue de l'implorer à genoux.)

Oh ! crois à mon amour et crois à ma torture ! Je suis une maudite et pauvre créature Qui, de ta pureté, voudrait se revêtir...

(Impérieuse et passionnée.)

Tremble de repousser mon profond repentir!...

(Se prosternant avec une rampante humilité.)

Vois! j'embrasse tes pieds comme une Madeleine.

KONRAD, ému.

Aurais-tu donc une àme?

GERTRUDE

Oui, sûr... si tu m'aimais!...

lElle se redresse lentement et l'enlace de ses mains suppliantes.;

Au château, reçois-moi comme ta châtelaine...

KONRAD

Impossible... au château de ma mère... jamais!

GERTRUDE le lâche et reprend avec hauteur.

Ne te souviens-tu pas d'avoir été mon hôte ? De Hohenslein je tai révélé la splendeur. Ne t'ai-je pas livré le secret de ma grotte?

(Impétueusement.)

Ah! sauve-moi!... Prends-moi sous ton toit pro-

[tecteur !...

KONRAD

Le signe des croisés a marqué ma poitrine... Mon serment — dans trois jours — m'appelle en

[Palestine.

GERTRUDE

Tu partiras, Konrad... Au nom de nos amours, De nos bonheurs passés, donne-moi ces trois jours!...

(Elle saisit sa main [jendante, à voi.\ basse.)

...Ces trois nuits...

KONRAD la regarde, effaré, hésitant, puis détourne la tête et dit d'une voix à peine perceptible.

Eh bien!... soit... au château... ces trois jours...

GERTRUDE envelopjie Konrad de ses cheveux épars et murmure â son oreille une ardente incantation.

Mon repentir se fond en volupté suave... Je veux être ta serve et t'aimer en esclave. Sous ta force je veux languir et m'écraser. Et pleurer... si mes pleurs peuvent te caresser. Oui, je suis ton Enide et je suis ta Genièvre, Et mon baume suprême apaisera ta fièvre.

L ANGE ET LA SPHIXGE 23b

Loin du monde, enlacés d'une douce torpeur, Nous noierons notre adieu dans un calme trompeur Gerlrude va renaître, innocente... assouvie... El nous ne serons plus qu'un souffle etqu'une vie !...

(Konrad tombe étounii sur le lit de camp, sous le regard et la bouche de Gertrude. Dès qu'il s'est atfaissé, elle se redresse brusquement, et, après avoir constaté qu'il ne boujie plus, elle le regarde avec une joie infernale.)

Il dort, il est vaincu.

(Elle soulève son bras inerte, examine curieusement sa main et en détacbe délicatement l'anneau qu'elle glisse à son doigt en étouffant un cri de triomphe.)

Ha! l'anneau! je le tiens!

J'ai ravi son secret — et Konrad n'est plus rien!

(A ce moment un rayon de lune perce le ciel tempétueux et frôle la lande sauvage. Gertrude élève sa main vers la sinistre Hécate et contemple joyeusement l'améthyste (jui chatoie à sa lueur blafarde.)

RIDEAU

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