II AVANT-PROPOS
Belgique (dont les théâtres peuvent rivaliser avec les premiers de V Europe). J'ai vu avec quelle assiduité jalouse le public s'intéresse à V Opéra de Bruxelles, — point de mire des compositeurs comme de leurs interprètes, — et combien, pour tout ce qui a trait à la musique, les Belges sont de l'avantgarde!
Et nul ouvrage n'avait été spécialement écrit sur le Théâtre de la Monnaie l
Quoi? pensais-je, voici des murs entre lesquels, depuis près de deux siècles, tous les soirs, pendant plusieurs heures, hommes et femmes de toutes conditions, de tout esprit, de tout âge, — la Reine comme son soldat, — toute une ville est venue pleurer, rire, trembler en commun! C'est là qu'un peuple entier — chaque jour — entend Mozart le charmer par la grâce de Chérubin, Rossini prêter son rire à Figaro, Meyerbeer sangloter avec Valentine, Wagner faire tonner Wothan, Gouuod soupirer pour Marguerite, — tous les genres, toutes les écoles, — toute la musique! Et pas un « didactique » ri a songé à révéler à tant de monde les métamorphoses successives de ce théâtre! Comment? ce livre n'existe pas? — // existera! Audentes fortuna juvat!
« Public », m' écriai- je, en marchant tout seul, très agité, « tu ne m'en voudras pas de ma présomption, tu me pardonneras ma hardiesse,
Et, si de t'agréer je n'emporte le prix.
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. »
C'était un âpre travail, une tâche bien lourde pour mes faibles épaules. En dépit des conseils d'Horace, de Boileau, de Vida, et si chargé que fût cet autre char de Thespis, je m'y attelai.
Je pensais accomplir une œuvre utile...
Mais je veux tout de suite proclamer que, partout, m'ont secondé les encouragements.
Auprès de vous, d'abord, cher Monsieur Délitasse, qui m'avez proposé si spontanément vos précieuses collections, et qui, le premier, m'avez soutenu, conseillé, aidé, dans mon rude labeur ; vous, l'érudition incarnée en semblable matière, vous qui êtes, autant que moi-même, le père de cet ouvrage.
Je tiens encore à m acquitter du tribut de la reconnaissance,
Envers : M. Gevaert, le grand artiste et le grand savant, mais aussi l'homme affable, par excellence;
M. Wauters, cet autre érudit, si modeste, si bon, qui a ouvert devant moi les salles des archives, et dont le personnel dévoué — M. Van Malderghem en