‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 121 sur 137 · DANTON · texte numérisé non relu

DANTON

* Eh quoi ! tu prétendrais tes fureurs légitimes ?

* Frapper l'Ami du peuple, oublier ses bienfaits !

CHARLOTTE

* Le monstre ! grâce au ciel, il n'était pas Français t »

Salles faisait de Hérault de Séchelles l'amant de Charlotte. Une lettre de Barbaroux, renfermant une critique de cette tragédie, blâmait cet amour. « Il n*y avait jamais eu rien de commun entre ces deux personnages et l'idée peut paraître bizarre d'avoir fait périr empoisonné, en voulant sauver Charlotte Corday, un député qui siégeait paisiblement à la Convention lors du supplice et qui y siégeait peut-être, encore au moment où Salles écrivait... » Buzot, lui aussi, avait écrit une lettre d'observations sur l'œuvre de Salles, dans laquelle îl regrettait que celui-ci n'eût pas attaqué son sujet d'une façon plus shakespearienne et en s'inspirant de l'esprit et de la couleur du temps (1). »

(1) A propos' d'Autographes, pages 37 à 50.

i6U LE THÉATBE DE LA BÉVOLCTIOK.

Une autre tragédie, en trois actes et en vers, datée de 1795 et publiée (probablement k Caen) sur le mÈmii Bnjet, modifie entiÉremenMe fail: hîslonfpie. Charlotte tnt, comme el'e avait en primilivpm''nt l'idée, Marat en pleine Convention ; d'Armans de Coiday vient assister aux derniers insianlsdesa (i"e et Barbaroas conierse longuement avec elle. L'auteur (inconnn) a jnjè utile pour son plan de placer la mort de Mnrat le 31 mai an lien du 13 joillet.

Une troisième tragédie en trois actes et en vers intitulée Charlotle Cordny ou la Judith moderne, imprimée à Caen en 1797, paratt également sans nom d'auteur. Elle porte à la première page un portrait de Charlolie gravé par Mermand, représentant l'héroïne sons les Irails de Judith, le poignard à la main près du la tente d'ilolopherne, a\oc cette épigraphe:

• Tandis que l'on tremblait au seul nom de Uarat . De ce monslre ^riiel j'ai su purger l'État,

■ J'osai braver la mort, et par ce sacrifice • Du siècle j'.ii bien mérite...

• Mais si ce siècle ingrat ne me rend pas justice,

> le l'obtiendrai de la p

Celte épigraphe est le commentaire d'une pensée de Charlotte Cordajr dans son Avis anx Français. L'auteur écrit ÛDsi sa dédicace :

. Charlotte, je dédie cet ouvrage à les mânes... ■

Les personnages sont :

UARAT, député.

EUGÉNIE, amie de Charlotte.

oCTAvius, brigand et ami de Marat.

o''tiGLEUOKT, prétendant à la main de Charlotte. ERNEST, citoyen de Caen.

HABITANTS de la ville de Caen.

SOLDATS du parti de Marat.

DIX VEILLEURS de la ville de Caen.

Les deux premiers actes se passent dans la ville de Caen, le troisième, au camp ennemi. L'auteur, très-concis dans sa dédicace, se rattrape sur la préface.

« Le dévouement de Charlolle Gorday, dit il, est un de « ces traits dont les enfans de Meipomène enrichiront sans « doute un jour le théâtre. On peut appeler l'héromede cette « tragédie, la Juditii de notre siècle. Holopherne, peut-être, « ne fut pas aussi cruel, aussi sanguinaire que le monstre ■ exécrable dont Charlotte délivra la France!... » L'auteur nous révèle ainsi son plan :

« Marat,à l'exemple des mille et un proconsuls qui ont dé^ sole notre pays, menace les habitants de Caen des châtiments les plus atroces, parce que cette ville refuse de reconnaître les lois de la République. Déjà même il a fait empoisonner les sources qui leur fournissent de l'eau. Le siège est devant Caen... Marat est prêt à s'en rendre maître et à faire égorger tout le monde indistinctement, lorsque Charlotte forme le dessein généreux de sauver ses concitoyens en plongeant un poignard dans le sein du brigand. « L'auteur de cette tragédie n'a traité que le dévouement de Charlotte. Il n'y est point encore question du supplice qu'elle a subi. Son interrogatoire, sa mort feront le sujet d'un autre ouvrage.

« Il y a de beaux matérifiux, écrit-il. Il faut espérer qu'une plume brûlante et hardie s'en emparera et fera revivre un jour Charlotte Corday dans le cœur de tous les honnêtes gens. »

Une scène bien traitée est celle où Charlotte médite sa vengeance :

• Tendre amour 1 Dieu puissant I Malheureuse pairie,

• Je vous eniends, j'eniends voire ïoix qui me crie,

• Qui m'ordonne d'user da pouvoir de mes yeux.

• Ou Cliarlolte bieutôt ns verra plus les cieux,

■ Ou le monstre cruel, le bourreau de nos pères,

• N'étendra plus sur nous ses fureurs sanguinaires ;

■ Ce bras aura plon(fé le poignard dans son sein,

■ J'aurai pnnl du moins ce féroce assassin,

■ Protégé par des lois, (lul bien loia de l'atteindre

• L'enbardissent au i^rime et partout le lont cralodre.

• Au camp des ennemis je porterai mes pas,

■ Je braverai la mort au milieu des soldats.

• Je saurai péne'trer danâ l'infime repaire

• De ce vil proconsul, le fardeau de la terre,

• Et ma main vengeresse eu arrêtant ses coups

• Servira la justice et nous vengera tous I... ■

£l]e va trouver Maral. Le despote veut prendre un air meaaçant, mais peu à peu son front se déride et ses yeux, oii la fureur était peinte, deviennent moins effrayants (p. 23). 11 s'élait éloigné de Charlotte, il s'en rapproche, il veut lui parler ; les expressions lui manquent et il n'exprime son étonnement que dans Va-parle suivant :

• Que j'aime de son teint la timide pftlenr t

■ Ses grâces, sa beauté. „ cette douce langueur, ,. ■ . Des témoins importuns peut-être la présence

. L'eropÈche de me voir avec plus d'assurance, . Il reste seul avec Chariolte et lui fait uns déclaration. H « met aux genoux de Charlotte qai détourne la eue. Il /intlpor lui offrir un repas dans un pavillon écarté t...

• Ce pavillon nous offre une stlre retraite

< A l'abri des regards d'une foule indiscrète.

• J'y vais faire servir un repas où l'amour « Doit avec la galté, présider en ce jour.

> Si Charlotte consent au plus doux tête-à-tête,

• Je rejoindrai bientôt mon aimable conquête. >

Elle entre avec lui dans le pavillon et elle en sort hientâtj tenant à la main un poignard ensanglanté, puis elle $^ écrie :

« Voyez-le baigné dans son sang.

« Il meurt!...

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