‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 101 sur 137 · FOR LIS · texte numérisé non relu

FOR LIS

' Eo ètes'vons bien sûr î

t parblen, voyez vons-mâme I P0RLI3 {regardant). ^

• A répétition, à seconde, i quantième.

« breloques, chaîne d'or... C'est un bijou charmant. « Vous coûte-t-il bien cher ?

GRASSIDOR.

< Pas excessivement.

FORLIS.

« Je le crois. Autrefois, cela va vous surprendre, ■ J'en avais un pareil, pareil à s'y méprendre, « Et je l'aurais encor, si...

GRASSIDOR.

< (il part,) Dans quel embarras t < {Haut.) Vous l'auriez encor, si...

FORLIS.

« Si VOUS ne l'aviez pas !

(Fprlis reconnaît sur Crassidor son habit, ses hagms, son chapeau, et le tailleur sur Furiifin ses habits volés, Blinville traite les Jacobins de fripons et les menace.)

SOLON

« Cet homme est un démon, s'il allait nous rosser... « Défendons-nous plutôt.

ARISTIDE

« Il n'y faut pas penser.

« Nous ne nous trouvons pas en force pour nous battre, « Contre un, mon cher Solon, nous ne sommes que quatrei

FORLIS.

< Ils ont peu de courage, on doit le soupçonner.

BLINVILLE.

• Les scélérats n'en ont que pour assassiner !

FORLIS.

< Nous ne nous trouvons pas en bonne compagnie. « Mais il faut une fin, car tout cela m'ennuie.

« Qui viendra de ces gens nous délivrer ?... l'officier public (survenant),

< La Loi t

< Vous voyez, citoyens, son organe dans moi...

(Après un petit speech, un détachement emmène les Jacobins. Ils

résistent faiblement,)

ARISTIDE {ironiquement).

* Vous vous vengez, Messieurs, et l'on peut en tout cas...

l'officier public.

« Allez î La loi punit et ne se venge pas.

FORLIS.

« On me rendra ma montre ?

le TAILLEUR

« Et mon habit, j'espère !

DÉRicouR (amèrement).

« 0 mes amis^ h moi qui me rendra mon père.... »

Le public ne se lasse pas de voir sur la scène les Jacobins hués, insultés, bafoués. 11 savoure sa vengeance. Il court anx Variétés amusantes, applaudir le vaudeville d'Hector Chaassier « les Jacobins aux Enfers » (I), el acclame Arlequin qui dit à Pluton, peu soucieux de recevoir les Jacobins :

« Si tu veux être équitable

« Tu ne dois pas hésiter,

« Tout jacobin véritable

« Peut ici se présenter.

« Chacun les envoie au diable,

« Et Ton dit dans l'univers

« Qu'ils sont dignes des enfers, {bis) »

Sur ce, le public acclame les démons qui, munis de verges et de bâtons, viennent rosser les Jacobins.

Des Variétés amusantes il va en foule au théâtre de la Cité- Variétés où il fait un triomphe à Ducancel, auteur de V Intérieur des Comités révolutionnaires ou les Aristides modernes (2).

La nomenclature des rôles en dit long sur la pièce :

• ARISTIDE, ancien chevalier d'industrie, président du comité;

CATON, ancien laquais, escroc, membre du comité, grand aboyeur ;

sCiEvoLA, coiffeur, gascon, membre du comité ;

BRUTus, ancien portier de maison, membre du comité ;

(1) Représenté le 2 germinal an m (22 mars 179o).

(2) Comédie représentée le 8 floréal amii, (27 avril 1795).

TORQUATus, rempailleur de chaises, membre du comité ; VILAIN, homme contrefait, commissionnaire au tribunal révolutionnaire ; DUFOUH père, négociant, honnête homme persécuté ; DUFOUR fils, officier de la garde nationale, persécuté : DUFOUR mère, persécutée. *

Voici un extrait d'une séance du comité révolutionnaire.

CATON

« Je viens de vendre mon savon six francs au-dessus du > maximum.

ARISTIDE

< Ne crains-tu pas que l'homme à qui tu viens de vendre

• ton savon ne te dénonce?

CATON

« Sois tranquille. Ce soir je le fais incarcérer.

sCiEvoLA riant.

• Ce diable de Gaton a l'imagination inépuisable...

CATON

« Nous allons décerner le mandat d'arrêt contre lui, comme < ayant acheté au-dessus du maximum. En l'arrêtant ce soir,

• je reprends mon savon qu'en patriote fidèle je rends à la

• République. La nation n'y perd rien et moi je garde les as- « signatst...

ARISTIDE

« Tu es un rusé coquin...

CATON

« Aristide doit me connaître depuis longtemps 1 »

Les Jacobins complotent de perdre la famille Dufour, dont

le crime est de jouir de la considération publique. On accusera

Dufour père d'être un accapareur. On ameute la foule et on

vient arrêter Dufour, qui dit tranquillement à son fils :

« L'échafaud est maintenant le champ d'honneur des talents

LA Ravourrio». .^- |

• et das vertus. • Il csl heuroasement prouvé qne Dnfoiu Mt innoceiit et les gendarmes se Jelletit sur les JacobiDs qn'ils garrottent et erilralnent. L'ofGcier municipal se tourne alon ▼ers Du four et lui fait mille excuses :

< Généreux Dufour, le règne des brigands est anéanti. U

• justice et l'humanilë les remplacent. Oubliez les persécuteun

• dont votre intéressante famille a failli âtre la victime. Em-

• ployez ce conrage gui vous faisait braver la mort à pant-

• snivre la destruction totale des vampires qui ont divaslé

< notre patrie ; ei la postérité en pleurant snr les cendres de

< oitojrens innocens bénira leurs vengeurs!... (1). ■

Cette piËce eut un succès fon. • Un sexagénaire incarcJié

• pendant tout le temps de la Terreur viendra louer nne loge

• pour assister !k tontes les représentations de la pièce. It as- ' • siitera à tontes et ne pouvant tenir sur sa banquette, se lor-

' •dant de contentement, il dira cent fois, cent soirs de suile:

• Oh I comme je me venge de ces coquins-là (2) I •

Le vandeville de Bizet «les Boites ou laConjnration des mouehoiri • (3), l'ï-propog de Mayenr > ts Terroritte • (4), U pièce aaecdotiqned'AruandCharlemagne>IaSaîr-^efIeFaiHiiraril>(S), levaudevilte de Martainville • lei Assembliei priniamt m Us Electioru > (6), la comédie de Ségnr jeune, • Elixe in* Ut boit > (7), étaient acclamés par les spectateurs enthousiastes.

(1) GMU dBrolére acèofl a i\A reprodnlM iua uns graiiirt groitiin^niiil

(i) Hûtoirt de la Société frtneaite patiaot It Direcllin, pir MM. i» GoBcnart, page lis.

0} RepribeiiM rat le thUtn d« li CU-VariJUt l« 19 Irnctidor u i>

{S MptenibrelTao).

(i) Repiquait l BardMDT gnr 1« tbéàlra it U Républiqos 1« 5 rendemisire au v (J6 leptembre 1796).

(s) RFprdaèntJe inr la ihiitre da Moliàre, te 9 TuidJmlain ut (30 •»tembrenge).

<e) ReprcHnIé l« 19 TeDtAie an v (19 min 1797) nir la Ibiitra ito

(7) Reprdëeatde nu le tMitre

On faisait répéter, vingt fois ces vers dits par de vertueux gendarmes qui prenaient au collet d'infâmes assassins :

< Les voilà, ces héros révolutionnaires,

« Intrépides guerriers !... Dans les rjubs populaires

« Ces tiers tribuns du peuple, hardis à le prêcher,

« Qui disent : < Levons-nous t » et s'en vont se coucher t

« Leur apôtre Marat était tout aussi brave.

« Il dissdt : < Battez-vous t » et restait dans sa cave 1 »

On chantait en chœur, on répétait dans les rues ce couplet des Assemblées primaires :

U fut un temps ^ù dans la France Le nom sacré de magistrat Était le prix de Tignor^nce, Du vol et de l'assassinat ! Espérons de ces jours horribles Ne revoir jamais les fléaux...

Non, les intrigans, les bourreaux Ne seront jamais éligibles t »

Alors, passant des paroles à l'action, la jeunesse dorée poursuit à coups de gourdin les Jacobins tremblants et leur chante aux oreilles, avec force menaces, < le Réveil du Peuple » de Souriguières. On n'entend plus partout que l'exclamation immense et vengeresse de la réaction :

« Ils ne nous échapperont pas 1 »

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