‹ Le théâtre de la MonnaieChapitre 18 sur 149 · Partie de la danse Les sieurs · texte numérisé non relu

Partie de la danse Les sieurs

Felicini, premier danseur, excellent corégraphe et pantomime admirable.

La Rivière, premier danseur, il a 4,000 livres d'appointements, il gagneroit son argent, s'il se bornoit à la danse, mais il a la fureur de faire des Ballets auxquels le public n'entend rien.

Hus, premier danseur dans le genre sérieux, il fait bien de composer des programes pour les Ballets qu'il donne, c'est un Fiat lux très-nécessaire aux spectateurs.

Figurans.

Jourdain, Vanderlin, Correti, Caron, Rang, Verdier, Delfir, Corrang, Michûe,

Mesdemoiselles :

Victoire, fille de la demoiselle Agathine, sœur du sieur D'Hannetaire et nés tous deux des œuvres galantes du fameux Servandoni; danse très -joliment dans le sérieux où elle occupe le premier rang.

Grenier, première danseuse, elle a la manie du sérieux qui n'est pas son genre, nos dames qui portent l'austérité de la décence jusques dans leurs coups d'œil lui ont fait dire en dernier lieu qu'elle ouvroit trop ses jambes en dansant, mais la demoiselle Grenier a répondu que dansant uniquement pour les hommes, elle n avoit point de conseil à prendre des femmes, la réponse a fait rire, et les rieurs ont été de son côté.

Eugénie, mise, je ne sais trop pourquoi, au rang des premières danseuses.

Figurantes.

Mesdemoiselles :

Bibi, maîtresse du sieur Hus, cette danseuse qui fait des pas et des enfans est accouchée en dernier lieu : la belle Chrétienne et le comte de *** ont nommé l'enfant de l'amour, c'étoit un spectacle bien majestueux de voir une fille publique conduite à l'autel par un Cordon bleu, mais que ne fait-on pas pour la religion ?

Des Cœurs, se traînant toujours au char brisé du petit Neuville.

La belle Chrétienne, (nous venons de la faire connaître).

Nogrand, paysanne lionnoise, ci-devant balayeuse de l'Opéra-Comique, à Paris; intriguante adroite elle arrangeoit tous les soupes de six francs ; depuis la translation de ce spectacle au Théâtre Italien, elle s*est rendue dans les Pays-Bas où elle a trouvé un homire de nom qui en prend un charitable soin, la princesse n'en est pas moins infidèle, quoiqu'elle soutienne que sa grossesse soit un garant certain de son unique attachement à son tendre amant.

L'oracle a cependant été consulté pour savoir qui a fait cette mauvaise plaisanterie à la demoiselle Nogrand, mais la crainte de compromettre quantité d'innocens, l'a empêché de

s'expliquer sur une parenté aussi équivoque ; s'il est important que vous sachiez que la demoiselle Nogrand ne sait ni lire ni écrire, je vous garantis ce fait.

Valcour, Catherine, Emilie, Vanderberg, Duront.

Ces quatre dernières sont des savantes parvenues par leur honnêteté.

Et pour ne rien vous omettre, je finirai par le souffleur nommé Jeannot.

Voilà qui pourrait rendre quelque peu philosophes les comédiens de nos jours et consoler ceux qui se plaignent des rigueurs de la presse contemporaine. Ce n'est pas, du reste, la première fois que des pamphlets relatent le « manque de pudeur et de moralité » parmi les artistes et plus particulièrement chez les femmes. Mais, au théâtre, celles-ci se rachetaient, paraît-il, par le soin qu'elles mettaient dans la composition de leurs rôles, et on conte que Rosalide, accompagnée de d'Hannetaire, fit, tout exprès, un voyage à Paris pour entendre Clairon dans Zelmire, quelle devait jouer elle-même à Bruxelles. C'était un témoignage éclatant de son amour pour l'art, à une époque où le voyage était autrement rigoureux que depuis l'innovation des chemins de fer.

A cette époque, un événement douloureux vint attrister les comédiens et le public : Mme d'Hannetaire, née Marguerite Huet, mourut à l'âge de 33 ans, le 30 janvier 1761, en pleine possession de son talent, laissant des regrets unanimes.

A Pâques 1763, Gourville abandonna la direction du théâtre, dont il avait su élever grandement le niveau artistique, et partit à la tête d'une troupe nomade.

En 1792, il jouait à Nantes les rôles de financiers, dans lesquels il était très apprécié. L'effervescence révolutionnaire était alors à son paroxysme et Gourville avait été nommé capitaine des grenadiers. Ayant appris qu'il se tramait un complot dans le but d'égorger 400 prêtres enfermés dans un château, il obtint, par un subterfuge, le commandement de la compagnie chargée de surveiller les détenus. Là, pendant plusieurs heures, il tint tête à la foule, recevant injures et horions, mais sauva les prêtres qu'il fit embarquer et qu'il ne quitta qu'après les avoir mis hors de danger. Le soir, les applaudis-

Voici les principales pièces que Gourville a fait représenter :

1759. — Les Aveux Indiscrets, 1 acte de Montigny ; — le Déguisement Pastoral, de Bret et Van Malder.

1760. — L'Impromptu du Cœur, ballet donné à l'occasion du mariage de l'archiduc Joseph ; — Biaise le Savetier, 1 acte de Philidor.

1761. — UHypocondre ou la Femme qui ne parle point, comédie de J.-B. Rousseau.

sements avec lesquels on avait l'habitude de l'accueillir, furent couverts par les sifflets....

A quelque parti que l'on appartienne, on ne peut s'empêcher d'admirer un pareil trait de courage et d'humanité — et le récit de cette anecdote, terminant dignement l'histoire de Gourville, montre qu'il était non seulement un artiste de talent, mais encore un homme de cœur.

1761. — 7 janvier, la Fille mal gardée, opéra-bouffon, de Duni ; — 29 janvier, le Maître en droit, de Montigny ; — 7 février, les Troqueurs, de Dauvergne ; — 13 mai, le Soldat Magicien, de Philidor ; — 9 juin, les Ensorcelés ou Jeannot et Jeannette, de Harni ; — 27 septembre, le Peintre amoureux de son modèle, de Duni; — 27 septembre, Gilles, garçon peintre, z 'amoureux et rival, de de Laborde ; — 25 octobre, Arlequin en deuil de lui-même; — 25 octobre, la Fausse esclave, opéra-comique ; les Caprices de Galathée, ballet; — 4 novembre, VÉloge de la vertu ou le tribut des cœurs, pièce écrite pour le prince Charles de Lorraine qui assistait à la représentation et dont les paroles étaient de Compain Despierrières et la musique de Vitzthumb ; — 16 décembre, la Fête de V amour,

1 acte.

1762. — 16 janvier, le Diable à quatre, 4 actes, de Philidor; — 14 février, Vile des fous,

2 actes, de Montigny ; — 25 février, On ne s'avise jamais de tout, 1 acte, de Montigny.

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Octroi Guillaume Charliers

uillaume Charliers de Borghravenbroeck, surintendant du Canal, obtient une concession de six ans, s'adjoint Gamon et le musicien Van Malder et se rend acquéreur de la propriété des demoiselles Meeus.

Cette nouvelle période offre plusieurs innovations importantes. D'abord, le principe des subventions : en effet, l'octroi dit qu'on payera à Charliers la location du théâtre; mais, en même temps qu'on accordait cette faveur, on imposait des règlements pour la discipline du théâtre. C'est la première apparition du cahier des charges.

Les directeurs eux-mêmes imaginèrent, — pour leur service intérieur, — un règlement, qui a sans doute donné naissance au tableau des amendes actuel.

Il parut encore un décret interdisant, d'après la requête de l'archevêque de Malines, l'exhibition des enfants sur la scène « afin d arrêter un pareil penchant dans d'aussi jeunes gens et prévenir qu un pareil exemple ne les entraîne ».

Les directeurs avaient obtenu la permission du jeu de Pharaon, mais les abus qu'il provoqua en firent décréter la suppression.

Le prince Charles de Lorraine, à peine remis d'une maladie grave, assiste à une représentation de la Partie de chasse de Henri IV, et au moment où l'un des personnages dit : « C'est lorsqu'un prince est bien malade, qu'on peut connaître jusqu'à quel point il est aimé de ses sujets, » la salle entière se lève et lui fait une ovation spontanée.

Sur la gestion des trois associés, on ne peut fournir de longs renseignements; on sait qu'ils donnèrent beaucoup de relief à leurs représentations, dont les frais, les entraînant à un déficit considérable, les forcèrent à abandonner l'octroi trois ans avant son expiration, — c'est-à-dire en 1766.

C'est à ce moment-là que le théâtre fut appelé officiellement Grand Opéra ou Grand Théâtre de la Monnaie, et que la compagnie porta le titre de : Comédiens ordinaires de Son Altesse Royale le Prince Charles de Lorraine.

1763. — 10 février, la Bagarre, opéra-comique en 1 acte de Van Maldere.

1766. — 29 avril, les Ananèes ou Fêtes de Bacchus en Vhonneur d'Ariane, ballet de St-Léger; — 7 mai, Isabelle et Gertrude, de Biaise; — 19 mai, la Rencontre imprévue, de Gluck; — 26 juillet, Tom Jones, opéra en 3 actes, de Philidor; — 15 octobre, le Couronnement de Roxelane, ballet, de Saint-Léger; — 4 novembre, le Soldat par amour, opéra-bouffe en 2 actes, de Vitzthumb ; paroles de François Bastide qui fit représenter une comédie en 5 actes en vers : Gezoncourt et Clémentine; — 12 décembre, la Fée Ursule ou ce qui plaît aux dames, opéra en 4 actes de Duni, paroles de Favart.

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Les Comédiens Ordinaires

de S. A. R. le Prince Charles de Lorraine.

Gestion des Sociétaires.

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