‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 123 sur 137 · OLYMPE DE GOUGES A DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

OLYMPE DE GOUGES A DUMOURIEZ

Général des armées de la République française.

« Dumouriez^ « J'ignore s'il est venu jusqu'à toi qu'une femme avait < osé te faire agir et parler au milieu de tes travaux guerriers. «Je ne te connais point ; je ne chercherai pas même à te * connaître. J'ai entendu le récit de tes exploits ; c'en fut « assez pour que mon imagination s'élevât jusqu'à la hauteur t du sujet que je voulais traiter... »

Le plan de cet ouvrage était des plus bizarres et dénotait chez son auteur un certain bouleversement d'esprit. Grisbourdon de Molinard, aumônier de l'armée autrichienne, amoureux fou de madame Chariot femme d'un vivandier, dirige à Bruxelles une conspiration contre le conseiller, Balza,

fl) A Paris, chez Regnaad, 1793.

* £S TKÉATRlî DG lA KÉVOLUTION.

râpnblicaîn ot ami des Français. Ses elTorts sont vûu, la . ville se rend, Balza eu tâte avec les sans-culottes. Un espion, que Grisbûurdoti a voulu faire pendre, se Iroave seul ayec l'anmânier. Celui-ci, elTrayii, lui dit pour le calmer qu'ils sont à pen près du mÈme niélier,

L'Bspro!» (en colère).

• Moi de ton métier I coquin, je suis espion, il est Tiai. ■ Cet état m'honore, mais toi glouton, paresseux, lâcbe,

• inutile à la société, corrupteur des tiommes, recois le chit liment que la justice de Dieu le réservait I

(Il lui donne des conps de bâton, le fait tocQber par tem, loi marche sur le corps et dit en sautant sur lui.)

< Bs-tu mort, coquin ? >

La pièce se terminait par fa Carmagnole, la Xarteillaùi tt le Ça ù-a.

La même femme, qui était ainsi acharnée contre les religieux, demanda à. défendre Louis XVI et fut traînée an tribunal révolutionnaire pour cette pièce en l'honneur de Dumonriez. Ses grossièretés contre les moines ne loi servirent pu* d'excoses. On ne vit dans sa pièce que ce portrait de Dumonriez:

• Alexandre n'efit été qu'un petit garçon k lea oMés. C«t

• Mars en personne qui eranbat pour la liberté t La terre

< asservie n'eut qu'on Herenle pour briMr les serres d»

• lyraDS... La France en a produit des milliers pou les M-

• Imire I Jugez si leur règne peut s'étendre plus loin I... >

• On y trouva, dit Fleury, une preuve de complicité avec « un fameux général alors transfuge". Interrogée, menacée, on

• lui prescrivait des aveux, et comme on la savait excellente

< mère, on voulait lui arracher de prétendus aveux qui etur-

• geassent ce général : c'était an nom de son fils qu'elle Uif-

< serait orphelin qu'on lui demandait une accusation.

Les célébrités. 468

« Je n'ai point d'aveux à faire, dit-elle, et c'est dans mon « amour pour mon fils que je puiserai mon courage. Mourir « pour accomplir un devoir, c'est prolonger sa maternité au « delà du tombeau. »

Il convient d'ajouter que la pièce de Dumouriez d Bruxelles n'eut pas de succès :

• Au moment où mademoiselle Candeille allait nommer « l'auteur de la pièce qui avait été cruellement sifïlée, on vit « sortir d'une première logo une tète de femme mûre, le « bonnet placé de travers, les cheveux en désordre.

« Citoyens, s'écrie-t-elle, vous demandez Fauteur. C'est / moi, Olympe de Gouges. Si vous avez sifflé ma pièce, ce « n'est pas qu'elle fût mauvaise, c'est qu'elle a été horri- « blement mal jouée.» —«Mademoiselle Candeille s'empressa € de protester contre cette déclaration accueillie par de gigan- « tesques éclats de rire. Olympe protesta à son tour, se déc battant comme une furie ; mais il lui fallut quitter la partie < et elle prit la fuite, escortée par les couloirs de huées et de • sarcasmes. A la deuxième représentation, le parterre jugea « à propos d'interrompre la pièce en s'élançant sur le théâtre, « où il se mit ^ danser la Carmagnole autour de Tarbre de la « liberté en carton qu'on y avait inauguré (i). »

Les mêmes huées devaient poursuivre la malheureuse femme, conduite bientôt après à l'échafaud.

Jean-Paul Marat, né en i744 à Boudry (principauté do Neufchâtel) de parents calvinistes, fut tué à Paris le i3 juillet i793, à l'âge de quarante-neuf ans, par Charlotte Corday. Le théâtre s'empara immédiatement de cet événement tragique et le citoyen Gassier Saint-Amand fit représenter, le 8 août 1793, sur le théâtre des Variétés amusantes, au boulevard du Temple,

(1) V. Foumel, Curmitfy théâtrales^ p. 171, 172.

LB THÉATEB DE LA nivOLUTION.

< un fait historique en un acte et en prose > intitulé • 2' Jim du peuple ou ta ilort de Maral • (1), saivi de sa «Pompe fonèbre".

On lit en tlïte de la brochure ces deux, vers :

« Il fut en tous les temps l'appui de l'innocence ■ El rinforlune en lui trouvait un protecteur. •

Clairville jouait le rWe de Maral, madame Léveipie celui Je Charlotte Corday, Rousseau celui de Laurent Basse, madelooisellE Sevrait celui de la femme Evrard.

Au premier tableau, Marat épouse sa maîtresse Evrard devant la Nature :

« Oui, ce jour est le pins heureux de ma vie. 0 mon amie,

• c'est dans la vaste temple de la Nature, que je prends pour

• témoin de la fidélité éternelle que je te jnre, le Créalcnr qni

• noua entend. Permets que ce baiser scelle une union que

• je désirais depnis longtemps. •

Au deuxiËme lableaa, Charlotte égorge Marat dans son bain. La foule accourt et s'empare de l'assassin, tandis que Cuisinier s'écrie : « N'oubliez jamais que le cœnr de tous les Français ■ est le Panthéon où doit survivre l'Ami du peuple ! •

Ad troisième tableau, a lien la pompe funèbre.

« Le théâtre représeote une place publique au milieu de la- ' quelle est élevée une estrade. Quatre candélabres antiques

• remplis de parfums brûlent aux quatre coins,

• La marche défile à pas lents, an son des instruments > guerriers et plaintifs. Après chaque roulement de um-

< bours, on chante le chœur suivant :

AIR : Je n'abandonni (de Mengoizi).

' 0 sort funeste t

(l) A Paru, chei la ciloyeoDe Touhon. 1794,

« Un fer barbare « Dans le Ténare

< Plonge Marat.

< Qu'à l'instant même « Par le supplice

< La mort punisse

< Cet attentat I... >

Composition de la marche funèbre, « 6 guerriers, la lance baissée.

« 2 tambours couverts de noir.

« 4 musiciens avec des trompettes.

< Chœur de femmes vêtues de blanc avec des voiles noirs.

* 2 enfants portant, Tun Tinscription « Liberté » , l'autre

« Egalité » .

< Chœur de Romains.

< La statue de firutus portée sur l'épaule.

« 6 gardes nationaux avec le drapeau roulé, une couronne

« verte à la lance et un crêpe.

« 4 enfants portant un candélabre où brûle de l'encens. « i enfant portant l'encens dans une boîte.

< 2 Romains portant, l'un l'inscription « Innocence >, l'autre

< Justice * .

< Le corps de Marat sur un lit de parade porté par quatre

« Romains.

« Sa plaie est découverte et le poignard est à côté de lui.

« Un enfant derrière le corps portant cette inscription : « Il mourut pour la République. »

« — La femme Evrard, couverte d'un voile noir et accompagnée de deux femmes^ porte son cœur sur un coussin.

* — Députés.

< — Peuple.

« — Gardes nationaux. * Le démocrate Gassier Saint-Amand , auteur de cette

LE IH^ATAB DB la RiVOLOTION. ^^^^H

3 en rbooDenr do U&ril, daTint sons-prâfet sont la ilaaratioa.

-« 7 décembre 1793, le citoyen Mathelin donna \ l'Opén- ;omïqae national an fait historique en denx. actes portant lOr titre • JUaral àam U «ou(«rratn àsi Cordeliers ou h ornée Jm 10 août ■ (1), dans ie bm « de faire revivre, disait-il, la méoioire d'un homme cher à la Nation entière, qui, par son génie, était parvenu ^ déchirer le voila épais qui nons cnnvrail les yeux et à nous faire connaître toute l'étendue de ans droits ■ .

La pièce n'est qu'une apotl de Marat ■ gënie snblima •

la mise en action de son j lal • l'Ami du Peuple • . Un .oint mérite d'Être relevé dans ctt ouvrage. C'est une notediï ''luteur qne nous reproduisons textuellement.

(Bxaminan luttrrain.) ' Les hommes vicieux à mt dans de beaas appar-

■ lementa, tandis que la vertu est li !... Patience, la jourui^s

■ de demain fera à coup sur changer la carte 1... >

Note d« l'auteur.

■ Le citoyen Ménier qui jonoit le rfile da wms-culotte,

• ayant appris en scène qne la tète da scélérat, ci-devant duc ' d'Orléans, venoit de tomber sous le fer de la loi, changea

■ cette phrase et dit • La jonrnée d'at^jourd'hui..,. >

< Tous les spectateurs interrompirent la tcdne pendant plu

• de cinq minutes et on n'entendit dans tontes \m parties de ' la salle que des battements de mains et oes oris :

• Vive la Nation t vive la Répobliqnsl • Enfin le 15 pluviôse an II {3 février 1794) te citoyen Barran fit joner k Tonlonse sar le théâtre de la République

(l) A Puis, <±N Muadan, an ii.

hBM OlIulBRXTÉSt 469

une tragédie en trois actes et en vers intitulée • U Mort de Marat » (1), suivie d'nne Apothéose.

Marat y est comme toujours présenté sous l'aspect d^an homme sensible. Il débite des apostrophes de ce genre :

€ Du fanatisme encor la rage débordée

« Remplit de ses horreurs les cliamps de la Tendëe t..*

• 0 Dieu de l'univers et de la Libertéi

c Tu commandes V Amour et la Fraternité ;

< Et ton culte est gravé dans Tàme libre et pure,

< Qui sert bien la Patrie et chérit la Nature t... >

Et madame Marat, qui a de sombres pressentiments, lève les mains vers le ciel en s'écriant :

« Veille sur mon époux, 6 Dieu de Tinnocenoe t »

La pièce se termine après l'assassinat de l'Ami du peuple par une pompe funèbre, tandis qu'on exécute à grand orchestre l'ouverture &'^' Démcyphon de Yogel et que Ton chante :

< Vivant, ils le craignaient, mort, ils bravent ses conpst • Qu'Us le craignent encor, il va revivre en nous.

< Nos larmes, nos vertus sont l'auguste hécatombe

< Qui convient à Marat et digne de sa tombe t... »

Le grand Mirabeau avait eu, lui aussi> sa glorificatioûi et c'était encore Olympe de Gouges qui s'en était chargée. Les Comédiens italiens ordinaires du Roi représentèrent une comédie en un acte et en prose, le 15 avril i791| intitulée ^t* raheau aux Champs-Elysées, treize jours après la mort de Mirabeau.

Le Destin (au Prologue) apparaissait sur le thâtre et décla** mait ainsi du haut d'un char :

« Je viens de faire trancher les jours du grand Mirabeau et

(l) A Toulouse, chet Baonr, an ii.

t j'ai m trembler pour la première fois ia maia de la Puqne. t Allons tout préparer aux Champs-Elysées pour le rece-

Arrivent alors Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Hoal^qnien. Ils se congratulent, pnis saluent l'entrée d'Henri IT et de Desilles. Desilles dit à Henri IV :

« Cher Henri, idole de la Fracice I ce peuple, tonjoars cher

• à ta mémoire, voit encore en toi ton petit-fils qui marche < sur tes traces. Les Français, en extirpant tous les abni qui ■ entouraient le trône ont rendu à leur monarque sa véritable

• existence. Mirabeau surtout a développé ce grand principe,

• important au salut do i'iillat : Le Peuple et le Roi, voilà ses

• maximes. Point d'intermédiaire entre ces deux pnis-

• saaces. •

Et le bon Henri IV répond :

■ Que ce récit m'intéresse, mais que je crains les eiTeta de « ces innovations I •

Lonis XIV se présente !i son tour et engage avec Henri IT' une conversation qui tourne bientôt k l'aigre. Mais sondain la musique du convoi de Mirabeau par Gossec se fait entendre- Mirabeau apparaît suivi de Ninon de Lenclos, de madame de Sévigné, de madame Deshoulières, de Solon, etc. Il foit natnrellement un discours, qui se termine ainsi :

< Puisse la France n'oublier jamais que la seule forme de - gouvernement qui lui convienne est une monarchie saget ment limitée I •

01;^mpe de Gouges avait envoyé en 1787 à Mirabeau sou drame sur l'Esclavage des Nègres. Mirabeau lui répondit, le 1! septembre :

< Je suis très-sensible. Madame, à l'envoi qne vous avez

• bien voulu me faire de votre ouvrage. Jusqu'ici j'avais cra

• que les Grâces ne se paroient que de fleurs. Mais une con-

« ception facile, une tête forte ont élevé vos idées ; et votre * marche, aussi rapide que la Révolution, est aussi marquée « par des succès.

< Agréez, je vous prie, Madame, tous mes remercîments et

< soyez persuadée des sentiments respectueux avec lesquels « je suis...

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