DE FONPRÉ — 1706 - DE PESTEL
1709 - D'ANGELÏS et GRIMBERGS
17 12 - Mme DUJARDIN— 171 5 - MOLÏN
#^ es représentations qui eurent lieu dès 1 700 furent données par des troupes de passage, ainsi que le prouve suffisamment le document suivant :
ARCHIVES GÉNÉRALES DU ROYAUME — CONSEIL D'ÉTAT. {Carton n° il], intitulé : Comédies, Théâtres.)
A Son Excellence,
Remontre avec respect la compaignie des comédiens dans cette ville de Bruxelles, que non obstant qu'elle est passagère, sans fixe résidence ou domicile, logeant dans des cabarets comme font les estrangers, estant venue en ville pour donner le divertissement à la noblesse et autres inhabitants, il se trouve a présent, qu'on l'a mis et tauxé dans la capitation, et quelqu'unes d'entre eux a de grosses et considérables sommes, mesme sans vouloir considérer que leur proffit est si médiocre qu'elle est au contraire fort arriérée, mais comme il est porté par l'acte d'agreation de Votre Excellence qu'elle a le pouvoir et faculté de déclarer franc et libre tous ceux, qu'il trouvera convenir, cause que ladite compaignie se iette aux pieds de Votre Excellence.
La suppliant très-humblement que son bon plaisir soit de déclarer que ladite compaignie est franc, libre et exempt de ladite capitation, ordonnant à tous ceux, a qui il pourroit appartenir de se régler a l'advenant, quoy faisant, etc.
Adresse : Au Magistrat de la ville. — 20 janvier 1703.
Nous trouvons clans le précieux volume de Félix Delhasse : l'Opéra de Bruxelles, les lignes suivantes :
« II nous est tombé sous la main une petite plaquette de 16 pages, imprimée à Bruxelles, chez George de Backer (le millésime a été coupé sur notre exemplaire), et qui ne paraît pas avoir été connue des bibliographes. Elle a pour titre : « Vers d'un ballet à l'honneur de Philippe V, roi d'Espagne, représentez sur le théâtre de l'Opéra de Bruxelles devant Son Altesse électorale de Bavière. »
A la suite de ce ballet il y a cette note : « Les dances de ce balet sont de la façon du sieur Deschars, la musique est de la composition du sieur Fiocco, si célèbre par ses airs italiens, et qui en fait de si beaux sur les paroles françoises que si nous avons jamais un digne successeur de Lulli, nous le devrons encore à l'Italie. »
La proclamation de Philippe V, comme roi d'Espagne, étant du 24 novembre 1700, c'est vers cette date que fut représenté à l'Opéra de Bruxelles le ballet en question. Nous n'en avons trouvé trace nulle part. »
Cette spéculation fut aussi peu lucrative que celle de Petrucci, car, en 1703, dans une requête adressée au magistrat, les comédiens criaient famine.
Afin d'assurer son exploitation, Bombarda demanda un octroi lui permettant d'exploiter seul 1 opéra à Bruxelles. Il lui fut accordé, le 20 janvier 1705, « pour trente années consécutives et moyennant une reconnaissance annuelle de 50 florins, pour faire représenter les opéras, comédies et donner des bals avec réserve des droits de l'amman et non compris les comédies des bourgeois, danseurs de cordes et marionnettes ».
Le premier directeur à qui Bombarda livre le théâtre est de Fonpré, qui en fait la véritable inauguration avec sa troupe. Le nom de cet imprésario figure sur la liste des artistes nomades qui jouèrent en 1 700.
Des représentations, qui durent être nombreuses pendant l'année 1705, les Relations véritables ne mentionnent que celles données dans les circonstances solennelles. On joua, le 1 1 juillet, Acis et Galathèe et, le 19 décembre, Alceste, de Lully, sous la direction de Fiocco. C'est la deuxième fois que le nom de cet artiste est mentionné. 11 est probable qu'il fut chef d'orchestre à l'Opéra de Bruxelles, après avoir été maître de musique à la chapelle royale de la Cour. On l'avait surnommé le Trop bon, et il excellait « clans les productions de son art » ; il fut l'objet de nombreuses admirations et l'un de ses contemporains en parle avec le plus grand enthousiasme. Pierre-Antoine Fiocco mourut le 8 novembre 1 7 1 4 ; ses descendants habitent encore la Belgique.
Un opuscule, le Parnasse Belgique, donne des notes biographiques sur les artistes qui composèrent la troupe de l'Académie de Musique pendant l'année 170 5- 1706. Elles sont tellement curieuses, elles ont une telle couleur archaïque, que, pour faire connaître les comédiens qui ont occupé le théâtre tout à fait à son origine, nous n'hésitons pas à en reproduire quelques-unes, avec leur crudité naïve, à seul titre documentaire :
L'ARBITRE PERNICIEUX. — Brochet.
Ecolier du Trop bon, et l'un des flatteurs en titre. Il s'est trouvé dans plusieurs Académies, et a de la capacité, dont il est tellement persuadé que par des discours étudiez, et dans le fond intéressez, il prétend avoir un discernement infaillible; ce qu'il n'a jamais pu prouver en produisant le Capricieux et la Bacchante, dont nous parlerons ci-après. Cet homme, dis-je, s'est rendu tellement nécessaire, que le Trop bon a préféré de mauvais sujets à de médiocres, à sa persuasion, parce que ceux-ci n'étoient pas gens de bonne chère et de jeu. Sa manière de persuader est d'un fin connoisseur ; ce qu'il ne fut jamais non plus que sa femme qui cent fois s'est trouvée seule dans le parterre à applaudir une mauvaise actrice pour en imposer contre la vérité. Cet homme n'a rien de distingué ni dans sa taille, ni dans sa mine. Ce qui fait le plus bel endroit de son histoire, c'est l'appui de la Synagogue ; ce qu'il ne prouve que trop, lorsqu'il parle de religion.
LA GOTHIQUE. — La Barbier.
Ainsi nommée par son ancienneté aux théâtres, et par son chant ; comme par les longs et pénibles voïages qu'elle a faits dans les Pais les plus éloignez sans en rapporter ni profit, ni soulagement. Elle est d'une médiocre taille, d'une apparence aussi noble que son nom. La voix assez nette, mais des plus fausses. Mauvaise actrice ; elle ne s'est fait connoître dans le monde, que par des endroits funestes à la trop grande crédulité de quantité de jeunes gens. Toujours équippée en coquette ridicule et mal propre ; affamée d'amans, qui l'ont toujours fuie avec beaucoup d'empressement.
LA DOUCETTE. — La Poirier.
Est d'une taille ordinaire, assez bien faite, ni belle, ni laide, qui ne manque pas de bonne volonté de s'avancer dans son art ; mais qui par son indolence naturelle n'a pas l'air d'y parvenir jamais. Assez modeste dans ses entretiens, ne se piquant pas de dire de bons mots; recevant avec plaisir les avis que l'on lui donne ; au reste disant assez juste. Bonne à ses amies, passablement libérale de ce qui ne lui coûte rien, et fort ménagère de ce qu'elle n'a même pas beaucoup de peine à acquérir. Propre dans ses habillemens, ménageant avec art ses intrigues.
L'EMPORTÉE. — La Cocheval. iq
Morte par l'excès de ses débauches. Elle étoit petite. Autrefois belle, bien prise dans sa petite taille, une apparence et une manière de s'énoncer fort douce. Soutenant bien pendant un certain tems les plaisirs de table, mais devenant furieuse et terrible même
r ... plUlËfl
sur la fin du repas, dans lequel celui qui lui frappoit d'avantage l'imagination étoit 1 aniant fortuné pour cette nuit-là ; méprisant intrigues et de cœur et pécuniaires. Sachant fe^s rattraper par un enjouement dont elle disposoit à sa volonté, aïant toujours poussé toutes sortes de plaisirs aux derniers excès, dont plus d'un curieux se sont repentis longtemps. ^
LA BALAFFREE. - La Guillet.
Est d'une moïenne taille, ni belle ni laide, un peu gâtée de petite vérole, et encore plus par un bouton suppuratif sur la joue droite, qui a toujours exigé d'elle une mouche à laquelle le public a trouvé à propos de donner le nom d'emplâtre pour sa largeur ; d'une humeur assez douce, entendant la raillerie sans pourtant se piquer de la repousser finement. Avouant facilement son peu d'expérience pour le Théâtre, et par conséquent se rendant fort justice ; étant très désagréable actrice ; heureuse d'ailleurs de s'être acquise les bonnes grâces d'un riche Financier, dont les libéralités la peuvent mettre à l'abri des censeurs inexorables des spectacles.
LA BRILLANTE. — La Chateaulion.
Est grande, assez bien faite, tous les traits du visage fort aimables, chantant aussi bien qu'elle sait ménager à propos peu de voix, possédant le Théâtre dans la perfection, beaucoup de bon sens, bonne à tout le monde, furieuse dans la colère, mais pardonnant aisément les injures ; ne refusant rien à son plaisir, aimant la bonne chère et la durée, soutenant fort bien les plaisirs de table, y paraissant toujours fort enjouée, ne se refusant rien des commoditez de la vie, protectrice outrée des plus grands fourbes.
LA LUBRIQUE. — La Voilier.
Est entre deux tailles, ni grande ni petite, grosse de sa personne, dont la beauté consiste en deux gros yeux bleus. La première à soupirer, toujours abstraitte, même en présence de ceux qui croient seuls posséder son cœur. Si affamée de plaisir, qu'un Amant ne lui suffisant
pas avec son Epoux
Ne croïant personne au-dessus d'elle pour l'esprit, ne disant jamais quatre paroles suivies, médisante en titre d'office, bornée dans son geste en deux mouvements, chantante en chèvre, possédant beaucoup de Rolles, mais les exécutant sans art; d'une avarice sordide.
LA BACCHANTE. — La Cazal.
Est d'une moïenne taille, bien faite par le défaut d'embonpoint, le regard toujours effaré, la tête petite et maigre, libérale à s'incommoder envers ses Amans Disant plus d'ordures que de bonnes choses, ce que l'on appelle en bon françois forte-en-gueule, bête, mauvaise actrice, aïant deux voix dont elle n'en peut faire une bonne ; présomptueuse dans son ignorance, aimant la bouteille au-dessus de tout, modeste en ses habits, son mérite ne pouvant ia mettre mieux.
L'INDOLENTE. —La Choiseau.
Est de la taille ordinaire, assez bien faite, ni belle ni laide, aimant fort les ajustements dont elle ne peut posséder le parfait usage; son génie est médiocre ; fière, se croïant plus de mérite qu'elle n'en a ; aimant assez les plaisirs de table, son ambition est bornée à aimer tantôt l'un, tantôt l'autre de ses camarades ; très-froide actrice, son chant ne dément point sa phisionomie.
LA VIEILLOTTE. — La Clément.
Est plus petite que grande, les yeux vifs, le teint assez brillant, l'art y surpassant la nature ; bien faite naturellement, l'esprit fort enjoué, fière, médiocre actrice, la voix fine et déliée, chantant un peu en 'vieille, son ceconomie rigide et plus d'un talent l'ont mise en état de se passer du Théâtre, ne le fréquentant plus que pour ses menus plaisirs; connue à Paris et à Bruxelles par l'excès de ses débauches, dont plus d'une personne distinguée prouveroient en cas de besoin des certificats authentiques.
L'IMPERTINENTE. — La Montfort.
Est d'une moïenne taille, dont la Phisionomie est le vrai miroir de ses actions, avide et ambitieuse de tout. De toutes les langues la plus pernicieuse, fort carressante en apparence, mais dans le fond traître, très-mauvaise actrice, chantant fort mal, et assez souvent faux ; dont le mérite essentiel consiste au commerce infâme, qu'elle entretient depuis très-longtems avec le Scélérat, dont elle a des enfans, le préférant à son mari légitime.
LA RIDICULE. — La Honoré.
LA MEDISANTE. — La Renaud,
LA GRATIEUSE. — La Guyart.
LE PRESOMPTUEUX. — Bonnel.
Est d'une fort médiocre taille, gâté de la petite vérole, sçavant dans son art, chantant bien, quand il y pense ; dont le génie est borné à rire à chaque période, croïant avoir dit un bon mot. Parlant toujours mystérieusement, et ne s'entendant pas le plus souvent. Trop propre en habits; voulant y égaler les personnes de rang, magnifique en cela seul. Regardant ses égaux au-dessous de lui Bon acteur, sa fortune lui a donné le moïeri de païer ce qu'il voudroit faire passer pour faveur deùes à son mérite, passionné joueur et toujours duppe. Foible ami depuis son établissement, vérifiant le proverbe qui dit, que l'honneur change les mœurs.
LE CAPRICIEUX. — Arnaut.
Est d'une bonne taille, l'air vieux et toujours inquiet. Chantant à l'antique, ignorant et voulant disputer de ce qu'il n'a jamais connu. Médiocre acteur. Il croit avoir la voix fort étendue, et le ton n'est jamais assez bas pour lui. Jamais content d'aucun acteur. Difficile à connoître, médisant de son meilleur ami, il médiroit de lui-même, s'il doutoit qu'il fût. Ses assiduitez auprès de quelques belles n'ont jamais pu prouver de bonnes fortunes. Repétant cent fois, et riant d'une pauvreté qu'il croit un bon mot Son génie est borné à parler de l'Opéra de Lion, tirez-le de là, il faut disputer. Ne convenant jamais de rien ; heureux d'être dans une société, qui a connu ses défauts, ce qui sans cela lui aurait attiré beaucoup de chagrin.
LE CIRCONSPECT OUTRÉ. — De Heuqueville.
Est d'une taille ordinaire, la phisionomie assez avantageuse, possédant passablement son art, la voix beîle et étendue. Acteur froid, bon dans les caractères, chantant dans le goût moderne, plaisant dans la conversation, à charge à ses meilleurs amis par une attention perpétuelle du sçavoir-vivre, ennemi mortel des âmes basses. Toujours prêt à servir ses amis. Exact dans ses promesses. Fort emporté dans la colère mais à l'instant meilleur ami que jamais ; sensible aux injustices jusqu'à reprocher les services qu'il a rendus. Simple en apparence, mais se défiant de tout. Ecrivant d'un stile bouffon.
LE RIDICULE. —Roussel.
Est d'une belle taille, bien fait au Théâtre, dont le nombre d'années a diminué le mérite. Gêné dans son geste, chantant à la mode de son tems, froid acteur. Peu sçavant dans son art,
io Le Théâtre de la ^Monnaie. — 1700-25.
et aïant la voix fausse ; opiniâtre dans ses idées, qui tiennent plus de la chimère que du solide ; peu médisant, se récriant toujours contre le nombre des années, et parlant beaucoup de ses anciennes fortunes, dont le profit Ta mis en état de se passer du Théâtre, s'il ne se croioit encore capable d'y plaire. Ménager jusqu'à l'avarice, amateur passionné des bons repas, les mendiant aux personnes, auxquelles il n'est pas obligé de les rendre. Beau joueur dans le gain, mais brutal dans la perte. Très foible ami.
LE DOCILE — Drot.
LE PACIFIQUE. — Choiseau.
LE SCÉLÉRAT. — La Plante.
Est petit et rempli Fourbe dans sa phisionomie, encore plus fourbe dans ses actions : rempli de lui-même au point de mépriser tout le mcnde. Mauvais acteur, détestable chanteur, et fort ignorant, présomptueux dans toutes ses démarches, toujours inquiet, ne convenant de rien que de ses propres idées, semant la discorde partout. S'apropriant sans scrupule tout ce qu'il croit lui convenir. Avide de bons repas jusqu'à la friponnerie, docile aux coups de bâton. Le plus bel endroit de sa vie est, d'avoir répudié sa femme pour entretenir un commerce honteux avec l'Impertinente, à laquelle il a fait quitter son mari et de laquelle il a des enfans. Menteur outré, médisant à ne pas épargner les têtes couronnées. Il n'y a pas d'Académie, où il ne soit connu pour un fripon.
LE TEMPÉRÉ. — Honoré.
Est petit, d'une assez bonne phisionomie, sçavant dans son art, chantant bien tout, peu de voix, mais jolie et la ménageant très bien, meilleur acteur de Cathédrale que de Théâtre, toujours d'accord avec tout le monde non pas par bêtise, mais par principe de probité. Autant libéral, que le Ridicule est avare ; son seul défaut est la colère, mais sans ressentiment. Sa trop grande crédulité lui a causé plus d'une infortune.
L'ORGUEILLEUSE. — La Deschars.
LA FIÈRE BETE. - La Le Fèvre.
LA MASSE INFORME. —La Boulogne.
LA SOTTE. — La Clément.
L'IMPUDIQUE. — La Minette.
Est d'une taille moïenne, assez bien faite, autrefois jolie, l'esprit fort enjoué dans la conversation, entendant la raillerie et la repoussant finement. L'excès de ses débauches a diminué de sa beauté. Médiocre danseuse, plus sçavante au lit et à la table qu'au Théâtre. Longtemps duppe de ses amans par excès de générosité, de toutes nations dans la débauche.
Elle est la troisième de ladite Académie, que la curiosité des belles étoffes n'a rien épargné à les faire venir de Judée Bonne amie. Elle seroit encore dans le grand monde, si elle en avo.'t la force. Quand le Jiable ne sçut plus que faire, il se fit hermite.
LA MESSALINE. — La Duplessis.
Est d'une médiocre taille, laide, maigre et très-bien faite, peu sçavante dans son art, sans politesse. Au contraire harangère, de toutes les femmes la plus malpropre dans ses habillemens. Un singe vêtu en homme est pour elle un Adonis pourvu qu'il ait de l'argent, elle n'aima jamais par tendresse de cœur. Assez fine. Cependant pour amuser un mari brutal et un amant duppe par ses débauches publiques, un scélérat et sa suite partagent ses faveurs, comme un honnête homme qui les paie. Elle n'a que deux défauts, l'yvresse et la lubricité.
LA FAUSSE PRUDE - La Paillard.
Est assez grande, médiocrement bien faite, laide et bête, dansant par routine, d'un assez bon tempérament, affectant fort un air sévère dans les conversations un peu libres, faisant beaucoup valoir une prétendue sagesse, dont le public a été détrompé par un coup de rasoir sur la préférence de ses amans. Elle voudroit suivre les modes, mais les amans puissans la fuient; elle est réduite à aimer ses égaux.
L'IGNORANTE. — La Quincy.
Est grande et jolie, passablement bien faite, le pié d'un porteur de chaises plutôt que d'une danseuse; la protection seule d'un commis l'a installée au Théâtre, ne sçachant qu'à peine faire la révérence. Elle a toujours passé pour une Vestale aux yeux de ceux auxquels la longue expérience de sa chère bonne a sçeu cacher son intrigue avec un gros seigneur. Le fort des Armes a borné ses entreprises, et un peu diminué de l'orgueil de sa naisssante fortune. Ce qui pourra revenir un jour. Elle est à bonne école.
LA STUPIDE. — La Choisy.
Est petite, assez bien faite et jolie de sa personne, autant de mérite pour le chant que pour la danse. Inspirant plutôt la tristesse que la joie au Théâtre par un air refrogné. La Chronique scandaleuse lui a attribué quelques intrigues, qui n'ont pu être avérées. D'un assez bon tempérament.
L'EFFRONTÉE. — La Clément.
Est d'une médiocre taille, le blanc et le rouge lui donnent les deux tiers de ses charmes ; jolie, bête, sérieuse à contre-tems, possédant en perfection la vertu générative quoique fille, chantant médiocrement bien, et dansant très-mal. Elle se montre toujours au parterre et aux loges d'un air affecté, et négligé dans les coulisses pour se faire connoître, prévenue qu'elle a un mérite infini. Aisée à connoître pour être du théâtre par ses ajustements mal arrangés, fort avare, toutes sortes de gens lui conviennent l'argent en main.
LE DISEUR DE RIEN. — Deschars.
LE FAT. — Carillon.
LE FLEGMATIQUE. — Baouïno.
LE DÉBAUCHÉ. —Dumay.
Est de la taille ordinaire, assez rempli, la physionomie fourbe, très-caressant, passablement de bon sens; entêté de ses propres idées, qui lui font regarder tout du mauvais côté, possédant son art, l'exécutant assez bien suivant ses caprices, Mille petits soins l'ont fait aimer des femmes, leurs jouissances l'ont rendu brutal. A l'une a succédé l'autre, sa vie n'est qu'un tissu perpétuel d'un pareil commerce. Jamais personne n'a plus menti, ni plus hardiment que lui ; les sermens ne lui coûtent rien quelque exécrables que l'on puisse se les imaginer.
LE TURBULENT. — Mercier.
Est petit, laid, médiocre danseur. Il croît être le premier de son art pour avoir été quelque tems à la "tête d'un nombre de mauvais sujets. Présomptueux de son propre mérite à ne pouvoir vivre longtemps paisiblement dans aucune Académie. En apparence ennemi de la médisance. Faisant l'esprit fort. D'un assez bon tempérament, plaisant en compagnie ; sa tendresse ne paroit que par une jalousie et une brutalité extraordinaire ; libéral avec ses amis et peu avec ses maîtresses ; il croit que les femmes doivent l'acheter.
LE MAITRE JACQUES. — Valentin,
Est petit, la phisionomie bête ; parlant peu crainte de dire des sottises, sage en cela; meilleur poète pour les Vaudevilles que pour le Théâtre, fade railleur De poète devenu homme d'affaires, dont il s'acquitte aussi bien que de la poésie. Prétendu compositeur de musique, aussi fin dans ses productions musicales que poétiques. Son dernier métier fut celui d'inspecteur de ladite Académie : Fonction dans laquelle il n'a pas mieux réussi que dans les précédentes, qui cependant lui devoit être plus lucrative, par beaucoup de promesses de coups de bâton. Heureux que l'on lui a toujours manqué de parole.
Il nous a semblé que ces extraits trouvaient bien leur place dans ce volume, car outre qu'ils édifient le lecteur sur les mœurs, le caractère et le genre de talent des artistes, ils indiquent de quelle importance était la troupe de Bruxelles et combien on pouvait déjà apporter de soins dans les représentations des opéras les plus difficiles de lépoque.
L'entreprise de Fonpré fut très heureuse. Un nouvel octroi lui est accordé le 18 mars 1706, pour lui et sa troupe, qui comprenait alors les nommés Prévost et sa famille, Prefleury et sa femme, Ducormier et sa femme, Depressoir, etc. (1). Les Relations véritables ne mentionnent, pour cette campagne, que la représentation d Alceste, donnée — en gala — le jour du Mardi-Gras, 16 février.
Le 3 juillet 1706, la direction du Grand-Théâtre passe entre les mains d'un sieur de Pestel, qui en avait obtenu l'octroi de
( 1 ) Archives Générales du Royaume : Octroi de Maximilien-Emmanud.
Churchill. Dès que la domination autrichienne fut établie, de Pestel adressa, pour la faire ratifier, une requête qui resta longtemps sans réponse. A cette époque, on ne tolérait pas la présence, dans la troupe, d'acteurs étrangers et surtout de Français. Enfin, le 8 novembre 1706, l'octroi royal lui fut accordé. Comme il avait été persécuté, il poursuivit à son tour le petit théâtre du Coffy, dont les comédiens étaient de nationalités diverses et finit même par le ruiner.
Nos recherches ne nous apprennent que peu de choses sur la direction de Pestel. On trouve la première représentation de Persée, « qui réussit à la satisfaction de tous ceux qui s'y trouvèrent », et, pour 1707, deux représentations d opéras non désignés, la première, le 11 mars, jour du Mardi-Gras, et la seconde, le ier octobre, jour de la naissance du Roi. L'exploitation ne dut pas être heureuse et il est probable que de Pestel l'abandonna au commencement de 1709.
Un nouvel entrepreneur, Francisco d'Angelis, prend alors la direction du Grand-Théâtre et s'associe avec Jean-Baptiste Grimbergs, riche bourgeois de Bruxelles (1).
Le 15 octobre, Eugène de Savoie, retour de l'armée, assiste à la deuxième représentation à Amadis. On signale encore la présence du Prince, accompagné cette fois du duc de Malborough, à une représentation de les Saisons (2). Il est évident que le retour de l'armée et de ces seigneurs favorisa l'exploitation du Grand-Théâtre ; ils assistaient presque tous les soirs au spectacle « avec un grandissime concours de noblesse ».
En 171 1, d'Angelis meurt. Grimbergs adresse alors au Roi une requête, dans laquelle il demande l'obtention d'un nouvel octroi de six années — ce qui lui fut accordé — (15 octobre). Grimbergs, possesseur d'une grande fortune, donna beaucoup d'éclat à sa nouvelle entreprise et plaça le théâtre au premier rang. Mais la chance ne seconda pas ses efforts; il se ruina et, l'année suivante, passa en Angleterre.
D'après un petit almanach rarissime : Spectacle français à Bruxelles ou Calendrier historique du théâtre pour l'année 7767 (J.-J. Boucherie), le Grand-Théâtre fut exploité par une dame
(1) Archives Générales du Royaume.
(2) On donna encore une tragédie lyrique: en 5 actes : Hésione (paroles de Danchet, musique de Campra), qu'on avait représentée à Paris dix ans avant. Va prit aussi à la capitale française un ballet : les Muscs, des mêmes auteurs, donné à Bruxelles en 1 7 1 1 , ainsi qxx'Amadis de Grèce, opéra de Destouches, qui obtint Le plus grand succès.
Dujardin à partir de l'année 171 2. Les documents manquent absolument, mais nous croyons savoir que cette entreprise se termina encore par une banqueroute, vers 1714.
On donna plusieurs représentations importantes (1), entre autres un spectacle gala, le 2 octobre 1 7 1 4, « jour de la naissance de Sa Majesté Impériale et Catholique », où l'on représenta les Fêtes de Thalie, opéra de Lafont et Mouret, qui venait d'être joué à Paris, sous le titre de Triomphe de Thalie. On y vit des confidents en robe de ville et des soubrettes du ton de la comédie. Le public fut dépaysé. « On accourut en foule, non sans censurer l'innovation. »
La Bibliothèque Royale de Bruxelles a conservé le libretto d'une pièce jouée d'origine à Bruxelles vers cette époque, et qui a pour titre : Nouvelles Fêtes Vénitiennes et divertissements comiques représentés par l Académie de Musique. Il est probable, comme on va pouvoir en juger, que tout le personnel jouait dans cette pièce; les entrées et la distribution des personnages, que nous croyons intéressant de reproduire, vont donner le tableau à peu près complet de la troupe :
LE TRIOMPHE DE LA FOLIE, comédie. — Première entrée.
Personnages chantants :
La Folie Mlles Hucqueville.
Colombine .... Aubert.
Arlequin philosophe MM. André.
Le Docteur L'Abbé.
Un Espagnol Demore.
Un François Crété.
Un 2œe Espagnol . Fieuvé.
Une Espagnolette Mlle Potier.
Personnages dançants :
Un Allemand M. Bauwens.
Une Allemande Mlle Robert.
Chinois MM. Bax Vainc, Bax cadet,
Mlles Beaufort. Cremers.
Le Docteur M. Fonsecq.
Colombine Mlle Aubert.
(1) icr janvier 171 J, reprise de Thésée avec un prologue nouveau. M. Fabcr, dans le Théâtre français en Belgique, déclare avoir en sa possession un livret d'opéra qui doit avoir été représenté à l'Académie de Musique de Bruxelles; il a pour titre : le Carnaval cl la Folie, comédie-ballet. Il fut édité en 1714. C'est donc à cette époque que doit être reportée sa représentation. Cette pièce est de La Motte pour les paroles et de Destouches pour la musique. Elle fut jouée pour la première fois à Paris le 27 décembre 170?. Malheureusement, le libretto ne donne pas les noms des acteurs de la troupe de Bruxelles, il se borne à la distribution des personnages.
L'année suivante : Omphale, de Destouches, et Issc, du même auteur.
Pierrot M. Van Wichel.
Femme de Pierrot. ........ ... MUe Waubins.
Le Fol . . M. Pérès.
La Folle ... Mlle Desclaux.
LA MEPRISE, divertissement. — Seconde entrée.
Mis en musique pour l'opéra de Bruxelles. Les paroles sont de M. Demore, la musique de M. André.
Personnages chantants :
Eléonore, amoureuse de Licidas Mlles Aubert.
Licidas, François habillé en Vénitien, amoureux d'Eléo-
nore Demore.
Céphise, amoureuse de Licidas Hucqueville
Léandre, jaloux, amant d'Eléonore Crété.
Clorine, confidente de Céphise André.
Eraste, valet de Licidas M. L'Abbé.
Personnages dançants :
Paysan M. Pigeon.
Paysanne ... Mlle Dimanche.
Bergers . . . MM. Bauwens, Bax.
Bergères . . MUcs Robert, Beaufort.
Paysans 4 .... MM. Van Wichel, Bax cadet,
Pérès, Fonsecq; MUes Waubins, Cremers, Desclaux, Aubert.
LE BAL. — Troisième entrée.
Les paroles sont de M. Danchet, la musique de M. Campra.
(C'est un acte des Fêtes vénitiennes.)
Personnages chantants :
Alamir, prince polonois MM. Crété.
Thémir, gentilhomme à la suite d'Alamir, déguisé en
prince polonois . La Vigne.
Iphise, Vénitienne MUe Hucqueville.
Un Maître de musique MM. Demore.
Un Maître de dance Pigeon.
Chœurs de Vénitiens et de Vénitiennes masqués.
Personnages dançants :
Vénitienne ... MUe Hucqueville.
Espagnols MM. Bauwens, Bax.
Espagnolettes MUe* Beaufort, Robert.
Vénitiens MM. Van Wichel, Bax cadet.
Vénitiennes Mlleî Waubins, Cremers.
Mores MM. Pérès, Fonsecq.
Moresques M11" Desclaux, Waubins.
i6 Le Théâtre de la (Monnaie. — 1700-25.
LE DOCTEUR BARBACOLA. — Quatrième entrée, augmenté. Les paroles par M. Demor, la musique par M. André.
Personnages chantants :
Barbacola, amoureux de Calixte MM. L'Abbé.
Clitidas, François Demor f.
Calixte, Vénitienne, amante de Clitidas Mlle Lambert.
Valère, domestique de Clitidas MM. La Vigne.
Lisandre, philosophe, ami de Barbacola Crété.
Un Magicien.
Une Vénitienne qui chante un air italien MIle Aubert.
Troupe d'écoliers de Barbacola.
Troupe de magiciens et de sorcières.
Troupe de génies sous diverses figures comiques.
Personnages dançants :
Le Fol M. Pigeon.
La Folle Mlle Dimanche.
Scaramouche M. Bauyvens.
Scaramouchette M11" Beaufort.
Vieux. . . M. Van Wichel.
Vieille Mlle Robert.
Polichinelles MM. Pérès, Fonsecq,
jypies Waubins, Cremers.
Arlequin M. Bax.
Arlequine Mlle Aubert.
Matassin M. Bax cadet.
Matassine Mllc Desclaux.
A Mme Dujardin succède le sieur Molin. Son premier soin, en arrivant à Bruxelles, est d'augmenter le prix des abonnements Le public proteste, les abonnés se fâchent et, finalement, on lui refuse l'autorisation d'élever les tarifs établis. Molin prend alors une mesure énergique — et simple : il supprime l'abonnement. Les habitués obligés de prendre leur place au bureau, chaque soir, se consultent et décident de déserter le théâtre, ce qui n'était pas une privation étant donné les fortes chaleurs. Cette décision laisse Molin absolument indifférent; il s'obstine à jouer quand même, invitant gracieusement ses amis aux représentations qu'il donne trois fois par semaine, et pendant lesquelles il se prélasse lui-même aux premières places. Cependant, l'hiver venu, le public, privé de spectacles, se décide enfin à demander au directeur ce qu'il lui avait refusé d'abord, c'est-à-dire l'abonnement avec l'augmentation du prix. Mais
Le Théâtre de la (Motinaie. — 1700-25. 17
Molin le prend, à son tour, de très haut, disant qu'il était parfaitement heureux ainsi, qu'il faisait jouer la comédie pour lui seul, qu'il n'avait jamais tant apprécié le spectacle que depuis qu il pouvait choisir ses places, et, qu'habitué à ces douceurs, il lui serait maintenant trop pénible de les perdre. Le public fut obligé de payer à la porte ; ce qui fit — nous dit le petit almanach cité plus haut — un gain de 8,000 florins que Molin emporta de Bruxelles, tandis que ses prédécesseurs s'y étaient ruinés
A partir de ce moment, il est très difficile d avoir des renseignements précis sur le répertoire, les artistes et les directeurs, jusqu'en 1725, époque à laquelle expire l'octroi de Bombarda. On sait qu'à certain moment Topera, qui avait été très en vogue, fut détrôné par la comédie et que M,nc Dujardin se mit pendant quelque temps à la tête de l'exploitation.
Liste des ouvrages représentés jusqu'à l'expiration de l'octroi Bombarda .
1695. — 11 novembre, Acis et Galathée, de Lully, avec un prologue de P -Ant. Fiocco ; — 25 novembre, Amadis, de Lully, avec un prologue de P. -Ant. Fiocco.
1696. — 8 novembre, Bellérophon, de Lully, avec un prologue de P. -Ant. Fiocco.
1697. — 31 déccembre, Thésée, de Lully, avec un prologue de P. -Ant. Fiocco. 1700 — 23 novembre, Atys, de Lully.
1705. — 19 décembre, Alceste, de Lully.
171 1. — 2 janvier, Amadis de Grèce, de Destouches.
1715. — 4 novembre, Omphale, de Dsstouches; — 22 décembre, Issé, de Destouches.
1719. — 8 novembre, Soirées d'été, coméiie de X...
1721 — 21 novembre, Roland, de Lully; — 9 décembre, Callirhoé, de Destouches.
1722. — 6 novembre, Idylle composée et mise en musique par Romagnesi.
1723. — 10 décembre, Ajax, de Bertin.