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VOYAGE DANS UN LABYRINTHE

Le public ne se doute pas cle ce qu'est un théâtre de V importance du Théâtre de la Monnaie. Il entre, il voit un large péristyle, des escaliers faciles et des couloirs nombreux. Dans la salle, il est charmé par de belles proportions architecturales et une décoration très riche, presque trop riche. Il écoute des opéras, des chefs-d'œuvre, des œuvres délicates ou spirituelles. On a tout fait pour lui épargner le revers de ces splendeurs et de ces plaisirs.

Une promenade autour, au-dessous et au-dessus de cette salle, de ces couloirs et de ces escaliers, n'en est pas moins des plus intéressante.

La direction avait convoqué la presse, mercredi, pour un voyage dans ce qu'on pourrait nommer les ateliers et les magasins de l'Opéra. M. Bordiau, l'architecte qui vient de compléter les aménagements de notre scène lyrique, était notre cicérone.

La plus heureuse des améliorations apportées à l'intérieur de l'édifice, au point de vue de la santé des spectateurs, consiste en l'établissement d'une machine qui souffle alternativement dans la salle le chaud et le froid.

Je voudrais vous faire la description de ces apparei's ; elle prendrait malheureusement trop de place.

Et puis, entre nous, je pense que je n'en sortirais pas.

Il suffira, du reste, au public de savoir que la Ville de Bruxelles s'est inquiétée de la santé des spectateurs du théâtre qu'elle subventionne, et que la machine installée par M. Bordiau, avec toutes ses ramifications, souffle dans la salle, à volonté, soit de l'air frais, soit de l'air chaud, soit de l'air humide, dans les proportions exigées aux diverses saisons.

En même temps que l'air pris à l'extérieur pénètre dans l'édifice, l'atmosphère corrompue qui s'y trouve est attirée à l'extérieur par un puissant aspirateur : de sorte que le renouvellement se fait quand on veut et comme on veut.

Le sous-sol, où l'on est parvenu à établir cette amélioration considérable, sans que la construction générale en souffre, contenait jadis des caveaux infects, où, l'an passé encore, les choristes et les figurants étaient obligés d'aller revêtir leurs costumes.

On nous a fait voir ces antres, ces cavernes, ces enfers, vous les nommerez comme vous voudrez ; une chose incompréhensible, c'est que choristes et figurants ne se soient pas mis en grève depuis longtemps et n'aient pas déclaré qu'ils ne « travailleraient » pius, si on ne leur donnait des lieux convenables pour s'habiller en princes, en soldats, en moines ou en chevaliers.

Quand on s'est résigné à accepter pareille situation, on a montré une dose de patience vraiment exceptionnelle.

Aujourd'hui, choristes et figurants sont supérieurement installés au premier étage du couronnement du théâtre construit cette année.

Ils ont là de vastes pièces, où toutes choses sont rangées dans un ordre parfait. Les magasins sont près des loges, sous le toit. L'air et la lumière entrent partout en abondance. D'immenses armoires renferment les costumes des nombreux opéras restés au répertoire. On ne se figure pas ce qu'une intelligence pratique arrive à caser dans des espaces relativement restreints. Il faut avoir les bosses de la combinaison mathématique et de la méthode bien développées pour arriver à un pareil résultat.

Pour voir et pour admirer tout cela, on nous a fait descendre et monter, virer par le flanc gauche, marcher par le flanc droit, nous courber, nous amincir ; on nous a aussi un peu étouffés et un peu glacés — par des escaliers étroits et obscurs, par des échelles, par des corridors perfides, où des marches inattendues nous donnaient des secousses dans l'ombre.

Du sous-sol au faîte, dans la coupole, où se trouve l'armature du lustre, en passant par les vastes balcons suspendus où le mécanisme des décors s'est montré à nous sous la forme d'une forêt de cordes et d'un peuple de poulies — nous avons parcouru, guidés par MM. Stoumon et Bordiau, le royaume le plus semblable à un labyrinthe que j'eusse jamais visité. Et tout cela m'a paru admirablement combiné, à la fois très compliqué et très simple.

Je ne puis donc que féliciter M. Bordiau du résultat de son travail, et l'administration communale d'avoir eu M. Bordiau à sa disposition. R de M.

Réouverture, le dimanche 3 septembre, devant un public nombreux, composé en grande partie d'étrangers. Par un retour à la tradition, on donne les Huguenots !

Le lendemain, la troupe d'opéra comique fait son apparition dans Philémon et Baucis.

Le nouveau fort ténor, Tournié, rapportait d'Anvers d'abondants lauriers ; Bruxelles lui en fournit une nouvelle moisson.

Dauphin n'était pas tout à fait inconnu du public ; il fut favorablement accueilli, et nous allons le voir tenir, pendant une longue période, l'emploi difficile de basse chantante.

Afin d'alléger de sa rude tâche Mme Derivis, la direction engage Mme Donadio, qui sut tout de suite conquérir la salle.

La première nouveauté de la saison est Piccolino. Le charmant opéra comique de Guiraud est apprécié, non seulement à cause de sa valeur même, mais encore pour la façon dont il était monté. Il eût été impossible de l'entourer de plus de soins, de lui donner une meilleure interprétation et une mise en scène plus riche, en un mot, « de jeter plus intelligemment », comme dit un journaliste, « largent par les fenêtres, avec la certitude qu'il rentrera bientôt par les portes ».

A la « troisième » de Piccolino, incident assez bizarre : — Morlet, qui jouait Musaraigne, était affligé d'un rhume opiniâtre. Impossible de changer le spectacle — pas moyen de remplacer xMusaraigne. — Que faire? une chose bien simple : Morlet se contente de débiter le dialogue de son rôle et d'animer la pièce de sa franche gaieté; quant à la partie chantée, ses partenaires s'en chargent, les couplets du ier acte sont chantés par Pellin, ceux du 2me acte par Pellin et Guérin, et ainsi de suite... En quelques minutes de travail, on avait improvisé ces « doublures » in extremis, et le public — qui ne connaissait pas encore l'ouvrage — n'y vit que du feu.

Le 20 novembre, retour de la Lucca, qui ramène avec elle les salles brillantes, et... les places à quinze francs. Elle commence par V Africaine. L'armée de ses disciples enthousiastes et de ses juges sévères se retrouve, à cette occasion, sur le terrain où plus d'un combat s'était engagé lors de son premier séjour à Bruxelles.

Comme précédemment, son jeu dramatique semble passionné aux uns, exagéré aux autres. Mrac Lucca chanta le Trouvère, Faust, les Huguenots et la Favorite.

La direction montait à grands frais Aida. Elle avait obtenu un subside extraordinaire de 50,000 francs pour l'exécution de l'œuvre de Verdi. Aussi s'empressa-t-elle de faire venir, de l'Opéra, l'interprète principale, Mme Fursch-Madier. Cette cantatrice était la femme du chef d'orchestre Madier de Montjau, et la belle-fille du député de ce nom. Mais tout cela n'eût point suffi, si elle n'avait eu un réel talent et une voix magnifique.

Premières Représentations.

1876. 4 novembre. — Piccolino, opéra comique, en 3 actes, de Sardou, musique de Guiraud.

Frédéric MM. Bertin.

Tidmann Dauphin.

Musaraigne Morlet.

Annibal. ■ Pellin.

Strozzi Chatillon.

Comète Guékin.

Marcassonne Chappuis.

Piccolino-Marthe Mmes Derivis.

Mme Tidmann Ismaél.

Angélique Renaud.

1877. 15 janvier. — Aïda, opéra, en 4 actes, traduction française de G. Du Locle, musique de Verdi.

Aida Mmes Fursch-Madier.

Amnéris Bernardi.

Une prêtresse Blum.

Rhadamès MM. TourniÉ.

Le roi Dauphin.

Amonasro Devoyod.

Ramfis MoNTioRT.

8 avril. — Sir William, opéra comique, de Coveliers, musique de Colyns. (MUe Blum, Morlet et Guérin.)

Artistes engagés au cours de la saison.

Mlle Donadio, pour doubler Mme Derivis.

Mme Fursch-Madier, engagée principalement pour Aïda.

Chatillon, du Théâtre du Parc, engagé spécialement pour la création du rôle de Strozzi dans Piccolino.

Répertoire (reprises).

Les Huguenots.

La Favorite.

Robert le Diable.

Le Prophète.

La Muette de Portici.

Guillaume Tell.

L'Africaine.

Le Trouvère.

La Reine de Chypre.

La Traviata.

Le Barbier de Séville.

Mireille.

Carmen.

La Fille du Régiment.

Les Noces de Jeannette.

Le Domino noir.

Le Pré-aux-Clercs.

Le nouveau Seigneur du Village.

Les Dragons de Villars.

Mignon.

L'Ombre.

Lara.

Remplacements d'Artistes.

MUe Jenny Howe résilie.

M1Ies Crudère est remplacée par Mlles Tostani. Tostani » Blum.

Ballets.

Coppelia.

Les Fumeurs de Kiff.

Gretna Green.

Artistes en Représentations.

1876. Du 20 novembre au 11 décembre. — Mme Pauline Lucca. 7 représentations. (Recettes, 38,785 francs.)

Du 26 décembre 1876 au 15 février 1877. — Artistes de la Compagnie dramatique Italienne. (E. Rossi, E. Ruffi, G. Caneva, J. Cristiri, J. Fiacchi, S Crisostomi, N. Vizzori, G. Paretti, G. Mincelli, R. Cianchi, Mazzei, Melzi, J. Ambragi. Mmes Dare, E. Cattanio, E. Glecch, Paretti, G. Brizzi, E. Mazzei, E. Melzi.)

1877. 10 février au 11 mars. — Série de 4 bals. (Recettes, 28,032 francs.)

Du 16 février. — Série de représentations de Galli- Marié.

29 et 31 mars. — Artistes de la Comédie Française. (Maubant, Prudhon, Boucher, Martel, Joliet, Royer, Truffier. Mmes Provost, Poussin, Mlles Reichemberg, Marie Martin, Thénard.)

Du 14 au 21 avril. — Mme Nilsson. 3 représentations. (Recettes, 34,080 trancs.)

Appointements mensuels.

Ténors : Tournié, 8,000 francs; Bertin, 2,600 francs;

Pellin, 1,200 francs; Lemercier, 500 francs;

Guérin, 600 francs.

Barytons : Devoyod, 5,500 francs; Morlet, 1,600 fr. Basses : Montfort, 1,500 francs; Dauphin, 1,500 fr.,

Chappuis, 550 francs ; Mechelaere, 550 francs. Chanteuses : Mmes Fursch-Madier, 5,000 francs;

Bernardi, 2,000 francs ; Harnaekers, 4,000 francs ;

Dérivis, 4,600 francs; Renaud, 500 francs ; Lui-

gini, 900 francs ; Richard, 300 francs ; Ismaël,

500 francs; Tostanie, 600 francs; Blum, 1,200 fr. Danseurs : Hanssen, 550 francs; Poigny, 500 francs;

Duchamps, 275 francs.

Danseuses : Mmes David, 2,000 francs ; Zuliani,

500 francs; Viale, 850 francs; Mauri, 475 francs.

Total par mois, 48,850 francs.

Représentations Extraordinaires.

1876. 29 septembre. Spectacle gala, en présence de LL. MM. le Roi et la Reine, pour les Membres du Congrès. Carmen. (Recettes, 4,071 francs.)

31 octobre. — Grande Harmonie. Philémon et Baucis ; les Noces de Jeannette.

14 novembre. Grande Harmonie. Piccolino.

19 décembre. — Grande Harmonie. Faust.

1877. 27 janvier. — Grande Harmonie. Traviata.

17 mars. — Spectacle gala, en présence de LL. MM. le Roi et la Reine. Le Barbier de Sêville.

24 mars. — Spectacle gala, en présence de LL. MM. le Roi et la Reine. Les Dragons de Villars.

9 avril. — Spectacle gala, en présence de LL. MM. le Roi et la Reine. Aida.

29 et 31 mars. — Artistes de la Comédie Française. (Recettes, fr. 9,783-50.)

Du 26 décembre 1876 au 15 février 1877. — Compagnie Italienne, direction Rossi. (Recettes, 38,785 francs.)

Recettes et Dépenses.

Recettes. Abonnements . . . fr. 109,898 91

Locations et bureaux . . 639,317 »

Subsides 204,000 »

Représentations diverses. ^7,500 »

Bals 28,032 »

Divers 3,564 34

Subsides extraordinaires . 50,000 »

Total. . . fr. 1,082,511 25

Dépenses 1,061,970 02

Bénéfice fr. 20,342 23

Recettes de Aïda. Du 15 janvier au 2 mai, 50 représentations, fr. 174,717-60.

Enfin, le 15 janvier, le théâtre livre sa grande bataille. Depuis deux semaines, il n'y avait plus aucune place disponible. Le public, qui s'était arraché les coupons, se pressait, se heurtait, se bousculait en masses compactes, dans tous les coins de la salle.

L'ouvrage de Verdi fut salué par des acclamations répétées. Les directeurs avaient fait preuve d'un goût, dune minutie dans les détails, d'une largesse dont Bruxelles n'avait jamais eu d'exemple jusque-là. La mise en scène était proclamée supérieure à celle de l'Opéra. Elle laissait bien loin les féeries ordinaires que le public avait l'habitude de voir défiler sous ses yeux, par son caractère strictement historique, original et pittoresque. Décors, costumes, accessoires étaient exécutés d'après des bas-reliefs et des hiéroglyphes égyptiens, récemment restaurés — mise en scène de Lapissida.

ia musique réservait une surprise. Le Verdi du Trouvère n'était plus reconnaissable, et on sentait déjà l'influence de l'école moderne. L'interprétation dépassa toutes les espérances. Bref, Aida fournit cinquante représentations qui produisirent 174,717 francs, c'est-àdire une moyenne de recettes de 3,500 francs environ.

Le lendemain Galli-Marié, engagée pour la fin de la saison, paraît d'abord dans Carmen, son immortelle création, puis elle joue encore Piccolino, les Dragons de Villars, Mignon, l'Ombre et Lara.

Le 8 avril, « première » d'un ouvrage indigène, Sir William, opéra comique de Coveliers, musique de Colyns; ensuite trois représentations de Nilsson dans Faust, Violetta et les Huguenots.

Quelques spectacles dramatiques avaient alterné avec les soirées lyriques. D'abord Rossi était venu, accompagné de sa troupe, jouer Hamlet, Macbeth, Louis XI ; en outre, les artistes de la Comédie- Française avaient donné, pour la première fois, les deux représentations annuelles que nous allons retrouver désormais à chaque saison, et qui sont toujours très brillantes. C'est 1 imprésario Gaudrey qui servit d'intermédiaire entre la direction de la Monnaie et les pensionnaires du Théâtre-Français.

La saison théâtrale se termina, selon les usages, par les « bénéfices », et clôtura la deuxième année du règne heureux de Stoumon et Calabresi.

MM. STOUMON, ) ,. ,

,-,., . J>l»«,v, i directeurs.

CALABRESI, )

Joseph DUPONT, premier chef d'orchestre.

Th. Warnots, chef d'orchestre.

Lapissida, régisseur général.

Masson, régisseur.

Hanssen, maître du ballet.

Duchamp, régisseur du ballet.

Paul Mailly, }

Emile Guérin, )

pianistes accompagnateurs.

MM. Tournié.

Bertin.

Lefèvre.

M. Devoyod.

MM. Queyrel.

Choppin.

Mmes Minnie Hauck.

Fursch-Madier.

Alice Bernardi.

Hamaekers.

Faberth.

Grand opéra, Traductions, Opéra comique.

Ténors :

MM.. Lemercier.

Guérin.

Masson.

Basses :

M. Guillen.

MM. Ciiappuis.

Mechelaere.

Chanteuses :

Mmcs Lurie,

ISMAKL.

Lucy.

Louise Maes.

Léonie.

Mmc Blum.

Ballet.

Danseurs

MM

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