BALLETS
1698. — 5 décembre, les Saisons, opéra-ballet en 4 actes, de Lully et Colasse. 1703. — 19 décembre, en présence de la Cour, Divertissement-Ballet, musique de Brochet (Snoeck).
Octroi Meeus (1725.43)
MEEUS père — 1725-30
(PERRUZf-LANDI
e 20 mars 1725, Jean-Baptiste Meeus obtient la concession du Grand-Théâtre, aux mêmes conditions que Bombarda, vingt ans plus tôt.
Pendant la première année de cette exploitation, on signale une représentation du Bourgeois Gentilhomme avec tout son apparat.
La distribution de Pirithoùs nous renseigne sur une partie importante du personnel :
Pirithoùs, Roi de Thessalie ... MM. Beaufort.
Eurite, Roi des Centaures . . ... Museur.
Thésée . Crète
On donna en 1726 : 14 mai, Thétis et Pelée, de Colasse ; — 13 août, Iphigénie en Tauride, de Campra; — 3 septembre, Pirithoùs, de Mouret; — 17 septembre, Médèe et Jason, de Salomon ; — 4 octobre, le Jugement de Paris, de Bertin ; — 5 novembre, l'Europe galante, de Campra; — 14 novembre, Armide; — 22 novembre, Télégone, de la Coste ; — puis, un opéra italien ; — une tragédie lyrique en 5 actes de Lamotte et Destouches : Marthèsie, première Reine des Amazones ; — un ballet : les Amours de Vénus, joué d'origine à Bruxelles.
Hipodamie, Amante de Pirithoùs ... MUes Rousseau.
Hermilis, sœur d'Eurite, et fameuse Enchanteresse du Jardin.
Acmène, Confident de Pirithoùs ... MM. Delsart.
Le Grand Prêtre de Mars Vidy.
Un songe . . Mlles de Velois.
Une Bergère . . . . Sx Germajn.
La Discorde . MM. Fievet.
Un Centaure Renaud.
L'Oracle De Bret.
Choeurs :
Mlles Fievet, De Camp, Choisi cadette, Ketel, Dandane, De Velois, Du Pré mère, Brochet. MM. Vidy, Autro, Olivier, Renault, Van Halen, De Velois, Weynincx, Guette, scouteten, mlchault.
Acteurs et actrices de la danse :
(Premiers sujets.) Mlle Mimi Le Poste. — M. De Camp.
MUes Robert, Pontrolland, Vilabelle, Florence, Choisi l'aînée, Du Pré fille. MM. Bayre, Pery, Van Winckel, Tillier, Du Fresne, Partouche.
Le 29 avril 1727, nous voyons la représentation de Orlando, traduction du Roland de Lully, donnée par une troupe italienne sous la direction du sieur Perruzi (1). Cet imprésario chantait luimême et avait, dans sa troupe, sa femme Maria Perruzi, cantatrice célèbre.
C'est pendant son entreprise qu'eut lieu l'apparition d'un ouvrage indigène : la Passion de N.-S. Jésus-Christ, « tragédie sainte, ornée de musique et de tous ses spectacles, tirée des quatre évangélistes ». Cette pièce, dont l'auteur est un nommé Kraff, était du style des anciens mystères et certains personnages y parlaient en vers, d'autres en prose. Elle fut jugée d'une édification si touchante qu'on crut nécessaire de la rendre publique par l'impression.
La troupe de Perruzi fut complétée par Joachim Landi, qui s adjoignit d'autres artistes de renom : Pasi, Rosa Ungarelli, Antonia- Maria Ristorini. Plus tard, il y en eut d'autres encore : Giuseppe Galetti, Antonio Pasi, Girolami Valeschi Madonis, Giuseppe Rossi (de Mantoue), Andréa Galetti, Luigi Antinori (de Bologne), Giustina Eberard (de Venise), Allessandro Veroni (de Bologne), Margherita Staggi (de Mantoue), Anna Dotti (de Bologne). Leur directeur s'appelait Gio-Sebastiano Brillandi.
Cette période du théâtre de Bruxelles fut exceptionnellement brillante, et le succès obtenu par la troupe italienne tel, que, sur
(1) On avait donné le 10 pnvicr de la merns annic Philotnile, de La Coste.
Finvitation du prince de Carignan, elle quitta Bruxelles et débuta avec éclat à l'Opéra de Paris.
Cependant Landi, n'ayant pas été heureux, dut quitter la ville pour échapper à ses créanciers. Il paraîtrait même qu'il fut arrêté et emprisonné à la Tour Emberg (Treurenberg). Plus tard, voulant embrasser l'état ecclésiastique et ne possédant pas la pension nécessaire pour entrer dans les ordres, il s adressa à larchiduchesse Marie-Elisabeth, gouvernante des Pays-Bas, qui lui octroya une rente viagère de 250 florins.
MEEUS soeurs — 1730-43
i730-33 — DURARD - BRUSEAU DE LA ROCHE
1734 - FRANCISQUE MOLÏN — 1735 - HUOT
1739 — RIBOU et PLANTE — RÏBOU, FIERVILLE et DESCHAMPS
1743-45 — PLANTE ET la demoiselle BELHOMME
Jean-Baptiste Meeus, malgré son privilège, n'avait pu se soutenir ; en juillet 1730, il fut saisi dans ses biens et remplacé par ses filles.
Le premier directeur qui se présente est un nommé Durard ; il occupe le théâtre jusqu'en 1731 et sa succession est prise par Bruseau de la Roche. Celui-ci y demeure deux années, subit la loi commune et termine sa gestion par une faillite. Il avait inauguré son règne par une pièce dont il était l'auteur : le Jugement comique ou la revue des spectacles de Bruxelles, vaudeville en un acte, en prose, « orné de musique et de danses ». Eievet, bisaïeul du bibliothécaire actuel de la Monnaie, en était le compositeur.
Cependant, la musique prit peu de place dans ces trois premières années du nouvel octroi, pendant lesquelles l'opéra fut délaissé pour la comédie et la tragédie.
Parmi hs représentations qui se succédèrent jusqu'en 1730, citons :
1727. — La Constanza combattuta in amore, de Jean Porta; — Faramondo ; — Alba C or ne lia .
1728. — Ernelinda ; — Archelao ; — Lucio Papirio ; — GriselJa; — La Métope.
1729. — Farnace, d'Antonio Cartona; — Temistocle.
1 730. — Armide ; — Alessandro Severo, de Lotti ; — Attale
Le successeur de Bruseau de la Roche est Francisque Molin, probablement ce même Francisque qui comptait parmi les célébrités de la Foire Saint-Germain, où il jouait les Arlequins. En effet, Francisque obtint un énorme succès avec ces mêmes rôles, dans la troupe d'acteurs italiens qu'il avait amenés de Paris. Malgré cela, il ne reste qu'un an au Grand-Théâtre, reprend le chemin de la France et est remplacé par un certain Huot qui, à son tour, ne demeure qu'une année à Bruxelles et part avec ses comédiens pour la Hollande.
Jusqu'en 1739, il n existe plus de documents établissant la reprise de la direction, mais il est certain qu'on donna la tragédie et la comédie, car on trouve les traces des représentations régulières dans les journaux de lépoque (1).
Pour la saison 1739-1740, Jacques Ribou et Plante prennent la direction de l'Opéra. Puis, de 1740 à 1742, Ribou reste seul, pour s'associer, l'année suivante, avec Pierre Fierville et Deschamps.
Pendant le cours de sa troisième année d'exploitation, Ribou fit faillite. Dans le dossier qui est relatif à la liquidation de ses dettes, se trouvent des documents excessivement curieux ; nous y avons rencontré, entre autres, l'inventaire des parties d'opéra, contenant : Rolland, l'Europe galante, les Festes de Thalie, les Talens lyriques, Atis, les Festes grecques et romaines, les Amours des dieux et Philomeles ; ces œuvres constituaient probablement la majeure partie du répertoire.
Mais la pièce la plus intéressante est celle qui nous fournit les
(1) 2? janvier 17?6 : Gryselide, pièce italienne, mise en vers flamands par J.-F. Caunaert et enrichie de nouveaux chœurs par Charles- Joseph Van Helmont.
Nomenclature des pièces jouées de 1730 à 1733 : Tragédies
Hipermnestre
Rodogune
Comte d'Essex.
Rhadamiste et Zénobie.
Geta.
Saiil.
Phèdre.
Amasis.
Nicomède.
Brutus.
Britannicus.
Andromaque.
Mithridate.
A thalie.
Medée.
Les Horaces.
Polyeucte.
Andronie.
Iphigénie.
Pirrhus.
Alcibiade.
Absalon.
Comédies Le Nouveau monde.
Le Festin de Pierre.
Timon le Misanthrope.
Le Philosophe marié.
Esope à la Ville.
Esope à la Cour.
Le Glorieux.
L'Embarras des Richesses.
noms des comédiens avec le montant de leurs appointements respectifs. La voici :
Raymond FI. 2,400
Terodak 1,800
Barier 1,600
Plante 1,200
Prévost 1,050
Dartenay 900
Manneville 440
La demoiselle Bonnelle 400
Bonnelle - 700
La Motte 800
La demoiselle Belhomme ... 800
La demoiselle Audigé 175
Mme Ribou 1,575
Ribou de Ricard 953" *5S
Dans cette nomenclature, nous voyons figurer le mot Terodak, qui n'est que l'anagramme de Cadoret, nom véritable de cet acteur. A son talent de comédien, il joignait celui d'auteur, et nous lui sommes redevables d'une pièce qu'il fit jouer d'origine au théâtre de Bruxelles : les Fourberies d'Arlequin ou le double dénouement, comédie en un acte.
Il paraîtrait que Terodak, après avoir quitté Bruxelles, lors de la faillite de Ribou de Ricard, se rendit à Paris, où il s'engagea dans la troupe de l'Opéra-Comique, à la foire Saint-Germain. Cet acteur possédait un tel talent d'imitation, qu'il parodiait d'une façon remarquable les acteurs de la Comédie-Française : dans le rôle du Métromane, l'illusion était si complète qu'on défendit aux acteurs de l'Opéra-Comique de dire le texte « parlé ». Mais les auteurs notèrent la déclamation, et cette fameuse scène rappelait tellement, comme inflexions, la voix des acteurs tragiques, que la ressemblance en devint parfaite. Aussi cette défense, loin d'entraver le succès de l'Opéra-Comique, y ajouta un élément de plus. Ceci se passait en 1744, année qui suivit le désastre de Ribou de Ricard.
On a remarqué, dans rénumération ci-dessus, le sieur Plante et la demoiselle Belhomme ; ce sont eux que l'on suppose avoir repris le Grand-Théâtre de Bruxelles, après la faillite du dernier directeur, en 1743.
Les différentes directions qui se succédèrent jusqu'à ce jour furent aussi malheureuses les unes que les autres ; aucune ne parvint à se maintenir longtemps.
Il en sera de même dans la suite, en dépit des subsides accordés aux directeurs. Il ne faut donc pas en vouloir aux imftresarii de cette époque, qui n'avaient à leur disposition que des ressources personnelles.
Nous arrivons maintenant à une période qui, sans amener de meilleurs résultats pécuniaires, donna, du moins, plus d'éclat au Théâtre de la Monnaie.
Favart et le Maréchal de Saxe
D'HANNETAIRE — LE CLAIR
n 1745, la direction fut accordée à Jean-Nicolas Servandoni dHannetaire, qui venait d'Aix-la-Chapelle, avec une bonne troupe. La nouvelle exploitation durait à peine depuis quelques mois, lorsque les Français envahirent la Belgique. Après la bataille de Eontenoy, le maréchal de Saxe Ht son entrée à Bruxelles, à la tête de son armée (28 janvier 1746). Il avait à sa suite une troupe de comédiens, sous la direction de Parmentier. Le premier soin du Maréchal fut d'ordonner la fermeture de la Monnaie, et le malheureux dHannetaire se trouva expulsé de son théâtre. S'étant rendu à Gand, pendant l'occupation de cette ville par les Français, il chercha à enrôler quelques acteurs de la troupe du Maréchal ; celui-ci le fit enfermer, mais « sa femme était aimable et jolie, on le délivra » (1).
De Saxe, peu satisfait de ses comédiens et ayant appris la suppression de l'Opéra-Comique, à Paris, fit venir Favart, accom-
( 1) Chcvrier. l'Observateur It i Spectacles-
pagné de sa troupe, qui se confondit bientôt avec celle de la Monnaie ; d'Hannetaire devint pensionnaire de son propre théâtre.
La direction des spectacles n'était pas une sinécure. 11 s'agissait de suivre l'armée, d'installer à la hâte un théâtre et d'y donner des représentations, en quelque sorte improvisées. Favart sut s'attirer de suite les bonnes grâces de son maître, en composant devant le public des couplets qui chantaient la gloire de l'illustre guerrier. Il fut, en retour, comblé de largesses. Ces deux coqs vivaient donc en paix... La poule qui survint lut la femme de Favart. Celui-ci, pour donner plus d'éclat à ses représentations, lui fit quitter Paris, où elle jouait sous le nom de Mllc de Chantilly et obtenait des succès par son talent et sa beauté. Les charmes de Mme Favart touchèrent le Maréchal, qui en devint follement épris. La jolie comédienne résista d'abord, ce qui augmenta la passion du conquérant, plus heureux avec Mars qu'avec Vénus. Mais la chronique scandaleuse affirme qu'un jour la belle s'humanisa...
Toujours est-il que le pauvre Favart tomba en disgrâce et devint bientôt la victime de son bienfaiteur même. M"e de Chantilly ayant quitté Bruxelles, les représentations perdirent leur principal attrait et aboutirent à un déficit considérable. Les demoiselles Meeus commencèrent des poursuites et le Maréchal de Saxe, rentrant en France, laissa le malheureux directeur aux prises avec ses créanciers et sur le point d être emprisonné.
On trouverait, certes, le sujet d'un roman, tour à tour comique et poignant, dans les infortunes financières et conjugales du pâtissierpoète.
Liste des principaux artistes qui ont joué, sous la direction de Favart, au théâtre de la monnaie !
MM. d'Hannetaire. MUes de Chantilly (Mme Favart).
Durancy. d'Hannetaire et ses deux filles.
Parent. du Rancy.
Dreuillon. Beaumenard dite Gogo
Dubois Jacmont.
Bercavjlle Bercaville.
Moly. Fleury.
Lecluse. Arnaud.
Desormes. Verrière.
Rebours. de Navarre.
Alexandre. Bline.
Beaumont. Auguste.
La petite Evrard.
Le répertoire se composa surtout de pièces de Favart (i).
En 1747, on joua la Répétition interrompue, opéra-comique, dans lequel il existe une scène où le souffleur se prend de querelle avec l'acteur ; l'officier général qui commandait en l'absence du Maréchal de Saxe, trouvant que le scandale était exagéré, finit par s élancer de sa loge, appela la garde et fit conduire les deux champions au cachot, sans vouloir écouter leurs explications (2).
Nous donnons ci-contre deux pièces satyriques, tirées du Recueil- Maurepas (3), où Ton trouvera nos comédiennes en compagnie de « filles de joye ». M"e Chantilly figure dans lune avec le titre de xYlajor-Général; 1 autre a pour Généralissime la demoiselle de Navarre, qui était aussi favorite du Maréchal. Ces curieuses productions sont datées de juillet 1747.
Les Français quittant les Pays-Bas au commencement de l'année 1749, la ville allait se trouver sans spectacles, lorsqu'arrive Le Clair avec une troupe, et, pour l'entrée à Bruxelles du prince Charles de Lorraine, on donne, entre autres réjouissances, la représentation d'une pièce de circonstance : le Retour de la paix dans les Pays-Bas. Le Clair en avait écrit la musique sur le livret de Bruseau de la Roche. Puis, une autre production sur le même sujet : le Retour désiré, divertissement pour la paix, de Charles-Joseph Van Helmont.
La Compagnie de Le Clair, qui ne séjourna pas longtemps à Bruxelles, comprenait comme sujets principaux :
Les sieurs Le Clair le jeune.
Villeneuve.
Le Moyne.
Les demoiselles Bocard Le Clair.
Bocard Le Clair la jeune.
Roland.
Villeneuve
( 1) On cite de lui : Les Nymphes de Diane, opéra-comique représenté d'origine à Bruxelles; Cythére assiégée, opéra-comique en un acte; Acajou- On donna aussi Ragonde, opéra-comique en ? actes. (2) Fournel, Curiosités Théâtrales.
(?) Bibliothèque Nationale de Paris.
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