‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 23 sur 137 · LB Q17RÉ · texte numérisé non relu

LB Q17RÉ

< le ne vois de perdu. Monsieur, que votre emploi !

LE PRÉLAT

« Ah I tout est renversé depuis qu'on ose écrire I

LE CURÉ

< La Raison n'a régné que lorsqu'on a su lire t >

Le Prélat, à bout d'arguments, se retire furieux et le Curé s'écrie;

i90 LE THEATRE DE LA RÉVOLUTION.

( Je parlais de patrie, il ne connatt que Rome t

« Je n'ai trouvé qu'un prêtre et je cherchais un homme I »

Pour prouver sa tolérance, le curé court embrasser un juif et un protestant ; pour témoigner son patriotisme, il invite les jeunes gens à combattre l'étranger :

< Servez votre pays, allez, guerriers sensibles î .

« Ah t des cœurs généreux doivent être invincibles t >

A de tels accents un procureur ému jette sa robe et redevient laboureur, un chartreux jette son habit et apparaît en garde

national! On couronne le buste de Rousseau, puid une

mère, tenant son fils dans ses bras, chante :

« Sous cette bouche qui le presse

< J'ai senti palpiter mon cœur...

« Tu m'enivres d'une caresse,

« Et mon devoir fait mon bonheur.

CHGBUR DE MÈRES {uvec leuvs noutrissons),

(Air de J. J. * Je Vai planté, > ) « Le cri de la sainte Nature

< Étoit étouffé par l'erreur...

< Tu triomphes de l'imposture,

« Rousseau, tu nous donnes un cœur I... »

Un coup de tonnerre annonce la Gloire ^ui apporte le buste du roi et tout le monde chante à la satisfaction générale :

< Vive Henri IVt.,. *

* Un ancien officier * compose en 1792 un opéra national en trois actes, intitulé « la Révolution » (1), avec cette remarque :

« Ce tableau de la Révolution en opéra paraîtra peut-être à « plusieurs une idée ridicule et singulière. Peu de sujetscepen-

< dant prêtent plus au théâtre par le nombre des événemens,

(l) A Montélimar, chez François Mistral, 1792.

LE NOUVEAU MONDE. i9i

< lenr importance^ leur yariété et le développement des pas- « siens dont ils sont susceptibles. On ne parle pas de Tintérèt « que le patriotisme peut y ajouter encore. Nos neveux

< s'empareront un jour de cette niine abondante. J'ai dit « comme Piron : Dérobons nos neveux t > L'ancien officier a introduit dans sa pièce * le Jeu de Paume, la Prise de la Bas- « tille, la Fédération, le Dix Août, l'Échafaud de Louis XYI...

< et la Liberté qui descend des cieux et rend la vie au Roi

< sur la demande des citoyens :

« Grâce, grâce et moins de rigueur I < Grâce à Capet, qu'on lui pardonne I »

La pièce se termine par un bymne à la Liberté et par la marche triomphale des généraux vainqueurs dans leurs armées de l'Esté du Nord et du Midi.

Le citoyen Thiébaut d'Épinal fait accepter, avec mention honorable, le 11 août 1793^ par la Convention nationale, sa pièce en trois actes < la Révolution française * (1). Cette pièce était destinée à être représentée aux jours de fêtes civiques et décades par de jeunes citoyens. Les Jacobins félicitèrent l'auteur < d'y avoir répandu les vraies lumières du patriotisme > . On va en juger. Cet ouvrage est plutôt un tableau de la Révolution, une sorte de revue dont

< le Philosophe » est le compère. Le premier acte, suivant Tautenr, retrace les horreurs de l'ancien régime ;

Le second, les efforts du patriotisme et l'abolition de la royauté ;

Le troisième, l'établissement de la République française.

Au premier acte, le philosophe déplore l'état de servitude des Français. Il veut les instruire de leurs droits, leur

(1) À Nancy y chez Hœner, 1793.

faire haïr Tesclavage < et la Haison aura himtôt fait Imcr conquête! > Des enfants se plaignent à lui de ce que leur père, contrebandier, ait été condamné aux galères. Le philosophe leur répond doucement :

« Votre peine est grande» chers enfantSj et si le cœur des

< fermiers-généraux était sensible, je vous conseillerais de leur

< représenter yos malheurs, mais ce serait en vain ; ce sont ( des sangsues que rien-n'apaise... >

Des époux se lamentent. Les décimateurs les ont ruinés. Le philosophe les engage à résister : « Vos droits sont tracés par la nature même. *

Une jeune fille pleure de ne pouvoir épouser son amant qui est son cousin germain. Elle n'a pu avoir de dispense de Rome pour son mariage. Le jeune homme est tombé au sort et il est parti sur Tordonnance de Tintendant. Le philosophe s'écrie : « Les dispenses de Rome sont un agiotage pieux et ( les intendants sont des êtres malfaisants, dont l'emploi « est de tyranniser les citoyens!.,. »

Des paysans gémissent sur leur triste état. « On ne voit, * disent-ils, que des seigneurs et que des curés qui mangent « le suc de la terre et nous traitent comme des animaux l » Le philosophe réplique aussitôt : « Vous avez des droits I « Aucun ne peut se croire ni se dire le maître des autres. La « nature a fait des hommes et non des rois. C'est la sottise des « peuples qui a créé les princes 1... » Une religieuse vient à son tour lui apprendre qu'elle a été mise de force au couvent et qu'elle s'est enfuie. Le philosophe lui dit avec émotion : « Victime de la barbarie de vos parents, vous vous êtes « échappée de cette prison que le fanatisme inventa pour

< immoler à sa fureur celles qui étaient créées pour le bonheur « de l'homme... votre situation changera bientôt, » /^VjpreUgieuso sort en soupirant (sic),

LB IfOUVEAU MONDB. i9B

D«s eitoyens accourent protester contre les impôts. Le philosophe plaint lenr servitude : « Quand donc les Français « entendront-ils la voix de la Natare et de la Raison ? Le « prestige de la Conr les tiendra-t^îl enoore longtemps < esclaves?... » Voici des soldats qni marmnrent. Ils sont mal payésj mal nonrris... Pas d'avancement et de pins on les envoie à Paris. L'an d'eux, croyant qu'il s'agit de mar-» cher eontre les Parisiens, s'écrie : < Je te jure que si cela est^ je f... bas tnes armes et je déserte. » Le philosophe, de plus en pins ému, contient à peine ses larmes : « Ah ! hraves

* soldats t (leur montrant le chdtsau) : YoiU le colosse qu'il ( faut abattre !... »

Aprôs avoir donné ces conseils empreints de raison^ de modération et de patriotisme, l'auteur nous fait assister^ au second acte, au combat de la Bastille et à la prise de la forteresse. Accourt un jeune citoyen, armé d'un sabre, qui s'écrie :

< Citoyens, la patrie est en danger î... Le prêtre fanatique « soulève les esprits faibles... Les émigrés ont obtenu du

* secours des puissances étrangères. Toutes les couronnes se « coalisent contre la France. Il faut se montrer digne de la « liberté. » Il chante alors la Marseillaise avec le philosophe, qui, pendant l'entr'acte, a été se revêtir d'un habit rouge, d'une veste blanche et d'une calotte bleue. On amène le roi captif. La musique joue l'air des PerdiiSi Le philosophe arrache au roi sa couronne, la foule aux pieds et dit aux citoyens : * Allez t qu'on le juge et qu'il disparaisse t > On joue le Ça ira, et le philosophe déclame avec sensibilité :

« Liberté sainte, tu échauffes tous les cœurs ; dispose-les < à la pureté des mœurs; soutiens leur courage, fais-leur « aimer la Vertu !... > L'acte second finit sur ce passage ému.

Au troisième a lieu le départ des volontaires. Toutes les citoyennes accourent ^ eux, Elles tiennent des couronnes de

chêne à la main. Elles en ceignent le front des volontaires, lis s'embrassent tons étroitement et la musique joue : « Où peut' on être mieux? » Enfin, la pièce se termine par des danses, par le chant de la Carmagnole, par les cris de < Vive la République t » et par des coups de canon.

On comprend maintenant que l'auteur ait reçu un certificat de civisme de la société des Jacobins !

En 1799 le citoyen G... écrivit un opéra en cinq actes, intitulé « la Révolution ou le triomphe de la République française * (1). Nous y relevons seulement ce passage dans lequel le Génie de la France s'adresse à Jupiter et, Timplorant pour les Français, lui chante ces deux vers :

< Grand Dieu t daigne sauver ce peuple malheureux t

< Il est sincère, franc, sensible, généreux t >

Ce peuple est surtout trop indulgent pour les auteurs de pareilles productions t

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