‹ Le théâtre de la MonnaieChapitre 38 sur 149 · LE SOURD, OU L'AUBERGE PLEINE · texte numérisé non relu

LE SOURD, OU L'AUBERGE PLEINE

4%d Comédie en prose et en 3 actes, de Desforges ; suivie par 5^"

1 LE MARQUIS DE TULIPANO, fj

*fè Opéra en 2 actes, Musique de Païsiello. 6^

^g Entre les deux Pièces on exécutera l'Offrande à la Liberté, scène patrio- g^y

21 tique- K

En attendant la Vieillesse d'Anette et Lubin, Opéra; Iphigénie en Tauride, le (^T

Sacrifice aux Grâces, ou Anaximandre, Comédie ; les Femmes, Comédie ; les ^h

^9 Trois Déesses Rivales, Opéra; les Coups de l'Amour et de la Fortune, ou le g£^

f& Siège de Barcelone, Tragi-Comédie ; et Ambroise, ou Voilà ma journée, g^,

^ Opéra. 6?^

"^3 On prendra aux premières Loges, six Escalins ; aux secondes et Parquet, un (^y

-^y petit Ecu ; aux Loges du Parterre, trois Escalins; aux troisièmes Loges, cinq %^+

££ Plaquettes ; au Parterre, deux Escalins ; aux Loges du quatrième rang, trois Ôjj^

^s) Plaquettes ; au quatrième rang, un Escalin ; le tout en Numéraire Métal- [jL

^3 lique. S^*"

-*?$ La demeure du Citoyen Devitz, est présentement dans la rue aux Fleurs. ffS*"

^e) C'est a la salle du Théâtre de la Monnoie. £^

Jq Par ordre exprès du Général Commandant, on commencera à cinq heurts et [jL

*%& demie très-précises. (*&

Ici se place 1 apparition d'un arrêté qui obligeait le directeur à donner tous les mois une représentation au profit des indigents. C'est le principe du droit des pauvres. A la fin de Tannée, cette dîme reçut une consécration officielle :

Art. ier.

Il sera perçu un décime par franc (deux sous par livre), en sus du prix de chaque billet

d'entrée, pendant six mois, dans tous les spectacles où se donnent des pièces de théâtre, des

bals, des feux d'artifice, des courses et exercices de chevaux pour lesquels les spectateurs

paient. La même perception aura lieu sur le prix des places louées pour un temps déterminé.

Le 4 avril, Linsel, de son vrai nom Pierre-Claude Peguchet, débute dans Crispin de la Mélomanie.

Cet artiste, né à Reims, le 19 juin 1775, fut le chef d'une famille qui aurait pu constituer à elle seule une véritable troupe. Nous retrouverons plus tard les noms populaires de Fanny (Mme Delos), de Betsy (Mme Jannin) et de Caroline Linsel (Mme Henry Monnier).

Peguchet est mort à Laeken, le 25 septembre 1826.

Mrae Candeille, artiste del'Opéra, puis du Théâtre-Français, donne le 17 août un concert. Elle obtient un immense succès, et revient le 14 novembre de la même année avec Garât, le célèbre chanteur, qui soupirait alors des romances sentimentales fort à la mode, et dont la minutie avait tant d'exigences que, lorsqu'il chantait dans un salon, il faisait préalablement retirer les tapis et les tentures, et, sur le point de commencer, arrêtait lui-même les pendules, dans la crainte qu'elles ne vinssent à sonner pendant le morceau.

Mmc Amélie- Julie Candeille avait plus d'une corde à sa lyre : musicienne, comédienne, harpiste, pianiste, auteur dramatique, plus tard romancière, elle se fit connaître à Bruxelles dans une de ses comédies, la Belle Fermière, où elle chanta plusieurs airs de sa composition, s'accompagnant tour à tour sur le piano et la harpe. Tant de talents réunis troublèrent la cervelle d'un riche carrossier de Bruxelles, Jean Simohs, qui épousa la belle actrice, déjà divorcée d'un premier mari. Bientôt le nouveau ménage se sépara, et, à la mort de son deuxième mari, Mme Simons-Candeille convola en troisièmes noces avec le peintre Perié. Elle mourut à Paris, le 4 février 1834. Un chroniqueur irrévérencieux a dit : « Elle est ampoulée dans la diction, compassée dans ses gestes, et nous lavons toujours vue comme un mannequin fardé. On ne peut néanmoins lui refuser des talents dans la musique et une voix agréable. » Après avoir pratiqué si largement le mariage et... le divorce, elle écrivit, sous le voile de l'anonyme, des pièces de théâtre et des romans. On

assure qu'elle représenta la Déesse de la Liberté et celle de la Raison dans les fêtes républicaines.

Le 31 janvier 1797, la municipalité fit fermer le théâtre; voici dans quelles circonstances : la veille, le spectacle devait commencer par le Souper des Jacobins, comédie en un acte, d'Armand Charlemagne. Au dernier moment, arrive Tordre de ne pas jouer cette pièce. On essaye de la remplacer par Janot ou les battus payent l'amende, de Dorvigny, mais le public se fâche et empêche les comédiens de continuer. Ceux-ci se trouvaient fort embarrassés, lorsque le général-commandant ordonne de jouer la pièce défendue. La municipalité fait alors fermer le théâtre, mais, deux jours après, en autorise la réouverture. Le spectacle commençait par Janot; le public ne voulant pas entendre d'autre pièce que le Souper des Jacobins, on fut obligé de faire une nouvelle substitution. Enfin, l'autorité militaire, pour éviter les troubles, ordonna la représentation de cette comédie pour les 3 et 4 février. Cette mesure rétablit le calme, et le Souper des Jacobins passa aux oubliettes, d'où personne n'eût probablement songé à le tirer, sans le rigoureux décret qui lui servit de publicité.

La saison 1797-98 s'ouvre avec la troupe suivante :

Acteurs.

Messieurs :

Macret. — Couture. — Martin. — Quinié. — Marido. — Dumoncy. — Manceau. — Deyris. — Duvar. — Rousseau. — Jelliote. — Bellecour. — Dacosta. — Durand.

Actrices.

Mesdames et Mesdemoiselles :

Hypolite. — Decroix. — Clairmonde. — Destival. — Bruck. — Dumoncy. — Raymond. — Meriel. — Guerin. — Linsel. — Ferton. — Bellecour. — Chaudrine.

Mme Decroix, qui débuta dans la fée Aline de la Belle Arsène, était citée comme l'une des plus belles femmes de son temps. «Elle fit tourner bien des têtes », mais resta fidèle à son camarade Eugène aîné. Leur histoire est touchante, et la mort seule a séparé les deux amants.

Le 15 mai, la célèbre Dugazon vient donner une représentation du Tableau Parlant. Elle avait été précédée par Mmc Renaudd'Avrigny, du Théâtre-Italien, qui s'était fait entendre dans la Fausse Magie, de Grétry, et l'Amant Statue, de Dalayrac,

92 Le Théâtre de la tMonnaie. — 1796-98.

Le fait capital de cette campagne fut la première apparition à Bruxelles de Talma. Il était accompagné d'artistes, parmi lesquels se trouvaient Vanhove, Joanny et M"e Vanhove, qu'il épousa plus tard. Talma se montra dans Abufar, tragédie de Ducis, le 30 août 1797, continua sa tournée jusqu'en Hollande et, à son retour, donna une deuxième représentation, 26 janvier 1798.

Cependant les affaires de la direction n'étaient guère brillantes. Le 26 mars, on devait jouer, avec le Consentement forcé, un opéra de Cimarosa, le Directeur dans l embarras ; jamais titre ne fut plus en situation. Au moment de commencer, les musiciens, qui n avaient pas été payés depuis longtemps, refusent de jouer, et la représentation n'eut pas lieu

Cependant, le 19 avril 1798, la réouverture du théâtre est faite par la même direction.

Pendant les premiers jours, la scène est occupée par une troupe de danseurs de cordes ! Et ce n'est pas la première fois qu'on voit pareil spectacle à la Monnaie. Le public en devait être friand, car, jusque-là, bon nombre de directeurs l'en avaient régalé.

Quelques jours après, Vellut — dit Perceval — débute dans Alexis et Justine. Il devait rester trente-quatre ans à Bruxelles, dans l'emploi des laruettes.

Ce n'est pas le seul comédien dont le séjour à la Monnaie se prolongea pendant un temps si invraisemblable. Ces exemples font l'éloge de l'artiste, mais aussi celui de son fidèle public.

Cependant, Galler, à bout de ressources, abandonne la partie et, le 30 août, les artistes se réunissent en société. Ils exploitent le Théâtre pendant une période de peu de durée, au cours de laquelle il n'y a à mentionner que les représentations de Baptiste.

1797. — 16 octobre, Lise et Colin, opéra-comique en 2 actes, de Gaveaux; — 10 novembre, le Major P aimer, opéra-comique en 3 actes, de Bruni ; — 22 novembre, la Famille suisse, opéra-comique en 1 acte, de Boieldieu ; — 18 décembre, la Maison isolée, opéra-comique en 2 actes, de Dalayrac.

1798. — 19 janvier, Vlleureuse nouvelle, opéra-comique en 1 acte, de Boieldieu.

Oberny et de Champmeslé

•» e 2 septembre 1798, la direction, « sous la surveillance et la protection de la loi, » passe à Marc d Oberny et Cussy de Champmeslé.

Acteurs.

Messieurs :

Massin. — Blonval. — Durand. — Perceval. — Valpole. Delis. — Champmeslé. — Duperche — Julesky. — Lebrun

Voizel. — Campenhout.

Gaux.

Actrices.

Mesdames et Mesdemoiselles :

Lanque. — Athalie. — Chevalier. — Berville. — Solié. — Dujardin.

Campenhout (François Van) est le chanteur-compositeur qui écrivit la Brabançonne, lhymne national de la Belgique, et son nom est lié à l'histoire du pays. — Il aborda la scène par le rôle d'Aivar dans Azémia.

Les artistes en représentation furent :

Juillet, de TOpéra-Comique, Schruers, de l'Opéra-Italîen, et Raguet, un habitant de Bruxelles, qui s'essaya dans le Dépit amoureux.

Le 4 novembre, un commissaire vint lire sur la scène un arrêté déclarant en état de siège les départements de la Dyle, des Deux-

Nèthes et de Jemmapes (Bruxelles, Anvers, Mons) et ordonnant aux habitants de se munir de lanternes après l'heure de la retraite. Nomenclature des artistes qui finirent la saison :

Acteurs.

Messieurs :

Joanni. — Courtois. — Lanau. — Leborne. — Dalainval. — Quinci. — Ansoult. — Deyris. — Marido. — Dacosta. — Perceval. — Borremans.

Actrices Mesdames et Mesdemoiselles :

Destival. — Renan. — Clairmonde. — Guerin. — Olier. — Dumont. — Decroix. — Lanoue.

Le théâtre ferme le 5 avril, pour réparations. Réouverture, le 27 avril, avec quelques artistes nouveaux :

MMes Belval. MM. Lagarenne.

Julien mère. Eugène aîné

Julien fille. Linsel.

Malherbe. Rousseau

Marci

Antoine Chamorin, dit Lagarenne, né en 1770, à Herbisse-sous- Villiers (Aube), mourut à Bruxelles, le 10 octobre 1808. Il avait pour le théâtre une passion réelle, un culte véritable; son emploi

De l'ouverture jusqu'à la direction nouvelle :

1798. — 4 juin, le Mariage secret, opéra-bouffe en 2 actes, de Cimarosa ; — 25 juin, le Prisonnier ou la ressemblance, opéra-comique en 1 acte, de Délia Maria; — 17 juillet, Alexis ou l'erreur d'un bon père, opéra-comique en 1 acte, de Dalayrac ; — 22 août, les Rêveries renouvelées des Grecs, parodie de deux Iphrigénie, musique de Prot. Depuis la nouvelle direction :

1798. — 19 septembre, le Traité nul, opéra-comique en 1 acte, de Gaveaux ; — 30 septembre, Macbeth, opéra (?); — 2 octobre, Mme Schruers, du Théâtre-Italien de Paris : Euphrosine et Coradin (Euphrosine), et Marianne (Marianne); — 18 octobre, la Rencontre en voyage, opéra-comique en 1 acte, de Bruni ; — 4 novembre, Azemia et Pourceaugnac : — 17 novembre, l'Opéra-Comique, opéra-comique en 1 acte, de Della-Maria.

1799. — 11 janvier, début de Delis : Paul et Virginie (Paul) ; — 16 janvier, Gulnare, opéra-comique en 1 acte, de Dalayrac; — 28 janvier, la Dot de Suzette, opéra-comique en 1 acte, de Boieldieu ; — 1" mars, le Jeune Sage et le vieux Fou, opéra-comique en 1 acte, de Méhul, deux représentations; — 17 mars, Roméo et Juliette, opéra-comique en 3 actes, de Steibelt; — 28 mars, Lebrun, rôle de Thomas dans Biaise et Babet (Louis- Sébastien Lebrun, acteur médiocre du théâtre Feydeau de Paris, ne paraît pas avoir réussi sur la scène bruxelloise; plus tard, en 1816, une de ses productions, le Rossignol, que tant de gosiers ont roucoulé avec accompagnement de flûte, a accolé le nom de Lebrun aux succès obtenus dans cet opéra par Tulou, Mmes Albert Hymm, Damoreau, etc.); — 31 mars, les Deux Ermites, opéra-comique en 1 acte, de Gaveaux.

consistait à chanter les hautes-contre et à jouer les premiers rôles, et il était heureux de pouvoir se produire — le même soir — dans ces deux genres. Jusqu'à ses derniers moments, il parut sur la scène; on lavait surnommé l'infatigable.

Eugène aîné (Claude-Antoine-Eugène Ordinaire), né à Besançon, le 12 janvier 1764, mort à Molenbeek-lez-Bruxelles, le 19 décembre 1842. Sa vie a été des plus aventureuses; avocat, militaire, secrétaire, puis aide de camp du général Narbonne-Lara — le dernier ministre de la guerre de Louis XVI, — emprisonné à l'Abbaye, témoin des terribles massacres de septembre 1792, auxquels il échappa par miracle, réfugié à Hambourg, où il s engagea dans la troupe dramatique émigrée de Bruxelles, il ne quitta plus le théâtre, et, après des pérégrinations sans nombre, chantant Topera, jouant la comédie et la tragédie, il revint constamment à Bruxelles, ayant fait de la Belgique son pays d'adoption. La veille de ses débuts, il avait endossé sa robe d'avocat pour faire acquitter un réfractaire traduit devant une commission militaire; circonstance unique, qui ne devait plus se reproduire, car la destinée d'Eugène le poussait vers le théâtre.

Le 21 mars de cette année, le Directoire avait rendu un arrêté prescrivant certaines mesures contre l'incendie, et aux termes duquel les directeurs étaient tenus d'avoir un magasin de décors indépendant du théâtre, de maintenir dans la salle un réservoir d'eau, de solder une compagnie de pompiers. C'est le premier décret de ce genre qui parut.

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Direction Ribié

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