MADAME AN60T, ARLEQUIN, NIGODÈME
Chaque époque a ses types favoris. En 1815, nous avons eu Chauvin; en 1830, Mayeux puis Prudhomme. Hier nous avions Pandore, aujourd'hui Calino, Nicolas, et demain...
Lbs typps populaires de la ilêvolutioii sont madame Angot, Arlequin, Nicodëoie, surloat madame Angot (1). Voilï la véritable création, l'incarnation do parvenu, objet des haées, des railleries, des lazzi de la fonle, lonjonrs eo qaète d'an boQc (>missaire-
• Créature) fortunées qu'on connut îi la Coiirlille et qu'on
■ rencontre à l'Opéra, surprises par leur richesse et par leur
• avènement ! Éloardies de luxe ! dépaysi^es dans la soie,
• soudain endimanchées pour toute la semaine, toaltresses de
■ maison toutes neuves! Elles ont beau se débarbouiller, se . décrasser, se gréciser ; marchent-elles, elles se trahissent;
• parlent- elles, elles se dénoncent et ce leur est un journalier ' supplice de convenir en elles-mâuies que les diamants ne
■ font pas le goût, que la robe n'est rien b, la tournure et
• ijue les millions ne donnent pas l'orlbo^raphe Ces
■ femmes de la nouvelle France, ces caricatures qui se dé- . mènent pour Être plaisantes, le facile butin pour les rieurs
■ ot que la malice est spiriluello contre elles k bon mar-
■ ché I «Un d'Ailainval de foire les asaisiea. Une école des boni-
• geoises tes fonaille d'un gros rire. C'est la madame Angol
■ de Haillol. Hadame Angot I il faut voir la madame Angott
• Il faut voir Corssa dans le bonaet chamarré de madame . Angotl... (2)..
H. Louis Holand indique clairement en peu de mots les événements qui amenèrent le succès de madame Angot : > Le
» paroB'qne ce typa apptrliat
Figaro de retour à Paris d« DsrTo, tet Deui Figoro de Martelljr. M Figaro on Tel pire tel fils, ae raérilenl |M9 qu'on l«s rapprosbe du Barlàer de SéMlB, ni du Mariage de Figera. Dans la Mire coxpable Figaw n'ot
le Dirteltire, par MM. A» Gm-
PORTBAITS ET TYPES. 4S3
€ Directoire fonctionnait. La victoire était assurée par la
< campagne d'Italie. On commençait à respirer et à regarder « antonr de soi et l'on était frappé du changement prodigieux « (\pi s*était fait dans les conditions et dans les mœurs.
* Un type personnifia, aux yeux des contemporains, cet
* 'étrange bouleversement : c'est celui de madame Angot, la
* poissarde pirvenue. Il parut dans un opéra comique dont
* l'auteur était un écrivain médiocre et obscur, le citoyen
* Antoine-François Eve, dit Maillot. Le public l'adopta aus- « sitôt et le voulut revoir sans cesse.... Le citoyen Maillot - était né à Dôle en 1747. Soldat, déserteur, puis coméilien
< en Hollande, il rentra en France ; il composa des piôcos « pour les petits théâtres (i).
« Pendant la Révolution il eut un moment de grandeur " hélas ! bien fugitif. Il fut nommé commissaire de la Con- « vention dans le Loiret et, il faut lui rendre cette justice,
< il ne fut pas de ceux qui abusèrent le plus do leur terrible « mandat. Redevenu Gros- Jean comme devant, il fit cotte « trouvaille de madame Angot, dont il ne profita gnAro. Il « pa^ les dix dernières années de sa vie (180U8i4) en prl-
* son (2) et mourut à l'hospice Dubois (3). »
Suivant Geoffroy, la pièce de Maillot avait un objet moral « comme caricature des nouveaux riches, qui font de leur an- « cienne bassesse et de leurs nouvelles prétentions un m^*- « lange bizarre » .
Gel op^-comîque fat joué en 1796 sur le théâtre d'Enmlation et dédié au citoyen llonvel en ces termes :
« D'Apollon beoreiix (iavori, « Amant bien-ai:né de Thalie,
< l) Katf aattcs Ftftrê^ (BreOear 4e min0»MetU%»
0> h»v%^Hwk m théêlre et U MtfttiaHm, f. xsn m va*
« Vous adresser une folie
< Peut vous paraître bien hardi !
, < Mais si le rapport est sincère,
« Un certain jour, madame Angot
< (Aussi n'a-t-elle pu s'en taire)
< Vous a fait rire à plus d'un mot.
< Ah I n'allez pas vous en dédire,
< Monvel, laissez-lui son erreur ;
< D'un ami du goût le sourire
* Fait la fortune d'un auteur. »
Voici quelle était la distribution de l'opéra comique :
MADAME ANGOT, liche poissarde, corsse.
DUTAiLLis, son gendre, pizabd.
LA girardière (ou Girard), intrigant, amou- * reux de Nanon. st-albin.
LA RAMÉE, autre intrigant, soi-disant valet de la Girardière, andbé.
NICOLAS, garçon de boutique chez madame < Angot, blondin.
FRANÇOIS, amant de Nanon, dorviller.
UN NOTAIRE (sOUrd), BOULANGER.
NAXON, fille de madame Angot, mêlante.
MADEMOISELLE BERNARD, cousine de madame
« Angot. CORSSE.
« MADAME DUTAILLIS. THIENNETTE.»
Le sujet se résume en quelques mots. Madame Angot, à la veille de se retirer des affaires, a voulu prendre le bon ton et le costume élégant. De plus elle s'est laissé captiver par un intrigant, de la Girardière, et lui a promis la main de sa fille Nanon. Celle-ci aime François et repousse de la Girardière. L'entêtement de madame Angot est tel, que si mademoiselle Bernard sa cousine, d'une part, et le notaire, de l'autre, ne la détrompaient pas sur le compte de la Girardière,
Nanon n'ëponserait jamais François. Henrensement elle décoayre qu'elle avait affaire à un intrigant, à an faux gentilhomme, et en brave femme qu'elle est, elle marie François et Nanon.
Il y a réellement dans cette comédie des scènes plaisantes, entre autres celle où madame Angot veut former son commis Nicolas aux façons des valets du grand monde :