SECTION DES LOMBARDS
20 mai 1794.
Comité permanent.
* Nonsr commissaires civil et de police d'icelle certiGons « h tout qu'il appartiendra que le C' * Charles Lachap^Ue en- « terpreneur et le directeur da théâtre ci-devant Molière et « dit des Sans-Culottes nous est conu pour avoir manifesté « des oppinions civiques, avoir donné des représentations « gratuites en la faveur des Sans-Culotes, d'avoir monté sur
< son théâtre la Journée du 10 août, d'avoir ainsi que les ar- « tistes en tout genre de sa direction assist.» les jours de Dé-
* cades au temple de la Raison d'icelle, et d'y avoir chanté « des hjmes à la Liberté et en fin de s'être conduit depuis son
* arrivée dans cette section avec la pi as grande fraternité,
< ayant fait tout cç qui était en lui poar participé à faire pro-
< pager les bons principes.
« En foi de quoi lui avons délivré le présent pour rendre « hommage à la vérité et servire valoir en temset lieu ce que « de raison.
< Ce premier jour de la première décade de prérial.
< Signé: colmet commissaire de police, rnuoK03fE « commissaire, poste commissaire; zaxone com- « mis.saire, doêois commissaire, veirm commis « saire, sollierbe coipmissaire (1). »
Ce certificat important produisit son effet, et le 2o juin 1794 le citoyen La Chapelle, qui dans l'état de ses frais compte des « rubans et des filles de plusieurs couleurs » , toucha une
(l) Archives nàtionaleSi
indemnité de cinq mille livres que le Comité de Salut public lui avait attribuée le 23 du même mois.
Pour obtenir également un secours ou une indemnité le citoyen Auvray dit Saint-Preux, entrepreneur du théâtre de r Egalité, présente en juin 1794 au Comité de Salut public la note qui suit, rédigée par lui et écrite de sa main :
< Conduite civique du citoyen Auvray dit Saint'Pi/l$ux (i), « depuis Tannée 1789. * ,
« Quoiqu'il demeurât en chambre garnie, il prit Uà armes
au mois de juillet 1789 et fit son service à la section Honoré;
ce qu'il prouve par une attestation de Toffîcier commandtfftt
la division de la rue du Four, en datte du 23 juillet 1789.
« Sa première contribution volontaire est en datte du 7 août
89 et il en a le reçu signé : Girard, trésorier.
« Le 7 septembre 1792, il demande et obtient ainsi que ses camarades du théâtre de la Cité, de F Assemblée nationale, un décret qui les constituait en compagnies franches pour le service du camp près Paris. Il a fait le service de sous-lieutenant dans ces compagnies qui ont eu ensuite la garde des trésors nationaux et du Palais de Justice dans les moments d'alarme.
« Le 12 avril 1793, il fut requis par le ministre Bouchotte d'aller en qualité de commissaire du conseil exécutif surveiller l'armée d'Italie. Il a rapporté un certificat de civisme et d'intelligence signé des représentants du peuple Barras et Fréron, sous les yeux desquels il a opéré et qu'il a constamment accompagnés dans les moments dangereux. < Il s'est fait délivrer un extrait de délibération des sociétés populaires du Midi, réunies en assemblée générale à Marseille, en date du 3 octobre dernier, oii il est ditque le citoyen
(1) ArcMyes nationales.
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4c Aavray dit Saint-Prenx sera admis dans son sein et y aura
< voix délibérative^ parce qu'il professe les principes du plus « pur républicanisme et qu'il n'a pas peu contribué par sa vigi- « lance et sob> énergie à sauver Tannée d'Italie, etc.
« Le iâfirimairean II (2 décembre 1793) de la République, « il foi chargé par le ministre Bouchotte d'exécuter Tarrèt du « Comité de Salut public en date du 10 du même mois, portant
< qu'il serait tiré de l'armée des Pyrénées occidentales dix
< mille hommes d'infanterie qui seraient dirigés sur la ville « de Niort. Auvray a donc été cha|pgé de diriger ce mouve- « ment et il a été approuvé dans toute sa conduite par les. « représentants du peuple en séance à Bayonne.
< Après avoir rendu compte de sa mission au citoyen Jour-
< deuil, adjoint au ministre de la Guerre pour le mouvement « des troupes, il n'a demandé aucune place et est rentré au
< théâtre de la Cité, qu'il n'avait quitté que parce qu'il avait
< été requis et qu'il entrevoyait servir plus efficacement sa
< patrie. >
Le 6 juin, le Comité de Salut public, satisfait par ces renseignejnents de la conduite d' Auvray, lui accorda 75,000 livres d'indemnité sur lesquelles Mole toucha pour sa part 2,622 livres.
C'était à qui ferait assaut de civisme. Dugas, l'entrepreneur du théâtre du Marais, se hâte d'informer le 20 nivôse an lY (10 janvier 1796) le ministre de la Police « que ce soir et tous « les autres jours on entendra sur son théâtre ces airs chéris
< des républicains après lesquels les Patriotes soupiraient « depuis si longtemps > . Il joint à sa lettre le répertoire des pièces qu'il compte jouer, afin de permettre au ministre de donner utilement son adhésion. Le répertoire où l'on voit annoncés , entre autres pièces , le Barbier de Séville , le Mariage de Figaro, les Deux Amis, Eugénie, porte la si-
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gnature de « Garons. Beanmarchais se contente w de- son nom patronymique.
Galbois Saint- Amand, entrepreneur du Lycée dramatiqi^e à la foii'B Germain, obtient quinze cents livres à titre d'encouragement le 26 novembre 1797, parce que, dit l'arrêté, « son théâtre popuUire est uniquement consacré à la représentation d'ouvrages républicains (1) » .
Saiot-Edme, entrepreneur du théâtre de la Pantomime nationale, écrit le 8 germinal an VI (28 mars 1793) au ministre de l'Intérieur :
« Uue administration nouvelle est à la tête du théâtre de la « Cité. Varier les plaisirs du public en multipliant ses jouis- «' sances, faire succéder à de grands ouvrages d'autres ouvrages « montés avec soin, orner ces pièces de tout l'éclat dont elles
< sont susceptibles, enfin nationaliser la pantomime, tel est « le but que se sont proposé les nouveaux administrateurs...
« L'administration ose vous prier, citoyen ministre, de rece-
< voir l'assurance de son entier dévouement et de son ïèle
« infatigable pour servir l'esprit public et le cond|iire aux
* vrais pnncipes de républicanisme. \
« Salut et respect.
« Signé : saint-edme. »
Le ministre répond sérieusement le 29 germinal (18 avril), qu'il applaudit à < la louable et civique détermination des administrateurs de consacrer leur théâtre à la pantomime nationale, et de n'y représenter que des ouvrages républiçaiûs > (2).
Nous arrivons enfin à une curieuse affaire, celle du théâtre de TEstrapade. Il suffira, pour intéresser les lecteurs, de citer intégralement les documents authentiques.
(1) Arcbivfs naticnales.
(,"2) Archives nationales.
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Pïiiis, k li jaDTier 1T98.
« Anx citoyens composant le Di recto*' le exécutif.
« Ciloyeqs directeurs, * Plusieurs artistes républicains persuad»^ que les fêtes décadaires sont d'une nécessité absolue dans un gouvernement libre qui vient de prendre naissance, voulant en outre correspondre à vos vues en contribuant de tous leurs moyens à donner à Topinion publique son véritable caractère, ont cru que la seule route pour y parvenir serait d activer lex fêtes décadaires. En consécjaence, ils ont essayé depuis plus d'un mois de mettre en vigueur ces beaux jours consacrés au repos, à la gaieté, et au triomphe de la République dans un local spacieux près le Panthéon. C'^s fêles sont divisées en trois parties, en discours patriotiques, comédies propres à faire sentir au peuple combien il doit chérir la liberté et détester les Rois qui voudraient la lui ravir, et enfin, en danses. Tout annonce la réussite certaine d*une aussi heureuse entreprise, mais les artistes soussignés, tout en se félicitant de leur tentative, voient avec douleur que ce succès ne serait pas de longue durée, si on ne venait à leur secours, vu Timpossibilité où ils sont d'avancer les fonds indispensables à l'organisation de ces fêtes qui, en donnant de Ténergie à Tesprit public, feraient en même temps disparaître les Dimanches, dont la mémoire sera toujours funeste à la cause do la liberté et propice au retour du fanatisme. Le citoyen Cardinaux, patriote connu, principal locataire du ci- devant théâtre de TEstrapade où ces fêtes ont déjà été célébrées, est également hors d'état de faire les avances que son républicanisme lui inspire. C'est pourquoi il s'adresse à vous, citoyens directeurs, pour Taider dans un établissement d'une telle importance ; il vous prie d'appuyer
« sa demande de quelques fonds auprès du ministre de l'Intér-
< rieur ou de celui de la Police à cet effet. Le patriotisme qui « vous animent (sic) et le désir de voir pour jamais la liberté
< affermie l'assurent que vous regarderez favorablement sa
« juste réclamation.
« Salut, respect. '
« Signé: cornouailles, drouet, félix, cardi-
« NAUX, VEULIARD, GUYOT, MÉNARD^ BASTIAT. »
De son côté, Cardinaux écrivait au ministre de la Police :
Paris, le 21 mai 1798.
< Citoyen ministre, « Cardinaux, républicain prononcé et ami du gouvernement, vous expose qu'il a tout sacrifié pour Tintérêt de la chose publique dès le commencement de la Révolution et notamment depuis le 20 brumaire, pour l'établissement des fêtes décadaires qu'il a fait célébrer dans son local. Des républicains, tous pères de famille, se sont dévoués à instruire le peuple par la représentation de pièces patriotiques, telles que BrutuSy la Mort de César et autres. < L'intérêt, citoyen ministre, n'est pas ce qui guide l'exposant, mais bien l'envie de concourir de tous ses moyens à être utile à son pays. La modique somme de quatre sous que l'on prend ne suffit pas aux frais journaliers. Encouragé par votre prédécesseur (Pottin) et par vos bontés, j'ai fait travailler des ouvriers pour la construction de ce théâtre que je ne puis satisfaire, si votre bienveillance ne vient au secours d'un infortuné républicain dont la vente de ses meubles sera effectuée demain pour prix de son
dévouement à la cause de la liberté.
< Salut. Respect.
« Signé: cardinaux,
* Traiteur au théâtre de rEstrçtpade, »
Le commissaire dn Directoire exécutif près l'administration monicipale dn 12* arrondissement, chargé de prendre des informations sur Cardinaux et sur le théâtre de TEstrapade, envoyait le rapport suivant au ministre de la Police générale :
Paris, Je 17 praîrial an VI (5 jnla 1798).
« Citoyen mijiistre, « Par votre lettre du 11 courant, vous me chargez de prendre des renseignements sur la conduite, la moralité et le civisme dn citoyen Cardinaax et sur l'utilité dont peut être le petit théâtre qu'il dirige à VEstrapade. Je connaissais par moi-même les choses et les personnes à cet égard. J'ai cru devoir néanmoins faire encore quelques informations avant de satisfaire à vos désirs. Je ne puis me dispenser, dans cette circonstance, citoyen ministre^ de séparer Cardinaux d'avec le petit théâtre qu'il dirige ou qu'il est censé diriger. Le théâtre de l'Estrapade est très-hien situé, le local est grand et commode. L'emplacement présente en un mot toutes les ressources désirables pour y former un spectacle analogue à ce quartier de Paris. Il y a trois ans que ce théâtre était très-fréquenté, parce qu'on y jouait d'une manière assez satisfaisante ; mais soit par les secousses révolutionnaires, soit par le défaut de sagesse de la part de ceux qui le dirigeaient, il tomba tout à fait lors de la chute des assignats et toutes les décorations furent même vendues.
« Le citoyen Cardinaux, uni avec plusieurs artistes, ont cherché depuis quelque temps à le relever. Ils font quelques efforts, mais tout manque. Ce théâtre n'est ni orné, ni tout à fait construit et les entrepreneurs ne sont pas seulement sans ressources, ils sont encore endettés. < H n'y a pas de théâtre dans cet arrondissement qui est un
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« des plus populeux de Paris, puisqu'il comporte aux ent^- « rons de 90,000 âmes. Je pense donc que donner des inoyeus « pour rcQioDter ce théâtre, ce se^'aU employer uiilemeol les « deiiîers de la République. Le théâtre de l'Esliapade, dirigé « répiiblicaiaement dans l'esprit el le sens du gouvernemeol, « produirait un effet sensible sur l'esprit public de cette « population qui Tavoisine et l'environne. i/adow^'iVaii et cor-
< rigcrait les mœurs grossières des faubourgs Marceau et « Jacqi'es. Il feraU des prosélytes au calendrier républicain. U « charmerait l'oisiveté des uns et délasserait les aulnes. Nul
< doute par conséquent uur l'uiilité, je dirai môme, sur la
• nécessité du théâtre de TEsirapade.
« Quant à Cardinaux, il ne me sera pas facile, citoyen mi- « nistre, de me prononcer avec autant d'assurance. Je vous
< donnerai cependant un résultat qui pourra donner lieu à « votre sagesse de prendre un parti à son égard.
« Cardinaux est républicain zélé, mais d'un zèle sans discer- « nement. Sa maison, sa société ont donné dans ie cours de la « Révolution, quelques inquiétudes au gouvernement ! On « s'en est même effrayé quelquefois; mais je pense que lui n'a
< jamais été qu'une machine qu'on faisait mouvoir et qu'il a « cru toujours faire le bien, même quand il faisait le mal. Je « pense que la société qui faisait de sa maison un rendez-vous
• n'était dangereuse que dans les tems révolutionnaires et « qu'aujouFd'hui, fut-elle Babouviste, com'me on l'en a ac- « cusée avec quelque fondement, elle ne saurait effrayer que « des royalistes. Cardinaux est dans la plus grande délre-se ; « bien loin de pouvoir faire les dépenses nécessaires pour « accréditer son théâtre, il n'a pu depuis longtemps payer le « loyer de sa maison. Si on le jiige sécôrement du côté des
< mœurs, de l'ordre et de la conduite, on ne le plaindra pas,
• On l'abandonnera. Si on est indulgent sur le passé, si l'on
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«pense aia circonstance? révolutionnaires plutôt qu'à lui, si enfin, on a égard d son ailochament au goùrernemcnt republicaiiiy on viendra à son secours, soit directement, soit indirectement.
* A la tète de ce spectacle est un nommé Félix qui a la réputation, peut-être méritêej tVun homme de mvg. 11 paraît, par les renseignements que j'ai recueillis sur son compte, que cet artiste à fermé, dans le tems révolulionilaire, les oreilles aux accens mélodieux de la musique pour n'écouter que le sentiment farouche qu*ua républicanisme mal entendu ne suggère que trop souvent.
« il résulte des réputations de Cardinaux, Félix et autres personnages de ce théâtre que bien des personnes ont do la répugnance pour le spectacle de l'Estrapade. Cependant tous ces motifs de répugnance disparaîtraient promptement si le spectacle amusait, intéressait. Vous voyez par là, citoyen ministre, que pour que les secours que vous auriez inletition de donner au citoyen Cardinaux tournassent h Tulilité publique, il faudrait que ces secours fussent confiés h des mains {lures bu qu'ils ne servent qu'au payement des choses tltîles au théâtre. Ainsi donner un îi-compte pour le Idyfer de la maison, faire achever la construction de ce théâtre, le faîré orner, donner des encouragements aux aHistes pendant quelque temps et périodiquement, ce serait, â Ce que je pense, la seule manière d'ntrliser ces secours: et le citoyen Cardinaux se trouverait par ce mdyfen aidé indirectement, cat il se môle plutt>t de sa cuisine de restaurateur que dtl théâtre. Or, le spectacle étant en vigueur, son état de restaurateur, de limonadier le serait aussi. Telles sont, citoyen ministre, mes observations sur Cardinaux et sur son théâtre. J'aurais désiré vous en donnet de plus satisfaisantes, mais ma cohscience et mon
< attachement aux principes de police et d'intérêt public ne « me permettent pas de tenir un langage qui ne serait pas « celui d'un républicain probe, impartial et toujours plus
< attaché à Tintérêt général qu'à celui des individus.
« Salut et respecté « Signé: ghapuys. »
Le régisseur Félix écrivait de son côté, le 15 messidor an VI, au ministre de la Police générale de se hâter d'envoyer des secours, car ropinion du peuple était en souffrance, paraissait nulle et demandait une électricité inpérative. Quatre jours après, il renouvelait sa demande au ministre de l'Intërienr, de concert avec Cardinaux :
« Citoyen ministre,
< Les artistes du théâtre de l'Estrapade, où sont célébrées les fêtes décadaires, désirant fêter le 14 juillet et donner à cette journée mémorable tout l'intérêt qu'elle exige, vous prient de vouloir bien leur permettre de prendre tant au magasin du Marais, à Paris qu'à Versailles, des objets de théâtre de rebut. Ils en auront le plus grand soin et les remettront au premier ordre que vous daignerez leur prescrire. « Pour faire sentir au peuple combien il doit chérir la liberté, détester les tyrans, aimer le gouvernement actuel, lui faire admirer le triomphe des armées de la République en la personne du général Buonaparte, les artistes ont arrêté que le 14 -juillet on représenterait sur ce théâtre Guillaume Tell, la Reddition de Malte ou la Vertu récompensée, fait historique en deux actes, orné d'évolutions militaires et de combats singuliers.
< Ils ne doutent pas que ces deux pièces patriotiques ne produisent le meilleur effet sur l'opinion publique; mais, citoyen ministre, les artistes vous observent qu'était extrê-
LES GENS DE THEATRE. 9i
( mement rétrécis dans leurs facultés pécuniaires, ils désire-
< raient être aidés de quelques fonds, pour donner encore à « ce beau jour plus de majesté.
« C'est pourquoi, citoyen ministre, ils osent s'adresser à
< vonSj bien persuadés que votre républicanisme les secourra ( dans des vues aussi louables.
< Salut, respect.
« Signé : cardinaux et félix (1). »
Le ministre refusa de souscrire à la demande des artistes de l'Estrapade, parce que les effets de décoration du dépôt des fêtes nationales étaient employés à la fôte du 14 juillet au Ghamp-de-Mars et que ceux des magasins de Versailles étaient loués aux artistes de cette ville. Quant aux secours pécuniaires, la situation du Trésor ne permettait pas d'accueillir la demande des artistes de l'Estrapade.
Cardinaux ne se tint pas pour battu et écrivit encore le 25 messidor an VI (13 juillet 1798).
« Citoyen ministre, .
« Je solicite de vous une acte d'humanitée. Je vous prie de « me faire sçavoire ci je peut contée être encouragé dans mon « établissement. Sans votre secour je suis réduit à la plus
< âffreosse misère. Et au moment ou ji pensais le moins ma * propriétaire me réduira à la paille. Elle ne veut rien en- « tendre auqune raison. Je vous suplie en grâce de venire au « secour d'un républiquain père de famille et sincèrement
< amit du gouvernement.
« Salut, respects
« Signé: cardinaux, < Entrepreneur de TEstrapade (2). »
(1) ÂrchiTes nationales.
(i) ArchiTes nationales.
Suit au dossier le récit des infortunes de Cardinaux, adressé au citoyen Lecarlier, ministre de la Police, le 5 thermidor an VI (23 juillet 1798). Il raconte entre autres, qu'il a négligé, à la création de la garde nationale, son état de traiteur pour en faire le service; qu'au 10 août il a été nommé porte-drapeau de la section ; qa'il a encouru la haine des prêtres en relnsant de tapisser le devant de sa boutique le jour de la Pèle -Dieu, etc. etc.
Cédant aux pétitions sans fin des artistes de l'Estrapade, à des irecommandations de représentants du peuple, le ministre de l'intérieur consent à leur accorder pendant un an 200 francs par mois. Trop tard 1 hélas ! le théâtre est fermé ! les meubles vendus 1 Le pauvre Cardinaux, en raison de son zèle patriotique, eut un secours de 300 francs. Il abandonna le théâtre pour revenir à ses fourneaur..
Les acteurs faisaient parfois juges de leurs différends avec les directeurs, les membres du gouvernement. Ainsi le bouillant Dugazon, ex-Comédien français, acteur du théâtre de la République et vieux jacobin, dirigeait la plainte suivante contre le directeur Sageret, lequel gouvernait la République, VOdéon^X Feydeàu.
Paris, le 26 janvier 1799.
Citoyen ministre,
« Dugazon est venu pour vous présenter son respect et vous « instruire des justes motifs de la clôture du théâtre de la « République contre lequel une cabale aristocratique conspire « sourdement. Le directeur Sageret a fait une recette depuis « sept mois de 600,000 livres. Il n'a payé ni les auteurs, ni « les gagistes, ni les acteurs, ni môme les pauvres. Il a donné « des congés à Talma, à la citoyenne Vanhove (ceux-ci sont » déjà partis), à Mole et à la C^"»® Contât, qu'il serait tirgent
LBS GENS D8 THÉATBI. 98
< de retenir pour pouvoir ronvrir promptement en assnrant
< la recette et la subsistance des malheureux artistes.
< Salut et respect.
< Signé: pn6AZ0N(l). >
Cinq ans plus tôt la dénonciation du patriote Dugazon aurait certainement conduit Sageret à Téchafaud.