‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 11 sur 137 · COMMUNS DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNS DE PARIS

Conseil général du 16 septembre 1793.

i Les artistes de TOpéra présentent un plan d'organisation k de ce théâtre. Le conseil y applaudit vivement, et, sur « le réquisitoire d'Hébert, prend l'arrêté suivant :

(1) Dans le même procès-verbal on rélève l'obsertation suivante : « Oa demandt qae les membres de l'administration de police, inculpés de « 8*étre laissé séduire par de jolies femmes (des actrices de Feydeau), « soient dénommés au procès-verbal et mandés au conseil pour rendre « compte de leur conduite. Cette proposition est adoptée et les deux admi- « ntstratenrs dénommés au procès-^verbal sont Beaudrais et Froidure. » (Administrateurs de la police chargés de la surveillance des spectacles.) Ils fai^at detiitmés surtout comme modérés.

66 LE THEATRE bfe LA RÉVOLUTION.

« Le conseil général, après avoir entendu une dépulation des artistes de TOpéra, informe que les administrateurs de ce spectacle ont violé toutes les clauses du traité qu'ils avaient fait avec la municipalité ; qu'ils se sont emparés clandestinement des recettes, sans payer les pensionnaires et les fournisseurs ; qu'ils ont laissé les magasins dans un dénûment absolu ; qu'ils ont employé les plus perfides manœuvres pour perdre ce théâtre et trafiquer usurairement des tjrdnds talents qui le composent; • Considérant qu'il est de son devoir de conserver, de protéger et de soutenir un établissement qui réunit tous les arts d'imitation et qui fait circuler par an plus de 15 millions, dont les étrangers et les riches sont particulièrement tributaires ;

« Considérant que dans le projet de règlement présenté par les artistes de l'Opéra, ce spectacle doit acquérit un nouveau lustre (?) et prospérer pour la Révolution, d'après rengagement formel que prennent les artistes de purger la scène lyrique de tous les ouvrages qui blesseraient les principes de liberté et d'égalité que la Constitution a consacrés, et de leur substituer des ouvrages patriotiques ; « Considérant que les administrateurs actuels ont déclaré qu'ils allaient faire fermer ce spectacle et cesser leurs paiements ; < Arrête :

« lo Que la commission, antérieurement chargée par le « conseil de lui faire un rapport sur V Opéra, s'entendra avec « l'administration des établissements publics pour s'opposer k « la clôture de V Opéra, et en conséquence mettre lesdits * artistes en possession de la salle actuelle de V Opéra ;

« 2° Le conseil autorise les artistes de V Opéra à adminis- « trer provisoirement cet établissement jusques après le rap-

LES QEÈS DB THÉATRB. 67

port de Fadministration des établissements pnblîcs, après avoir préalablement fait inventaire par-devant un officier public de la section dans l'arrondissement de laquelle est situé Y Opéra;

« 3° Lesdits artistes seront également et dans les mêmes . formes mis en possession des magasins et autres dépendances de l'Opéra, inventaire préalablement fait des objets qu'ils contiendront ;

« 4° Pour que le service de Y Opéra n'éprouve aucune interruption, Tadministration des établissements publics demeure chargée de mettre Je présent arrêté à exécution, et de faire délivrer pour la représentation de demain toutes les décorations, machines, habits, accessoires et ustensiles, dont il sera fait inventaire demain matin ;

< 5** L'administration des établissements publics le présentera au Comité de Salut public avec une députation des artistes de VOpéra, pour demander la protection de la Convention pour cet établissement ;

* 6« Le conseil arrête en outre, comme mesure de sûreté générale, que Cellérier et Francœur, administrateurs de VOpéra, seront arrêtés comme hommes suspects ; que les scellés seront mis sur leurs papiers et sur ceux du comité de Vadministra^ tion actuelle de VOpéra ;

< 7** L'administration de police est chargée de mettre à l'instant à exécution l'article précédent ; « 8® Le conseil arrête enfin que le produit de la recette sera demain remis provisoirement aux artistes, pour être ensuite partagé entre eux dans la proportion de leurs appointements. >

Cette délibération montre ce qu'était alors le personnel de l'Opéra!... lie comité de lecture de ce théâtre prenait son rôle au sé-

rieux. Un pareil comité réjouirait fort aujourd'hui nos jeunes auteurs, ceux surtout qui ont déjà rexpérience des lectures^ des comités et des sociétaires. Qu'on en juge.

Le Cousin Jacques (Abel Beffroi) s'adresse au Comité de Salut public,le 10 ventôse an II (28 février 1794), comme « à la première autorité de la République » pour obtenir de voir bientôt jouer sa pièce « VÉcole du PaLioilsme * sur laquelle le comité de l'Opéra avait rendu l'arj-eté boivaiit :

« 23 pluviôse an II de la République fiaoraise une et indlvi- « sible (il février 1794 j.

« Le comité de TOpéra ayant eoiendu ce matin la lecture « d'un opéra en trois actes intitulé * l'École du Patriotisme € ou la Malédiction palernelle * j^^aivoles dii Cousin Jacques, qui

* indépendamment de l'intérêt le plus entrainaat respire d'un « bout à l'autre la morale la plus pure et le patriotisme le « plus chaud, enfin qui est de la nature de ceux dont on peut « dire avec Maison :

« La mère en prescrira la lecture à sa fille ;

* Le comité clé l'Opéra considérant combien il est essentiel « d'épui'éi' la scène, d'en faire iine école de mœurs et de vertus ;

* Considérant que le seul moyen de rendre les spectacles

* utiles et de seconder les vues sages de nos législateurs, c'est « de ne représenter à l'avenir que des ouvrages qui puissent « coopérer à l'instruction publique ;

•c A arrêté unanimement q(ie l'opéra du Cousin Jacques sera

* représenté... aussitôt que la musique en serait terminée.

* Pour copie conforme au registre,

« èigné: watte ville, « Secrétaire de l'Opéra national (i). »

(1) Arcbives nationales.

Il nous reste à placer ici quelques documents curieux concernant les comédiens de l'époque révoliitioDnaire, Col lot d'Herbois, Doifeuille, Yerlcuil, ïrial et les artistes du théâtre delà République. Le premier est un traité passé le 17 mars 1791 entre Ja direction du théâtre de Moimcur et Jean-Marie ÇolJot d'ilerbois. On verra que le farouche coAimuniste entendait à mei veille ses inlérèis. Ses droits d'auteur sout calculés d'après le nombre de représeaialious en suivant une progrès'* ion ascendaute ;

* Entre MM. les administra leurs du thédlre de Monsieur, aclueMemeat établi à Paris, rue Feydeau, d'une part, « £t M. Jean-Marie CoUot d'ilerbois, auteur dramatique, d'autre pai't,

« Il a été convenu ce qui suit pour régler définitivement la pari d'auteur à laquelle ledit sieur aura droit pour chaque représeolalioa de ses ouvrages:

« 1" 11 seo, payé à M. Collot d'Herbois, à chacune des dix prcmiêfes représeiilaiioos des pièces qu'il fera jouer audit théâtre de Monsieu'*, treule livres pour chacun des acles dont ces pièces seront coa) posées ; lesquelles dix représentations devront èlre données dans l'espace de deux mois à daler de la première.

* 2" Il sera payé ensuite vingt-quatre livres pour chaque acte des mêmes pièces àcbacune des dix repréienlations suivantes, c'esl-à-dire depuis la dixième jusqu'à la vinglième, ces dix dernières devant èlre données dans l'espace de quatre mois à dater de Ja dixième.

* 3o II sera payé dix-huit livre? par acte, pour chaque représentation, depuis la vingtième jusqu'à Jâ trentième, ces dix dernières devant être données dans Tespace de huit

mois à dater de la vingtième

< Leâ conventions ci-desscis seront applicables à toutes les

• pièces en un, deux ou trois actes. L'auteur sera payé moitié

< de moins pour chaque acte d'opéra, les autres clauses devant

< rester les m^mes pour tous les genres.

« Madame Collot d'Herbois jouira des grandes entrées d'auteur

< ainsi que M. Collot d'Herbois, à dater de la pièce intitulée les

< Porte/'m/ies,pour quatre ans, qui commenceront le vingt-trois. « janvier présente année mil sept cent quatre-vingt onze. Ces

< entrées seront continuées à perpétuité, lorsque M. Collot

* d'Herbois aura joint une pièce en trois actes, ou deux en un « ou deux actes à celle qu'il a déjà au répertoire.

« M. Collot d'Herbois pourra donner douze billets de parquet « pour une personne chaque, deux de première galerie, six « de seconde galerie et quatre de paradis à chacune des trois

< premières représentations de ses ouvrages. Aux repré- « sentations suivantes, il pourra donner deux billets de « seconde galerie et deux de paradis pour deux personnes « chaque.

« Le présent traité aura un effet rétroactif pour la pièce « intitulé les Portefeuilles seulement.

* Ainsi fait et convenu de bonne foi entre nous pour être « exécuté selon sa forme et teneur et avoir toute la valeur « attachée aux actes qui garantissent les propriétés des ci- « toyens.

« Paris, le dix-sept mars 1791.

« DES ARÈNE, L (illisible).

* Il a été convenu entre toutes les parties que la rétribution « d'auteur pour les représentations données jusqu'à la clôture « de l'année 1791 de la pièce intitulée le Procès de Socrate serait « fixée à la somme de deux cents livres, M. Collot d'Herbois « restant maître ensuitte de disposer de son ouvrage. Ainsi con-

< venu. Approuvons les mots deux ci-dessus surchargés et le

LBS GENS DE THÉATBB. 71

« mot mars aa renvoi, et le mot une aussi en renvoi, même

< jonr et an que dessus.

« Signé : collot p*herbois (!).»•

L'acteur Dorfeuille, auteur du Coup de grâce de l'Aristocratie, publié à Toulouse en 1790, avait quitté la Comédie- Française par suite < une cabale payée pour étouffer ses

< succès. J'ai été renvoyé, dit-il, du théâtre de Paris par mon- « sieur Despotisme coalisé avec l'Aristocratie de la Comédie- « Française. J'avais démontré dans ce pays-là que pour bien « jouer la tragédie, il faut une âme républicaine et de bonnes • mœurs. »

D'autres lui ont succédé qui ont fait la même déclaration au sujet de la farce et de la comédie ! Ce qui distingue Dorfeuille et doit le rendre à jamais célèbre, c'est le discours qu'il prononça sur le théâtre de Bayonne à la nouvelle de la mort de Mirabeau. Dorfeuille avait pris le deuil, le premier de tous les patriotes. Il convient de citer l'exorde de ce discours fameux :

« Dans ce jour où la liberté française, appuyée d'une main sur « la colonne de la Constitution, nous montre de l'autre la « tombe qui renferme le fils aîné de la patrie, dans ce jour « où le front du bon citoyen se reconnaît à la tristesse ver- « tueuse qui l'afflige, dans ce jour, etc., etc., la France entière « couverte du crêpe de la mort pousse des. cris lugubres et « redemande au ciel le plus grand de ses législateurs.... La

< mort d'un tel homme. Citoyens, est un soleil qui s'éteint

< pour le malheur du monde 1 Frémissez, ennemis de là

< France, frémissez, fauteurs de l'antique esclavage, frémissez,

< serpents de l'aristocratie ! Quittez, quittez enfin la vieille « peau et rajeunissez-vous aux doux rayons de la liberté..

(l) Extrait d'une collection d'autographes. — La Patrie, avril 1880.

« Français, homme régénéré, jouis de ton bonheur! Tu

< n'avais que cinq sens avant la Révolution. Eh hien^ tu vien$ de « conquérir le sixièm-e : la liberté !... »

Verteuil, acteur du théâtre de l'Égalité et auteur dramatique, sollicite, le 26 mai 1794, Tappui du citoyen Payan, membre du comité de Tlnstruction publique siégeant au Petit- Luxembourg, par une lettre dont on remarquera la cynique outrecuidance :

Liberté, Égalité. République. — Convenllon çu la mort !

* Armand Verteuil, artiste, au citoyen Payan, meipbre du « comité d'Instruction publique.

< Citoyen, « Avec de l'esprit et une profonde connaissance dp rar|.

< dramatique, j'eusse pu faire Tmoléon (1). Avec un cœur brû-

* lant de patriotisme et guidé par lui j'ai fait le Siège de Dun- « querque (sic) ouïes Parfaits Républicains, sujet pris dausles

< fastes de notre Révolution et qui n'a été traité par personne.

* C'est le premier ouvrage q\il échappe à ma plume et je le

< soumets en toute confiance à tes lumières... Quelques arlisles

< à qui je l'ai communiqué m'en ont paru contents,vu que jus-

< qu'à ce jour on n'avait pas trouvé le moyen de réunir de l'in-

< térôt, de la gaieté et du patriotisme très-prononcé dans une

< pièce à spectacle et révolutionnaire.

« J'ai cherché encore à retracer jos différentes espèces d'a-

< rîstocratie. Le rôle du ci-devant Prieur off-e l'astuce et l'em-

* pire que ces cbarlalan* avaient sur les âmes faibles. Le rôle

* du receveur des Gabelles retrace l'aristocratie par avarice de

< ses semblables. Le personnage imbécille et làchede son fils est

< l'image de ce modérantismequi accompagne toutes les actions

(l) Ceci a dû flatter M.-J. GltéDier, si Payan lui a communiqué la lettre de Verteuil.

des âmes stupides et sans dnergie. La vieille gonvernante a pris son modèle dans cette classe de dévotes fanatisées par les prêtres, et Témigré du 3» acte parle en font le langage des bas valets de cour dont la sans-culollerie nous a fait justîce.Le patriotisme qu'expriment tous les autres caractères me privera peut-être des suffrages des spectateurs h petites loges musquées. Mais j'appellerai de leur jugement aux patriotes des communes, des armées et à la Montagne à qui je me ferai gloire de consacrer en tous temps ma plume, mes talens et ma vie...

< Je m'estimerai heureux si tes occupations te permettent de me lire ou de me faire au moins lire promptement, afin que sous huit jours je puisse me présenter chez toi et y obtenir une réponse satisfaisante. J'attends de toi cette complaisance fraternelle et je te prie de me croire, en l'attendant, avec cordialité,

< Ton dévoué compatriote,

« Signé : Le républicain abmand verteuil, * Comédien au théâtre de V Égalité, faubourg Germain, < no 7, rue de l'Égalité.

< Le ?• jour de prairial, l'an II de la République, une, indi- * visible et impérissable (!). »

La citoyenne Milon, veuve Trial, réduite à la plus complète misère, sollicitait plus humblement (en novembre 1796) un secours ministériel en sa qualité d'ancienne artiste du théâtre Italien. Le rédacteur ijq ]3^ nqte officjellç qui j^YÎ^ftit ^ directeur général de la liquidation de l'Opéra à faire parvenir une somme 4'^rgept h cptte paftyrp femme av^it cfij nécessaire de parler des rares taleqts de de son mari et de sa iport douloi;reiise. I^e ministre $youta da sa main sur la minute cas

(l) Archives nationales.

quelques lignes cnrienses en priaiQt le rédacteur de les effacer, une fois ses observations admises :

« Il est inutile de parier du mari de la citoyenne Trial. « C'était un acteur criard, meilleur dans la parade que dans < la comédie ; du reste un terroriste exécrable et qui a don- « né, dit-on, dans tous les excès de la sans-culottçrie la plus « sanglante. »

Le dit-on était exact. Trial, ami et commensal de Robespierre, fréquentait assidûment le tribunal révolutionnaire. C'est lui, qui entendant Boilleau s'écrier lors du jugement des Girondins : < Je suis innocent ! ». ricana en disant < Il n'y a qu'à les écouter, vous verrez qu'ils le sont tous!... (1) » C'est lui qui fut l'auteur de la mort de mesdames de Sainte- Amaranthe (2).

Les artistes du théâlre de la République n'étaient pas seulement des patriotes, mais encore des ennemis du fanatisme et de la superstition. La lettre suivante en est un intéressant témoignage :

Paris, le 8 floréal an V (27 avril 1797).

< Au citoyen ministre de l'Intérieur.

« C'est avec confiance que nous nous adressons à vous pour « obtenir un acte d'équité qu'invoquent les beaux-arts dont « vous êtes l'ami et dont vous vous montrez le protecteur.

« Des préjugés honteux, le fanatisme et la superstition ont • refusé jadis les honneurs de la sépulture à la célèbre

(1) George» Daval, tome IV, ch. xlii, p. 103.

(2) Collot d'Herbois, Monvel, Dugazon, Grammont, Cammaille, Dntertre, Verteuil, Auvray dit SaîDt-Prenx, Saint-Edme et une fonle d'antres acteurs furent d'enragés sans-culottes. C'est Monvel, l'auteur des Victimes cloîtrées, qui osa monter en 1793 dans la chaire de Saint-Roch et se tourner vers l'autel en criant : « 0 Dieu, je viens de nier ton existence. Je brave « tes foudres impuissantes. Ecrase-moi donc si tu en as le ^pouvoir ! « Ecrase-moi donc I » Puis il alla adorer la déesse Raison "sous les traits de mademoiselle Âubry, actrice de l'Opéra.

Advienne Lecouvreur. Cette actrice si touchante qni porta la première snr la scène tragique le langage de la nature, le cri de Tâme et l'expression de la vérité, reçut à sa mort, pour prix de ses talents, un outrage dont ses mânes demandent aujourd'hui la réparation au siècle de la philosophie, au Peuple régénéré qui ne connaît plus de titre étranger à sa gloire.

« Lorsque nos ennemis orgueilleux plaçaient dans Westminster près des tombeaux de leurs Rois les tombes de mistress Offîelds et de Garrick, nos ancêtres reléguaient ignominieusement les cendres à'Adrienne Lecouvreur hors de la sépulture accordée à ce qu'on nommait les fidèles^ sur les bords de la Seine, dans une terre ignorée où rien n'annonçait aux regards, ne rappelait au souvenir des hommes combien était précieux le dépôt que lui confiait Tamitié gémissante 1

« Nous demandons, citoyen ministre, que vous veuillez bien nous autoriser à rechercher ce qui reste d'une femme célèbre; à rendre sa dépouille mortelle aux lieux désignés par la loi pour le dernier asile des citoyens français et à couvrir la place qu'occupent ces cendres trop longtemps avilies d'une pierre qui désigne au moins à l'ami des Arts,que là repose une artiste qui fit les délices de son siècle et que son siècle abandonna sans pudeur aux lois barbares dictées par le fanatisme et consacrées par de vils préjugés.

< Les artistes du théâtre de la République. « Signé : a. baptiste aîné, François talma, a. michot, gour-

< 6AUD, DUGAZON, VBSTBIS, DE ROZIÈRES^ GRAMDMENIL, VANUOVE,

< eu. BAPTISTE, GAILLARD (1). >

Le ministre félicita, le 25 mai, les artistes de rendre hom-

(i) Archives DAtionales.

76 LE THEATRE DE LA R^yOL^TION.

mage à la mémoire d'une femme qui fit la gloÎTQ de la scène française et il invitales membres du bureau central du canton de Paris à seconder rexécution de leur projet.

La Révolution ayant mis « la vertu à Tordre du joue > , un autenr-libraire, Magne Saint- Aubin, entreprit de moraliser le théâtre et écrivit au ministre de la Police une lettre qui trouve naturellement sa place ici.

t Paris, S fructidor an V (22 août 1797) de la République

< française, une, démocratique et indivisible.-— Lt6erf^, Égalité,

< Fraternité.

< Citoyen, « J'ai ouï dire que la commission (d'Instruction publique) « s'occupait de l'organisation générale et définitive des théâtres.

< C'est une belle besogne que de nettoyer les écuries d'Augias.

< Je présume qu'un des premiers moyens sera d'épurer les « mœurs des artistes ; car l'art dramatique de^ enant partie

< intégrante de l'instruction publique, il ne faut pas souffrir

< que la vertu soit souillée en passant par des canaux impurs « 6t que les moralistes soient immoraux. Dès longtemps j'avais « formé ce vœu ; mais la cour régnait alors. Il y avait des

< théâtres royaux. C'était bien perdre son tems que de prê- « cher les mœurs. Maintenant que la vertu est d l'ordre du jour « et que l'on veut utiliser le plus agréable des arts, il serait

< possible que l'on put trouver dans mon ouvrage quelques

< vues dont on tirât parti... Je t'envoie donc, citoyen, ma ré- * fotme des théâtres. Lis-la. Si tu crois qu'elle puisse être com-

< muniquée h la commission fais-lui en part et qu'elle dispose

« de moi si je puis être de quelque utilité. « Je t'embrasse cordialement.

« Salut et fraternité.

•Sigfn^; MAGNE SAL\T- AUBIN, libraire, boulevard du Temple, ^7.»

Le 12 fructidor an V, Guvelier, sous-chef de la deuxième

division de Tlnstruction publique dëdare qu'il a lu l'ouvrage, qui mérite l'examen de la commission et ajoute qu'il se chargeait « volontiers d'être l'organe de la commission aupfès de cet écrivain estimable (1) » !...

Terminons cette partie relative aux comédiens par une pétition des acteurs du Grand-Théâtre de la République où l'on verra que, pour intéresser les autorités républicaines à leur demande, il leur avait fallu faire preuve de civisme en louant des pièces patriotiques.

Nantes, le 22 veodémîaire an VI de la R. F. (13 pclobre 1797).

• Les administrateurs du département de la Loire-Inférieure

« aux artistes du Grand-Théâtre de la République.

«Vous ne devez pas douter^citoyens,de l'intérêt que prend à

votre théâtre l'administration centrale. Lorsque les agen s du

Royalisme cherchaient à corrompre l'opinion publique, à

travestir nos spectacles en écoles de contre-révolution, vous avez su résister aux sourdes impulsions ; vous avez continué de donner des représentations théâtrales et civiques ; cette conduite^ cette cause de vos pertes est trop respectable pour que nous n'applaudissions pas aux efforts que vous faites aujourd'hui.

< Continuez, citoyens, à consacrer vos talents au progrès de l'art dramatique, à consulter le bon goût plutôt que ï'psprit de parti, à écarter de la scène tous cps tableaux d'immoralité, toutes ces productions factieuses, tout ce qui rappellerait l'ancien avilissement du peuple français^ tout ce gui tendrait à réveiller des haines, à affaiblir l'amour dft la liberté. C'est le moyen d'intéresser à vos succès les autorites républicaines et tous les vrais amis de la Patrie.

« Salut fraternel.

« Signé : haumont^ gourlai^ M?^^* * <1) Arclkitei nationaleii

Les artistes de Nantes avaient aussi écrit au Directoire le 23 vendémiaire an VI (14 octobre 1797), la lettre suivante : « Citoyens directeurs , « Votre amour pour la République, notre opinion bien prononcée et la ferme intention où nous avons toujours été de marcher constamment dans le sens du gouvernement, notre patriotisme enfin n'a pas peu contribué au malheur que nous éprouvons aujourd'hui.

« Victimes de Tincendie qui consuma le bel édifice du Grand - Théâtre l'année dernière, et de la banqueroute que vient de faire notre entrepreneur, ces deux événements trop rapprochés nous ont jetés dans la plus grande misère, et la plupart d'entre nous seraient livrés au plus affreux désespoir, si dans un moment aussi déplorable, nous ne nous étions pas réunis en société, en éloignant de notre sein des artistes indignes de ce nom par leurs sentiments royalistes.

< Cependant il nous faut passer par toutes les filières de la chicane pour rentrer dans le local que nous occupions depuis un an : cet incident arrête la subsistance de plus de cent individus.

< Notre consolation a été de rencontrer des administrateurs patriotes qui, connaissant notre civisme, ont daigné nous tendre les bras.

« Premiers magistrats de la République, vous qui l'avez sauvée le 18 fructidor, venez à notre secours, et s'il entre tin jour dans vos grands projets de donner au théâtre en l'épurant une vie morale et toute républicaine, daignez nous faire représenter les pièces que nous mettons aujourd'hui sous vos yeux. t Salut et respect.

< Signé: solle, massy, bellemont, du jardin, * DUMANoiR, talon, lebreton, etc, etc. (1) » (1) ArchÎYes nationales.

Le ministre de Tlntérienr leur répondit le 17 bmmaire (7 novembre 1797) :

< Je vois avec satisfaction, citoyens, vos efforts réunis ponr

< conconrir à rendre à la commune de Nantes ces plaisirs va-

< ries et instructifs que procurent les ouvrages dramatiques

< et auxquels Tart ajoute tant de charmes. Vous trouverez

< toujours en moi les dispositions les plus favorables pour se-

< conder vos efforts et encourager un art dont les effets

< peuvent et doivent être avantageux à l'esprit républicain. « Vous avez été mis dans les circonstances les plus critiques

< par les intentions les plus louables et les plus conformes au « système républicain. Le Gouvernement est instruit, ci- « toyens, de votre conduite. Il me charge de vous en témoi- « gner tout son contentement et de vous assurer de ses inten- « tiens bienveillantes pour vous (1). »

Les directeurs des théâtres pendant la Révolution étaient en général d'anciens acteurs. Ils avaient le titre d'entrepreneurs. On a vu par le 2« § du décret du 2 août 1793 et par l'arrestation de Francœur et de Cellérier à quels périls ils étaient exposés. Aussi la plupart étaient-ils des patriotes éprouvés. Les documents que nous avons consultés aux Archives nous ont offert entre autres des détails intéressants sur Boursault, entrepreneur du théâtre National de Molière, La Chapelle, entrepreneur du théâtre des Sans-Culottes, Auvray dit Saint- Preux, entrepreneur du théâtre de VÉgalité, Dugas, entrepreneur du théâtre du Marais, Galbois Saint-Amand, entrepreneur du Lycée dramatique, Saint-Edme, entrepreneur du théâtre de la Cité et Cardinaux, entrepreneur du théâtre de VEstrapade, qui cumulait les fonctions de directeur avec le métier de traiteur.

(1) ArchiTes nationales.

Jean-François Boursault, entrepreneur du théâtre National de Molière, demandait le 3 septembre 1792, au milieu même des massacres, à Danton, à Lebriin,àClavière et à Servan, des secours po^r prévenir sa ruine. Sa demande était apostillée par « Chaumette, Tun des représentants de la Commune, >i qui reconnaissait « rutililé de ce théâtre, patriotique et national et

< reqornmandait très-particulièrement le présent méippiye à

< messieurs les ministre^ * I

Danton envoya ce mémoire au ministre de l'Intérie^f le 13 septembre 17912, avec une lettre, dont il faut retenir le dernier alinéa :

« J'ai rhonneur de vous adresser. Monsieur, un mémoire

< du sieur Boursault, entrepreneur du théâtre dit dej Molière,

< qui réclame des secours qui puissent prévenir sa ruine et « celle de son établissement.

« C'est à \ous, Monsieur, à apprécier dans votre sagesse « jusqu'où peut s'étendre, dans ces moments de pénurie, la « générosité de la nation envers un théâtre qui n'a jamais « présenté au public que des pièces propres d accélérer les « progrès de la Révolu lion.

« Le ministre de la Justice, « Signé: danton (i). »

Nous u'ayons pu s^^voir si les secours furent accordés.

La Chapelle, entrepreneur du théâtre des Sans-Culottes, sollicitait du Comité de Salut public le 1" prairial an H (20 mai 1794) une indemnité en invoquant « les malheurs d'un répuhliquain zélé et incapable de se démentir » et en ajoutani; l^ sa leftre le certificat de civisqie suivant, qu'il convient de ireproduire avep ses fautes de style et d'orthographe :

(1) Archives nationales. '

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